‹ Description raisonnée d'une collection choisie d'anciens manuscrits, de documents historiques et de chartes réunis par les soins de M. J. Techener, et avec les prix de chacun d'euxChapitre 17 sur 20 · BtBLIÀ MANUSGR1PTA ad usum cartusiensis · texte numérisé non relu

BtBLIÀ MANUSGR1PTA ad usum cartusiensis

oRDiNis : anno domini m. cccc. xiiîi. Manuscrit du XV* siècle, sur peau vélio; 4 vol. in-fol. max., à 2 col., titres encadrés, 2 miniatures, maj. color., init., rubr. ; veau, fil. i,5oo fr.

Cette MAGNIFIQUE BIBLE est d’uu format exceptionnel: ses feuilles de vélin ont 49 cent* de haut et 34 cent, de large. Les caractères de l’écriture, ronds et hauts de six millim., sont forts* beaux. Les quatre volumes, formant ensemble ;o8o feuillets, sont ornés de deux miniatures, de 80 majuscules et de nombreuses initiales coloriées. Les deux miniatures, d’une finesse remarquable, se trouvent au commencement du quatrième volume. La première, peinte dans le P majuscule du prologue des épîtres de saint Paul, représente saint Jérôme écrivant ce prologue; la seconde, placée dans le P majuscule de la première épître de saint Paul, représente |ce saint armé d'un glaive,

et soutenant une banderole sur laquelle on lit : Ad Romanos Paulus,

Les majuscules, largement exécutées, sont en rapport avec le format des volumes. On peut les classer en deux séries: les majuscules carrées, qui ont près de 9 cent, en tous sens; les majuscules longues, dont quelques-unes ont 24 cent, avec des appendices en feuillage de 9 cent. ; de sorte qu’elles encadrent souvent une colonne entière. Ces majuscules, ornées de dentelures de diverses couleurs, sont à fond plein ou diapré. Elles ont été dessinées avec goût, ainsi que les initiales gothiques qui concourent à l’omement de cette bible.

Le titre de chaque volume est postérieur au texte : ce sont des feuillets rapportés, qui ne comptent point dans les cahiers. Ces titres, écrits en lettres onciales assez mal imitées, sont entourés d’un portique à colonnes de jaspe, lavées et coloriées. Sur le fronton du portique, on voit les armes du comté d’Avignon : De gueules, à deux clefs d'argent passées en sautoir, et un globe cintré d'argent et croiseté d'or brochant sur les clefs ; le tout surmonté d'une tiare de gueules aux trois diadèmes d'or. Le globe et la tiare ont cessé de figurer dans les armes du comté d’Avignon; mais, cette bible ayant été écrite au temps de la résidence des papes à Avignon, il n’est pas étonnant d’y retrouver les insignes de la papauté. Sur les marges est appliqué le cachet plus' moderne, Carthusiœ Villenovœ.

Cette bible était achevée en i4i4 9 car on lit à la fin du premier volume : Deo gracias et omnibus sanctis istud volumen utcumqueestcorrcctum cum totd bihlid; mensis Junii die quintade-^ cimd anno Domini millesimo CCCCmo quarto decimo. On lit epcore à la fin du deuxième volume : Istud volumen utcumque est correotum, deo gracias; et à la fin du troisième volume: Notandum quod istud volumen est correctum. Ce manuscrit a été évidemment exécuté à Avignon, et a dû coûter plusieurs années de travail.

Le titre porte ad usum cartusiensis ordinis ; de plus, on trouve sur la marge inférieure du second feuillet d’Ëzéchiel la note suivante : t^uandb festum omnium sanctorum accidit fend quartd, tune tantum et non alias sunt lectiones per litteras de azurio terminande. Et tune mchil legitwr in refectorio, in dictofesto omnium sanctorum. Ce qui prouve que cette bible avait été faite pour un ordre religieux; enfin l’estampille, Carthusiœ Villenovœ, nous apprend que ces volumes appartinrent aux chartreux de Villeneuve-lez-Avignon. Nous rappellerons, à cette occasiûn, qu’on a

découvert récemment un passage souterrain qui conduisait de la chartreuse de Villeneuve au palais des papes à Avignon.

Cette ancienne bible de saint Jérôme est très-importante. Le texte est beaucoup plus correct que celui des bibles de la même époque, puisqu’il a été révisé avec le plus grand soin. En effet, on s’aperçoit, en feuilletant les volumes, qu’on a fait, après coup, des additions, des corrections et des suppressions. Dans le troisième volume, le correcteur a intercalé, sur une demi-feuille de vélin, le prologue de saint Jérôme in Ecclesiasticum^ que le copiste avait omis. 11 serait curieux de collationner cet excellent manuscrit des premières années du quinzième siècle avec les bibles éditées dans le siècle suivant par les docteurs de Louvain, les papes Sixte V et Clément VIII.

Il ne faut point espérer de trouver dans cette bible le classement habituel des livres saints. On serait tenté de croire que le relieur a mêlé, par inadvertance, l’Ancien Testament avec le Nouveau; cependant il n’en est pas ainsi. Les livres que contient chaque volume sont inscrits sur le titre, et se suivent dans le texte, sans lacune ni transposition. Voici cette singulière nomenclature :

Vol. Le Pentateuque, Josué, les Juges, Ruth et Jérémie. — a* Vol. Job, Tobie, Judith, Ësther, les Machabées, Ézéchiel et douze prophètes. — 3 ® Vol. Les Actes des Apôtres, les sept Épîtres canoniques, VApocalypse^ les Rois, les Proverbes, l’Ecclésiaste, la Sagesse et l’Ecclésiastique. — 4® Vol. Les Ëpîtres de saint Paul, deux livres d’Esdras, les Paralipomènes et Daniel.

C’est en vain que nous cherchons dans cette bible les Psaumes de David, le Cantique des Cantiques, Baruch, Amos et les quatre Évangiles, ces livres de l’Ancien Testament et du Nouveau. Mais on peut s’étonner qu’un ouvrage si volumineux ait traversé sans encombre quatre siècles et demi, et qu’il nous soit parvenu dans un état de conservation tellement parfait que le vélin est entièrement exempt de taches et de piqûres.

2o4. Pont-a-Mousson (üniversilé de). Recueil de vers, en diverses langues, adressés à Henri, duc de Lorraine, pour le remercier d’avoir fait reconstruire la grande salle de TUniversité de Pontà-Moùsson, détruite par un incendie. Manuscrit

du XVII* siècle, in-fol. max. de 53 feuillets, encadr., arm., cari. fr.

Manuscrit curieux.—Texte et signatures autographes. — ün grand nombre de feuillets ont été raccommodés ou doublés; mais le texte et les armoiries sont bien conservés.

La grande salle de Tuniversité de Pont-à-Mousson, ayant été incendiée, fut restaurée par les soins de Henri le Bon, duc de Lorraine et de Bar, de 1608 à i 6 a 4 . Le recteur, qui était en même temps principal du collège des Jésuites, s’empressa, à cette occasion, de faire composer par les étudiants des sonnets, des épigrammes et des madrigaux. On réunit en un volume bizarrement orné toutes ces pièces de vers, écrites et signées par les auteurs, et on les offrit au duc de Lorraine. Plusieurs pièces sont écrites en lettres rouges ; d’autres, en lettres d’or ou d’argent sur fond pourpre. Une épigramme, en wallon, s’enroule autour de deux cœurs concentriques ; une insciiption grecque se lord en forme de croix de Lorraine. La plupart des feuillets sont encadrés de guirlandes de roses, assez grossièrement exécutées. Sept feuillets ont pour vignette les armes de Lorraine, coloriées ; onze feuillets portent les mêmes armes, gravées et accompagnées de trophées. Enfin, vingt-quatre étudiants nobles ont fait peindre leurs ariiioiries au-dessous des vers de leur composition.

On a employé dans ces poésies dix-huit idiomes différents : l’hébreu, le syriaque, l’osque, le grec, le latin, le français, le patois lorrain, le provençal, le gascon, l’allemand, le bohémien, le wallon, l’italien, l’espagnol, l’anglais, l’écossais, le polonais et le turc. Mais on a eu soin de traduire eu vers français les pièces composées en langues étrangères.

11 parant que les élèves et les professeurs de Tuniversité de Pont-à-Mousson s’occupaient rarement de poésie. Les vers français de ce recueil sont d’un style à faire frémir les Muses.

Jean Rutand s’écrie :

« O Henry, grand Henry ! un Alcion de paix,

Un Achille de guerre, un Nestor de palais ! »

Jean Basselin, Parisien et humaniste:

* Endurez, permettez et admettez Thommage Que cette infanterie en faict jeune et en aage Veult vous rendre ; elle a droict de demander cela.

Vostre Altesse pouvoir de dire le holà. >•

Claude Notaire, natif de Pont-à-Mousson, offrit un discours en trente-deux vers, tous aussi pittoresques que les suivants:

« Quand je roule mes yeux par le rond de la terre,

Jaugeant avec l’esprit les princes qu'il enserre,

Les sondant un à un (ô grand prince) je treuve Qu’ils n’ont point tant donné de leur grandeur de preuve Que vous en avez fait, privant les envieux Par vostre grand’clartc, de la clarté des yeux.

Verdoyant en lauriers, et guirlandé d olive.

Olive bourjonnante, en fleurs et en fruicts vive ;

Mais vous en epitome avez tout ramassez Et par toute vertu vos exploits compassez. »

Nous pourrions citer encore une Ode en vers de trois syllabes, par Alexandre le Grand; d’autres pièces, par Chreslien d’Anglure de Chambrey, Abialiam de Landres, Galaadc de llault, Champenois, François de Goursy; des inscriptions en langues étrangères, ou en patois, par Louis de Mouzel, Phil. de Dalbourg, N. de Véroncourt, J. ArnolQni, de Lucques, J. de Blesve, de Bar, le comte de Mandersclierdr, Ph. des Armoises, J. de Weils, etc.

255. État de toutes les places du royaume, avec les appoinlements et les émoluments des gouverneurs et des lieutenants de Roi: 1751. Manuscrit in-ia de 4 ff- ét -aoS pages chiffrées, mar. r., fil., dos et coins fleurdelisés, tr. d. re ^

liure^ i5o fr.

Tnis-cuniEux manuscrit, calligraphié avec soin. Chaque feuillet est divisé en cinq colonnes, qui contienpeot les nom» des places, les noms et les revenus des gouverneurs et des lieutenants de Roi.

En 1751 , la France était partagée en 38 gouvernements de provinces, comprenant Saq places ou citadelles commandées par a36 gouverneurs particuliers et ai5 lieutenants de Roi. Les noms des personnages les plus illustres flgurent dans ce manuscrit; et on y trouve une liste complète de tous les lieux fortiüés du royaume.

Les gouvernements généraux des provinces étaient Tapanage des princes du sang et des grands seigneurs,'Nous citerons le comte d’Cu, gouverneur du Languedoc, avec des appointements

de 158,170 livres; le prince de Condé, gouverneur de la Bourgogne : i 43 ,a 5 i livres; le prince de Conti, gouverneur du Poitou: 78,426 livres; le duc de Penthièvre, gouverneur de la Bretagne^: 72,000 livres; le comte de Charolais, gouverneur de la Touraine : 67,586 livres ; le duc d’Orléans, gouverneur du Dauphiné : 57,349 livres. Le duc de Gesvres, gouverneur de Paris et de rile-de-France, recevait pour ces deux emplois, 99,918 livres. Nous nommerons encore les ducs de Chaulnes, d’Aumont, de Villars, de Noailies, de Gramont, de Richelieu, d’üzés, de Luxembourg, d’Antin, de Saiut-Aignan, de Ne vers, de Villeroy, de Bouillon, de Fitzjames, etc., etc.

Quelques gouverneurs de places étaient largement rétribués, tels que le gouverneur de Gravelines, 29,500 livres ; de Cambrai, 28,700 livres; de Port-Louis (Bretagne), 24,774 livres; d’Arras, 24)4^3 livres, etc. Le prince de Monaco, en qualité de gouverneur de la ville de Monaco, recevait 22,040 livres, et Je prince de Tingry, gouverneur de Valenciennes, 28,3oo livres. Mais les gouverneurs de Coucy, de Montdidier, de Bourg-en-Bresse, de Pignerol, etc., n’avaient que 600 livres de pension ; et ceux de Cliâtillon-sur-Seine et d’Aututi ne touchaient que 43 o livres.

Les appointements d’un petit nombre de lieutenants de Roi étaient assez élevés: à Metz, 16,600 livres; à Strasbourg, 9,200 livres ; au Château-Trompette, 8,585 livres ; à Colmar, 8,400 liv.; à Cambrai, 7,800 livres. Les émoluments des autres lieutenants de Roi dépassaient rarement 4^000 livres, et descendaient quelquefois jusqu’à 3 oo livres. Le lieutenant de Roi de Semur recevait 210 livres.

Il y avait un gouverneur dans chaque résidence royale : Versailles et Marly, Saint-Germain, Compiègne, La Muette, Madrid et le bois de Boulogne, Fontainebleau, Chambord, Meudon, Vincennes, Montceaux et Choisy-le-Roi. Le gouvernement du Louvre ne valait que 800 livres; on le porta à"4943o livres pour Lebel; celui des Tuileries fut également élevé de 4,860 livres à 8,200 pour Bontemps. ’

Cet état-major des provinces et des places coûtait annuellement au trésor 4 >i^ 3 ,o 6 i livres ainsi réparties: pour les 38 gouverneurs de province, i,949>4o6 livres; pour les gouverneurs de places, 1,606,871 livres ; pour les lieutenants de Roi, 696,784 livres.

256. Bastille (regislre de la). Lellres de M. de Sartine au gouverneur et au major de la Bastille, pendant les mois d’avril et de mai 1763 . Manuscrit pet. in- 4 ® de naS feuillets, cart. 800 fr.

Recueil de 228 lettres origiitales et inédites: 191, signées de Sartine^ lieutenant-général de police; 36 , signées par ses secrétaires, Dtwal père^ Dumlfils et de Marolles ; une, signée Chevalier^ major de la Bastille. La plupart de ces lettres sont des permis dtr communiquer avec certains prisonniers, ou des autorisations de leur remettre des livres, des lettres, du vin, etc. ; mais avec la recommandation expresse de lire toutes les lettres, d assister à toutes les conversations, et de visiter avec le plus grand soin les objets envoyés aux prisonniers.

En 1763, le malheureux gouverneur de Pondichéry, le comte de Lally, était détenu à la Bastille, ainsi que de hauts fonction* naires arrêtés aux colonies et transférés dans cette prison d’État. On trouve dans ces lettres les noms de vingt-six prisonniers: le comte de Lally ; Bigot, intendant à Québec ; Payen de Noyan, chevalier de Saint*Louis, lieutenant du roi au Canada ; le chevalier Le Mercier de la Rivière, intendant à la Martinique ; De la Borde, procureur-général et trésorier des colonies de Louis* bourg; Cadet; Estèbes; Martel; Pénissault; de Fourcroy; Du Verger de Sinablin; Joncaire de Chabert; Péan ; Corpron; Maurin ; Danry; Bréard; Varin; La Barthe; Prault; Prévost; Fayolle; Le Guay, dit frère Antoine ; Peilhon; Tavernier; et Jaccottet, mis en liberté le aH mai 1763.

Ces lettres sont fort curieuses et fournissent des renseignements intéressants sur le régime de la Bastille. Nous en avons choisi quelques-unes que nous reproduisons textuellement.

i 4 Avril 1763.— «Je vous renvoyé, Monsieur, le Mémoire que M. Le Mercier m’a adressé pour M. le duc de Choiseul. Je vous prie de lui dire que je ne l’ai point fait passer à ce Ministre, parce qu’il n’entre point dans les détails de la justification de chacun des prisonniers détenus pour l’affaire du Canada. C’est la commission nommée par le Roy qui est chargée de l’examen de ces détails.,

« Quant à la disposition où il est de le faire imprimer, il en est le maître, pourvu cependant qu’il n’y mette rien de contraire au respect dû au gouvernement, et qu’il signe, ainsi que son conseil, la copie qui sera destinée pour l’impression.

« M. Le Mercier verra deux endroits, pa^es 5 et t 4 , que j’ai effacés, parce qu’ils n’éloient pas assez mesurés. — Je suis, etc. » DE Sartike.

17 Avril. — «Je veux bien accorder au sieur de Fourcroy, prisonnier à la Bastille, de prendre Tair. Ainsi, M. Chevalier, major, le fera promener dans la cour intérieure du château. » DE Sartire.

19 Avril. — «Monsieur le Major, j’ay l’honneur de vous envoyer, par ordre de Monsieur de Sartine, pour M. le comte de Lally, prisonnier, sçavoir: i 5 louis, argent blanc, et 10 louis en or: total, aS louis ; une lettre de M. Rochette, son secrétaire; et un petit hyppocrate cacheté, que vous décachèterez pour le visiter, suivant la bonne règle.— Vous donnerez l’argent au fur et à mesure, suivant l’usage. » Duval.

ao Avril. — « Monsieur le Major, vous direz à M. de Fourcroy que Monsieur de Sartine ne peut pas lire ses lettres. Il écrit avec de l’eau et avec une allumette qui n’est pas fendue. » Duval.

a6 Avril. — « Gomme il me paroist, Monsieur, que le sieur Danry, détenu au château de la Bastille, a intention d’abuser de la facilité que je lui ai accordée de consulter le sieur Grandjean, chirurgien oculiste, des secours duquel il n’a pas d’ailleurs autant de besoin qu’il le dit; lorsque ce chirurgien se présentera au château, vous lui demanderez un mémoire de ce qui peut lui être dû pour cet objet. Vous me l’adresserez, et je vous le renverrai pour le lui payer. Je suis, etc. » de Sartine.

3 Mai. — « Je prie Monsieur Chevalier, major de la Bastille, de retirer du magasin des hardes du château deux chemises et deux mouchoirs et de les donner au nommé Le Guay, prisonnier, qui en a besoin. » de Sartine.

5 Mai. — « Je prie Monsieur Chevalier, major de la Bastille, de donner quelquefois au nommé Le Guay, dit frère Antoine, prisonnier, la promenade de la cour intérieure, des jours de dimanche et fête, pourvû qu’il n’y trouve pas un inconvénient absolu. » de SartiNe.

la Mai. — « Je vous envoyé par Briard, Monsieur, et de l’ordre de M. de Sartine, pour M. Peilhon, prisonnier de l’ordre du Roy, les choses cy-après :

« Une cassette fermant à clef, et la clef qui est jointe dans ce pacqiiet, qu’on appelle nécessaire. Le lacquais a dit que la clef ^ du tiroir étoit dans la Cassette.

« Plus, l’état de ce que l’on envoyé, écrit de la main de madame Peilhon qui dit qu*il y a des louis d*or dans le tiroir. Vous sçavez que Tusage est que vous gardiez l’argent.

« Plus, un gros pacquet de hardes et linge, où il y a des livres, enveloppé dans une serviette assez mal nouée et qui n’est pas cousue, quoiqu’il y ait ao ou 3o domestiques, hommes et femmes, ^ dans cette maison.

« Monsieur de Sartine vous prie de visiter le nécessaire et le pacquet avec grande attention. 11 peut y avoir des secrets dans le nécessaire, et je crois que vous feriez bien d’'eu retirer tout ce que vous pourrez retirer et de le donner à M. Peilhon à mesure qu’il aura besoin de ces choses, parce que ces ustanciies sont d’argent.

« C’est une chose bien inutile de faire passer toutes ces marchandises et les marchandises des autres par mon bureau pour des prisonniers que tout le monde sçait qui sont à la Bastille. Cette précaution seroit utile pour un prisonnier secret, mais pour les autres cela ne fait qu’un concours de lacquais et de domestiques à mon bureau, qui disent tout haut, comme si nous étions sourds, CD présence de tous ceux qui vont et viennent: M, ou MM, voilà telle ou telle chose pour M, ou Mlle^ qui est à la Bastille. Ayez la bonté de luy envoyer^ cela presse,

« Voyez comme c’est secret. Ce n’est donc qu’un embarras inutile pour mon bureau, qui n’étoit point pratiqué autrefois. C’est une dépense inutile au Roy pour les porteurs de pacquets. On renvoyoit tous ces gens-là au château, qui s’adressoient à M. Anquetil, chargé comme vous du détail, qui prenoit ensuite les ordres pour donner ou ne point donner. £t quand un prisonnier étoit transféré, M. Anquetil disoit: Je n'ay point d'ordre de recevoir ; et les gens remportoient la marchandise et venoient à M. le lieutenant de police dire : On n'a pas voulu recevoir telle chose à la Bastille^ pour M, un tel; et le magistrat répondoit ce qu’il vouloit.

« Je vous demande bien pardon, Monsieur, d’en faire si long à vous que si les jours avoient 4^ heures, ils seroient encore trop courts. » Düval.

B. S. — « Un autre commis diroit : Oh ! cette échelle de Jacob de pacquets et marchandises me rend nécessaire, me fait connoître; tout Paris sçait, et les lacquais, que je suis le commis de la Bastille.; il faut que je me mette sur l’Almanach royal. A cela je réponds ce que le capucin disoit à son pénitent : Hélas! mon

enfant, en l’état oCi vous estes, devez-vous être encore affecté des grandeurs de ce monde ?»

i 3 Mai. — « Vous sçavez, Monsieur, que la règle du château est de ne point rendre les livres que les prisonniers ont lus, aux personnes qui les ont apportés ou envoyés, parce que quelquefois les prisonniers écrivent sur ces livres des choses qui ne doivent pas être sçues au dehors ; ainsi, vous ne rendrez point à M. Viel ceux qu’il a envoyés au sieur Fourcroy, prisohnier; il les aura quand ce dernier sortira. Je suis, etc. » de Sartine.

19 Mai. — « M. Chevalier, major de la Bastille, peut donner du papier à Tavernier, prisonnier, qui demande à me faire un Mémoire; mais il le luy donnera par compte, et se fera représenter la même quantité de feuilles. » de Sabtiee.

a5 Mai. — « l’honneur de vous envoyer. Monsieur et cher amy, une lettre que M. Fayolle, le commis de Mgr le duc de Choiseul, à Versailles, vient de m’adresser pour Monsieur son frère, prisonnier à la Bastille.

« Je vous diray que ce M. Fayolle de Versailles est un homme de grand mérite à tous égards ; que c’est lui qui a avancé tous ses frères et qui les a tous placés, et qui leur sert de père.

« La lettre qu'il écrit à son frère n’intéresse en rien et ne parle en rièn ni du service du Roy, ni du secret et service de la Bastille, ni de l’affaire du Canada. Il prévient seulement son frère sur ce qu'il faut qu’il sache par rapport à sa femme qui est jeune et assez jolie; et il est bon qu’il en soit prévenu, avant que des gens de la famille viennent lui parler à la Bastille. Ainsi, Monsieur, vous aurez la bonté de remettre cette lettre au prisonnier, dans le moment que mon pacquet vous parviendra ; cecy est pour le bien et l’avantage de tous.

«I Je laisse cette lettre ouverte pour que vous la lisiez, parce que vous estes l’officier du Roy, du ministre et du magistrat. Mais, pour ne point affliger le prisonnier, je vous prie, avant de la lui remettre, de mettre un peu de cire d’Espagne à l’enveloppe, pour qu’elle soit fermée et paroisse cachetée, sans cachet pourtant. Vous voyez par là, Monsieur et cher amy, que tous nos devoirs ne sont pas blessés. Je suis, etc. ^ Ddval.

26 Mai. — « Lorsque j'ay vu dimanche, Monsieur, à la Bastille, M. de Lally, il m’a parlé de l’incommodité de sa chambre où il ne respire qu’une très-mauvaise odeur, quand il règne certains vents, et il m’en a écrit encore hier. Ne pourriez-vous pas, Monsieur, luy donner présentement, s’il est possible, un autre logement

OÙ il n’auroit pas ce désagrément qui influe sur sa santé; quand même il seroit question de faire un changement avec tel prisonnier qui ne seroit pas de Tétât de M. le comte de Lally ? Je m’eii rapporte bien volontiers à ce que vous pouvez faire sur cela. Je suis, etc. » de Sartinb.

257. Be\uharnois (le marquis de). Mémorial d’Ai* chimie. Manuscrit du xviii” siècle, sur papier, in- 8 “ de i5 feuillets et 260 pages, mar. r., large dent., fil., tr. d. {Armes de Beauharnois.) 3oo fr.

Manuscrit autographe. —On lit dans VAlchimie et les Alchi^ mistes, par Louis Figuier : « vieille croyance à la pierre philosophale et à la transmutation des métaux est loin d avoir disparu, comme on le croit, aux lueurs des premières vérités de la chirale moderne. £n dépit des raisonnements et des faits contraires accumulés par la science de notre époque, malgré les tristes et innombrables déceptions apportées depuis des siècles aux espérances des faiseurs d’or, les opinions alchimiques sont encore professées de nos jours.

« Entre les villes de la France, on a coutume de citer Paris comme particulièrement riche en alchimistes. Cette observation n’a rien d’exagéré ; on peut dire qu’il existe à Paris des alchimistes théoriciens et des adeptes empiriques. »

, François, marquis de Beauharnois, chef d’escadre, chevalier de Saint-Louis, ancien gouverneur de la Martinique, grand-père de la reine Hortense et du prince Eugène, était un alchimiste théoricien, il naquit à la Rochelle, en 1714* Cette date prouve l’exactitude de la note autographe, placée en marge de la première page du texte; Recherches du marquis de Beauharnois^ depuis 1765 Jusqu en 179a, de son dge la 79*. Ainsi, le marquis de Beauharnois employa vingt-sept années à composer ce Mé~morial^ qu’il fit relier à ses armes, accolées de celles de sa femme, Marie-Anne-Henriette Pyvart de Chastullé.

Cet ouvrage est très-curieux, et diffère complètement de tous les livres hermétiques que nous connaissons. En effet, les traités publiés par les anciens alchimistes n’étaient intelligibles que pour certains adeptes. Des phrases obscures, des expressions mystérieuses, des allégories impénétrables, ne permettaient pas^ aux profanes de découvrir les secrets de la science. Le marquis de Beauharnois procède tout autrement. On s’aperçoit qu’il cher-

HO

chait sérieusement le moyen le plus sûr et le plus rapide pour parvenir à la réalisation du grand œuvre, et qu’il travaillait pour lui seul. L’auteur avait lu et médité la plupart des ouvrages impiimés et manuscrits, relatifs à Falchimie. Il extrait et cite vingtsix philosophes hermétiques, tels que Flamel, Esphénor, Philalèthe, Zacaire, le Cosmopolite, Bernard Trévisan, Thémiste, Toi, Hakoston, etc. Mais il explique clairement et en termes usuels les passages obscurs qu’il reproduit textuellement.

Ce Mémorial est un cours d’alchimie que tous peuvent lire et comprendre. 11 est divisé méthodiquement en cinq liante-trois «chapitres. Les feuillets préliminaires contiennent des Maximes constantes, l’explication de quelques locutions à l’usage des adeptes : le lait de la Vierge^ le venin igné ^ les colombes de Dianey le chêne creux, la mer des philosophes, etc.; puis, des considérations sur différents métaux ou minéraux, sur les laboratoires et sur les objets nécessaires aux opérations. Le premier chapitre, intitulé Véritable Préparation de Vantimoine, commence à la page i 3 . Les chapitres suivants sont consacrés aux préparations de la litliarge, du régule martial étoilé et du cinabre, aux amalgames, à l’éclosion de l’œuf des philosophes, à la fabrication de la poudre de projection, aux calcinations, sublimations, purifications, etc.

On trouve dans ce ^manuscrit une théorie complète de la pierre philosophale et de la panacée universelle. 11 paraît cependant que le marquis de Beauharnois ne s’en tint pas à la science spéculative et qu’il essaya d’obtenir la précieuse poudre rouge. Car, à la fin du chapitre XVIII : le Grand OEuvre, selon Flamel (p. 11 a), on lit la note suivante: « Cette méthode de travailler, suivant Flamel, est celle dont se servent les personnes aisées et riches. Il y en a une autre qui est de Philalèthe (voyez son œuvre), qui est plus courte de deux ou trois mois, que je préfère. — Beau- HAENOIS. »

258. Mariage du Dauphiit, fils de Louis XV, avec Marie-Thérèse, infaule d’Espagne, le a3 février 1745 ; Manuscrit \n-^o\>ûe 17 feuillets d.-rel. mar. bl. fleurs de lis. igo fr.

Ce curieux Manuscrit contient une relation détaillée des préparatifs et.des cérémonies du mariage du IXauphin, ainsi que des bals et spectacles qui eurent lieu à cette occasion.

MANUSCiilTS.

Le Roi nomma des clames et des oHiciers de sa Maison, pour aller an-devant de la princesse. Ce tlétachement était arrivé à Bayonne, le 4 janvier 1745 * La Dauphine, que le prince des Asturies avait épousée, le i8 décembre, au nom du Dauphin, partit de Madrid le ao; elle était à Fontarabie, le ii janvier, et, le i 3 , elle se rendit au pavillon constiniit dans Tile des Faisans, où se fit la remise de la princesse : — c’est le comte de Montijo qui avait reçu du roi d’Espagne la mission de conduire l’Infante sur la frontière des deux royaumes.

La Dauphine s’embarqua à Bordeaux, pour traverser la Gironde ; le navire sur lequel elle monta fut nommé la Maison navale : on en voit le plan colorie dans ce manuscrit. Elle s’arrêta à Chantelou le i 4 février, à Blois le 16 et à Orléans le' 19. Le ao février, le Roi se rendit à Étampes où la princesse entra le a r. Ils partirent ensemble le aa, pour aller h Sceaux où la Reine les attendait; enfin, ils arrivèrent tous à Versailles, le a 3 , à dix heures du matin. Le mariage fut célébré le même jour, à midi et demi.

Le duc de Richelieu avait été chargé par le Roi de préparer les fêtes, les cérémcHiies et les spectacles. Il fit construire dans le manège couvert de la grande écurie dé Versailles une vaste salle qui servit pour le bal paré, pour l’opéra et les comédies. Le a 3 février, à six heures du soir, on donna dans cette salle la premièfe représentation de la Princesse de Navarre^ jouée par les comédiens français, et un ballet dansé par les artistes de rOpéra. Après le souper, « le Roi conduisit M. le Dauphin à son appartement et lui donna sa chemise qui lui fut présentée par le duc de Chartres ; et la Reine donna celle de madame la Dauphine, qui lui fut présentée par la duchesse de Chartres. »

Le a4> bal paré.

Le a 5 , grands appartements, à six heures du soir: on y joua au lansquenet, au cavayolle, au piquet et au quadrille..— A dix heures, bal masqué. L’affiuence fut si grande que, afin de ne pas être étouffé dans l’antichambre et dans la salle des gardes, on enfonça les portes du salon de l’œil^de-bœuf. Il y avait plus de huit cents masques assis par terre, et l’on estime que quinze mille masques, ou environ, étaient dispersés dans les appartements. Trois immenses buffets fonctionnèrent toute la iiuit^ jusqu’à Finit heures du matin.

Le 26, il y eut bal masqué à Tllôtebde-Ville. Leduc de Gesvres ouvrit le bal avec Mlle Rossignol, fille du prévôt des marchands.

Le 27, deuxième représentation de la Princesse de Naparre^ et ballet. — Le 1®^ mars, on joua Thésée. — Le a, bal masqué. — Le 10, on représenta Zaïde, — Le 17, Mérope. — he 24 > l^ Sylphe et Ragonde. — Enfin, le 3 i, Platée.

Toutes les formalités qu’imposait Tétiquette sous le règne de l..ouis XV sont décrites dans cette relation. Le rédacteur a indiqué minutieusement les places réservées au Roi, aux membres de la famille royale et aux gens de la cour, soit au bal, soit au spectacle. On pourrait encore extraire de ce manuscrit les noms de plusieurs grands personnages, attacliés à la maison du Roi.

259. Mariage du Dauphin, fils de Louis XV, avec Marie-JosèphedeSaxe, fille deTrédéric-Augusfe III, roi de Pologne^ célébré le 9 février 1747 > Manuscrit in-fol. de 107 feuillets d.-rel. mar. bleu fleurs de lis. , a 5 o fr.

Relation détaillée des cérémonies, fêtes et spectacles du second mariage du fils de Louis XV. — Le Dauphin devint veuf, avant l’âge de 17 ans, de Marie-Thérèse, infante d’Espagne, qu’il avait épousée le 2 3 février 174^, et qui mourut en touches le 22 juillet 1746. Quatre mois après, le 26 novembre, le Roi déclarait la nouvelle alliance du Dauphin avec Marie-Josèphe de Saxe. La future Dauphine, née le 4 novembre 1731, était âgée de i 5 ans 3 mois, k l’époque de la célébration de son mariage.

Nous analyserons sommairement les matières que renferme notre manuscrit. — Voyage de la Dauphine depuis Dresde jusqu’à Versailles. — Fêtes, cérémonies, feux d’artifice, etc., à l’octasion de son entrée dans les villes qu’elle dut traverser. Le 7 février, le Roi et le Dauphin allèrent au-devant de la princesse jusqu’auprès de Brie, où la première entrevue eut lieu. — Journal de ce qui se passa à Versailles, avant cette entrevue. — Description détaillée des cérémonies du mariage, célébré à Versailles, le 9 février 1747, à une heure et demie.— A six heures, bal paré. — État des bijoux que contenait la corbeille offerte à la i)auphine et de la distribution des présents. — Itinéraire de la Dauphine, depuis Dresde jusqu’à Versailles, et état des officiers de la maisop du Roi, ainsi que du matériel envoyé à Strasbourg pour le service de la princesse. — Programme des fêtes du

10 février et des jours suivants: « Le vendredi lo février, il y aura grands appartements et bal masqué. Le Roi jouera au lans^ quenet, » — Détails sur les prépàratifs du mariage. — Liste des 44 dames priées pour souper à Choisy, après l’arrivée de la Dauphine. — Souper du Roi avec la Reine à Choisy, le 8 février : état nominatif des 4 ^ dames invitées. On dressa 38 tables, et il y eut environ i,8oo convives. — Liste des princesses du sang et des dames présentées à la cour; six princesses du sang ; quatorze dames de la maison de la Reine ; onze, de la maison de la Dauphine ; neuf, de la maison de Mesdames. Les dames de la cour se composaient de i4 princesses, Sp duchesses, 17 maréchales, 67 comtesses ou vicomtesses, 91 marquises et 57 autres dames non titrées. — Mémoire du duc de Gesvres adressé au Roi, relativement aux préparatifs et aux cérémonies du mariage. — Bordereau de la distribution des médailles frappées à cette occasion: 869 médailles en or et 6,718 en argent. — Description du cercle royal, placé au milieu de la salle du bal paré, et plan du salon d’Hercule. — État nominatif des officiers et des garçons nécessaires pour le service des appartements et des bals. — Liste des symphonistes qui jouèrent au bal musqué seulement: 166 violons, 36 basses, 10 bassons, 16 hautbois et un tambourin. —Symphonistes qui jouèrent au bal masqué et au bal paré : 94 violons, 24 .basses, 9 bassons, 17 hautbois, 2 tambourins et 2 cors de chasse. ^ État de la distribution des bougies aux musiciens, aux acteurs et aux employés des menus-plaisirs ; terrines de suif pour les corridors et les passages. Nous trouvons dans ce compte de bougies, l’article suivant: « Janvier 26. Concert chez M”'® de Pompadour, des fêtes de l’Amour et de l’Hymen: 2 bougies et 62 flambeaux et demi. » — Règlement qui sera exécuté pour les ballets, opéras et autres divertissements, représentés devant le Roi et le Dauphin. Ce règlement est trèscurieux/Il prescrit les mesures les plus minutieuses, afin que rien ne puisse entraver la représentation des ballets et des opéras;

11 fixe en outre toutes les dépenses qu’exigeaient les spectacles à la cour : machines, décorations, habits des acteurs, bas de soie, escarpins, gants, jarretières, pommadé, etc.

260 . État de la composition des troüpes d’infanterie FRANÇAISE et étrangère, ainsi que de la cavalerie, hussards et dragons, au i“ janvier 1747 *

Manuscrit de aoi feuillets (dont 26 sont blancs); in-8, mar. r., tr. dor. 100 fr.

On Ut sur le feuillet de garde \ à S, A. S. Monseigneur le comte de Clermont, Celte note prouve que ce manuscrit appartenait à Loqis de Bourbon, comte de Clermont, né en 1709 et mort en 1771 ^ il était le second fils de Louis III, duc de Bourbon et prince de Condé.

Cet état de l’armée française en i 747 i est très-curieux. On y indique la date de la création de chaque régiment, Tuniforme, les noms des officiers supérieurs, et le nombre d’hommes.

Les escadrons et les compagnies qui formaient la maison du Roi, se composaient de 3,9^0 hommes.

Les 140 régiments ou bataillons d’infanterie et les milices comprenaient 281,888 hommes.

Les 57 régiments de cavalerie, et les 10 régiments de hussards et de uhlans, fournissaient 88,890 cavaliers; et les 17 régiments de dragons, 12,780 cavaliers.

Ainsi, l’armée française, non compris la maison du Roi, présentait, au janvier 1747^ un effectif de 333,528 soldats, tant à pied qu’à cheval.

261 . Gabelles. Trailé de Micbault : Estât d’évaluation des offices créés dans les gabelles de France, par édit du mois d’octobre 1694. Estât des offices vendus en 1694* Manuscrit pet. in-8, de 69 feuillets, mar. r., comp. à fil., coins fleurdelisés, tr. AoT.{Jnc. rel.) 120 fr.

Manuscrit d’une bonne écriture et bien conservé. C’est le livre d’un traitant^ pour la vente d’offices créés dans les greniers à sel. ,

Lorsque le trésor de l’État était épuisé, et qu’on avait déjà surchargé le peuple d’impôts, le Roi trouvait d’autres ressources, soit en vendant des lettres d’anoblissement, soit en vendant des offices, dont il doublait ou triplait les titulaires, selon les besoins.

Il existait en France dix-sept directions des gabelles, contenant deux cent trente-huit greniers à sel. Ces directions étaient celles de Paris, Soissons, Abbeville, Saint-Quentin, Châlons, Troyes, Orléans, Tours, Anjou, Laval, Le Mans, Berry, Moulins, Rouen, Caen, Alençon et Dijon. Les officiers des greniers à sel

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jugeaient, en première instance, les contraventions aux ordonnances et toutes les contestations qui s’élevaient au sujet du sel. Cette juridiction se composait de présidents, de grènetiers, de contrôleurs^ de procureurs du Roi, de greffiers, etc. Par Tédit de 1694, Louis XIV créa 763 offices nouveaux dans les greniers à sel : la vente en fut affermée à Micliault. Dans la première partie de notre manuscrît, on trouve la liste des charges à vendre, par dii'ection et par grenier à sel, avec le prix fixé pour la finance des droits manuels : le total montait à cinq millions ou environ. Une charge de président à Paris était tarifée à 20,000 livres pour les gages, et à 90,960 livres pour les droits manuels. — La deuxième partie indique les ventes opérées en 1694. Nous ferons observer que le traitant faisait payer aux acquéreurs deux sols pour livre, soit dix pour cent des sommes taxées;il gagnait déjà 5 oo,ooo livres, par cette petite addition. En moins de trois mois, Michault vendit 224 offices de greniers à sel.

Mais celte mesure était insuffisante pour subvenir aux dépenses de la guerre. Le Roi établit en 1696, la capitation, et, en 1696, le fameux impôt sur les armoiries, qui nous a valu XArmorial général de la France y manuscrit bien connu, dans lequel sont décrites et peintes les bannières des corporations d’arts et métiers, ainsi que les enseignes des hôtelleries de France.

262 . Poste aux Lettres. Livre des dépaiiements des Postes et des Routes, vers 1740; Manuscrit in-8 de 122 pages, mar. v. tr. dor. (anc. rel.).

120 fr.

Manuscrit d’une bonne écriture, dont chaque page est encadrée d’un filet, et divisée en colonnes. Ce livre destiné à l’un des administrateurs des postes, peut-être à Grimod de la Reynière, père du célèbre gastronome, fournit des renseignemehts curieux sur l’organisation de ce service public,.qui dépendait des fermes générales. Toutes les provinces étaient réparties en six départe*^ ments. Le premier, administré par M. (Comelet) de Beauregard, comprenait deux sections : Alençon et la Bretagne, la Norman* die. Le second : chef, M, (Thiroux) de Gerseuil; deux sections: Champagne et Brie, les Trois-Évêchés, la Lorraine et l’Alsace. Le troisième : chef, M. de Cliaineville, trois sections : Amiens et Saint-Quentin, Chartres et Anjou, Orléans et Tours. Le quatrième : chef, M. (Grimod) de la Reynière, trois sections : Bor-

deaux^ le Poitou, la Saintonge et TAunis, Toulouse. Le cinquième : chef, (Grimod) du Port, frère du précédent, deux sections : le Languedoc, le Dauphiné et la Provence, la petite route de Lypn. Le sixième: chef, M. (Thiroux) de Lailly, deux sections: le Bourbonnais, la Bourgogne. Les bureaux de poste, au nombre de 854 , sont classés, dans chaque section, par ordre alphabétique. Puis, on trouve dans d^autres colonnes, le tarif de la taxe des lettres, et l’indication des jours du départ de Paris. La taxe la moins élevée était de trois sols pour le Pont-de-Neuilly, pour Saint-Germain, Saint-Denis, etc. La plus forte taxe s’élevait à douze sols, pour Collioure, Montlouis et Villefranche-de- Conflans; on payait dix sols pour le port des lettres dans plusieurs villes de la Lorraine et de l’Alsace. ,Quant au départ, il avait lieu tous les jours pour certaines provinces, et deux ou trois fois par semaine pour les autres.

La seconde partie du manuscrit est composée de treize tableaux, qui indiquent les routes parcourues par les courriers, et les localités desservies par chaque départ, le nombre des liasses cachetées, etc. La malle-poste partait tous les jours pour Rouen, Troyes par la Brie, Reims, Amiens et Saint-Quentin; elle ne partait pour Toulouse, que le dimanche à midi, et pour Bordeaux le mardi et le samedi à midi/ Ces tableaux renferment encore d’autres renseignements, que comprenaient aisément les administrateurs du dix-huitième siècle, mais que nous ne pouvons expliquer.

263 . Alliances et blasons de la maison royale de Bourbon. Manuscrit du xvii* siècle, in-8 de i 58 feuillets, armoiries, y. br. 6o fr.

Voici \Advenusement de l’auteur : « Encore que cette matière des blasons de la maison royalle de Bourbon ayt esté diverses fois traitée par des personnes de grand renom, néanmoins cette entreprise ne pourra déplaire aux curieux, si ce n’est aux ennemis et jaloux de la grandeur du nom des princes de Bourbon, qui, comme des panthères, tenteraient par un vain effort de s’irriter contre le tableau de leurs armes. » Cette préface est trop prétentieuse pour un livre composé avec si peu de goût, et dont toutes les pièces sont rapportées.

C’est un recueil factice de quatorze jolis médaillons gravés. Chaque médaillon contient les portraits à mi-corps d’un mem-

bre de la maison de Bourbon et de sa femme, avec ]es armoiries accolées des deux époux. Les portraits sont accompagnés de notices historiques extraites d’ouvrages imprimés. Mais l’auteur a négligé de classer ces portraits par ordre chronologique, et il a omis des degrés intermédiaires entre Pierre, duc de Bourbon, au quatorzième siècle, et Antoine de Bourbon, roi de Navarre; de telle sorte que la filiation est plusieurs fois rompue.

Outre les quatorze médaillons, on a collé sur des feuillets blancs, quatre-vingt-treize armoiries de familles françaises ou étrangères. Le frontispice est composé des armes de Louis XIV, avec la devise nec plurihus impar; tous ces blasons paraissent avoir été détachés d’un armorial.

On trouve encore, dans ce volume, un beau portrait dTsabelle* Angélique de Montmorency, duchesse de Chastillon ; un frontispice, gravé par Léonard Gaultier, d’un livre intitulé : Les Funé-railles méditées et amour de la mort^ à la mémoire de messire Hiérosme de Gondiy chevalier d*honneur de la Reine : Paris^ 1609 ; et une figure allégorique représentant un sauvage, debout, armé d’un arc et d’une flèche, et foulant aux pieds une couronne, un sceptre et un livre, avec cette légende circulaire: Et leges et sceptra feriu

Les notices sur la maison de Bourbon sont suivies d’extraits de Duchesne, relatifs à la maison de Montmorency, d’extraits des Mémoires de Castelnau sur le maréchal d’Annebaut et sur le baron d’Oraison, et enfin d’une généalogie de la famille du Saucey de Barneville.

264. Crusca (Academia délia). — Varj discorsi (manuscrits) di Âcaderaici délia Grusca (xviii* siècle) ; in*4 de i34 ff. cart. 6o fr.

UiriQUE. Ce volume provient de la bibliothèque du docteur Giov.-Andrea Moniglia, qui a réuni ici un de ses manuscrits à d’autres pièces, également manuscrites, de plusieurs de ses collègues de l’Académie délia Crusca, tels que : Benedetto Averanio, Piero Mozzi, Cosimo de’ Bardi, Anton-Mario Salvini, Filippo de’ Nero, Alamanno Salviati, etc. Ces noms suffisent pour prouver l’importance de ce recueil inédit.

Giovani-Andrea Moniglia vécut à Florence de 1640 à 1700. 11 fut premier médecin du grand-duc de Toscane, Cosme III, et professeur à Pise. 11 appartenait aux principales académies d’Italie.

265 . La. Malmaison. Catalogue historique et raisonné des antiquités et des marbres du château impérial de Malmaison, ordonné par S. M. l’Impératrice et Reine à M. Alexandre Lenoir, admi* nistrateur du Musée des monuments français, le 28 novembre 1809; fait à la Malmaison eh novembre et décembre 1809. Manuscrit in-folio cart. . - 100 fr.

Manuscrit autographe et inédit. Catalogue original^ écrit par Alexandre Lenoir, avec ratures, corrections et additions ; il se compose de trente-deux feuillets et d’un nombre égal de feuillets intercalaires. Cette description de monuments antiques est d’autant plus précieuse qu’elle concerne une résidence impériale, dévastée le a juillet i8i4, quatre jours après la mort de l’impératrice Joséphine, par les Anglais et les Prussiens qui brisèrent les glaces, les statues et les meubles, et lacérèrent les tableaux à coups de baïonnette.

L’auteur a divisé ces monuments en plusieurs séries ; monuments égyptiens (6) ; vases étrusques (a44); peintures antiques (9); bronzes antiques, provenant d’Herculanum ( 53 ) ; bronzes moulés sur l’antique ( 5 ) ; marbres ou sculptures antiques (16); mosaïques antiques (a); mosaïques modernes ( 3 ) ; copies faites d’après l’antique (aa) ; sculptures modernes en marbre ou en bronze ( 55 ); colonnes et vases de marbres précieux (67) ; tables de marbre précieux (aa). Total des objets catalogués : 5 o 4 .

Les descriptions sont accompagnées de dissertations sur le basalte, les granits, les silex et les agates, sur l’origine des vases étrusques, sur la découverte d’Herculanum^ sur les mosaïques, sur l’imitation des antiques, et sur les différentes espèces de marbre.

Les statues et les bustes modernes avaient été sculptés par Bullant, Puget, Girardon, Julien, Canova, etc. On admirait, à la Malmaison, un buste colossal de l’empereur Napoléon 1®*“, par Cartellier ; les bustes de l’impératrice Joséphine, du prince Eu • gène, vice-roi d’Italie, et de Madame, mère de l’Empereur, par Chinard.

Alexandre Lenoir a ajouté à ce volume une feuille in-folio ployée, contenant le catalogue des tableaux de l’Impératrice, qu’il avait rédigé le 26 prairial an XIII (le a 5 juin i 8 o 5 ). Ces

trente*huit tableaux étaient signés par Raphaël, Le Parmesan, Jules Romain, le Giorgion, le Corrége, Yéronèse, Claude Lorrain, Rubens, Teniers, TAlbane, etc.

266 . De MauGONNE. Instruclion militaire, 177^- Manuscrit pet. in- 4 , planches, v. m. a 5 o fr.

MaifuscEiT AUTOGRàPHE, en partie, inédit et p rfaitement conservé. M. de Maugonne, chevalier de Saint-Louis, avait rédigé ces instructions militaires pour son élève, le duc de Yalentinois (Honoré-Anne-C.harles<Maurice, né le 17 mai 1758, prince de Monaco, sous le nom de Honoré lY, le 3 o mai 1814, et mort le 16 février 1819). Le duc de Yalentinois avait donc seize ans, lorsque son précepteur lui dédia ces divers traités, réunis en un volume composé de a 83 feuillets et 60 planches. L’épître dédicatoire, surmontée des armoiries de Grimaldi, dessinées et lavées, est autographe et signée de Maugonne^

Ce recueil est divisé en quatre parties:

I. — Traité de géométrie pratique^ suivi d*une explication des pièces de charpente employées dans les bâtiments civils. Ce traité est orné de trente planches, très-délicatement dessinées à la plume; elles sont ployées et collées sur les marges extérieures des feuillets, qui leur servent d’onglets. Cette méthode facilite Tétude, car on a sous les yeux le texte de la démonstration et la figure correspondante.

a Trai^ des fortifications. On trouve à la fin de ce traité

une explication, par ordre alphabétique, de tous les termes usités en fortification, et trente grandes planches ployées, tracées à la règle et au compas, lavées et coloriées. Elles sont parfaitement exécutées, et nous ferons remarquer que sept d’entre elles ont été dessinées par le duc de Yalentinois, depuis le mois d’août jusqu’au mois de novembre 17749 ainsi que le constatent les notes inscrites à côté des figures.

3 . — Traité de la guerre^ daté dé 1774, comprenant les devoirs et les qualités des gens de guerre, depuis le général jusqu’au soldat, et les régies pour les principales opérations militaires. Ce traité est curieux et fort instructif.

4. —Précis des instructions de fortification^ d'attaques et de défenses des places et de Vartillerie. Ce dernier traité est entièrement autographe.

267 . GREGA.nrE (Paul). Vie du R. P. frère Michel Daniel, premier custode des Récollets de la custoderie de Saint-Antoine du Dauphiné, décédé à Grenoble, le lo septembre i6io. Manuscrit du XTii* siècle, petit in-4'' de 90 feuillets, cart. 160 fr.

Manuscrit inédit^ autographe et original, avec corrections, suppressions et additions. L’institution des frères Mineurs Observantins réformés, dits Récollets, avait été introduite en France à la fin du seizième siècle. Le frère Michel Daniel embrassa cette réforme, et rétablit d’abord à Condrieu, puis à Grenoble, où il mourut en 1610, à l’âge de 46

Le frère Paul Gregaine, récollel, écrivit la vie du frère Daniel, vecs i 6 i 4 . Elle est dédiée à Denis-Simon de Marquemont, archevêque de Lyon, par les Récollets du couvent de Sainte-Catherine, près Saifit-Genis-Laval. Cette Épître est suivie d’une autre dédicace aux religieux de Saint-Antoine du Dauphiné, par Paul Gregaine, qui a signé. La troisième pièce liminaire est un prologue ; et la quatrième, la table des chapitres.

La vie du frère Daniel est divisée en a9 chapitres. Cette œuvre séraphique, rédigée pour l’édification des fidèles, exalte outre mesure les vertus monastiques et la profonde dévotion de ce zélé récollet. L’auteur n’oublie pas de constater les guérisons miraculeuses opérées par l’intercession de ce révérend père, les grâces particulières et, entre autres, le don de prophétie dont il était doué, l’efficacité de ses paroles, et le grandirait qu'il faisait ez confessions. Quoique le frère Michel Daniel ait été peu connu hors de sa custoderie, cependant sa vie est utile pour l’histoire des ordres religieux; car elle renferme d’amples détails sur l’origine et les progrès de la réformation des frères Mineurs.

Les derniers feuillets du volume contiennent trois pièces de vers français, en l’honneur du frère Daniel, composées par Chérubin Gregaine et Ange Fournier, récollets, et par Michel Polin, de Grenoble. La première pièce, en acrostiche, du frère Chérubin Gregaine, est remarquable pour le temps. Voici les quatre premiers vers :

Permets moy, s’il te plaist, esprit, de tant de gr&ces Et de tant de beautés, sainctement revestu,

Remémorant ton loz, que jVnsuvTe tes traces,

Et qu’en louant tes faicts, j’imite ta vertu.

268 . CHRONOtOGiE des pièces restées au théâtre et des acteurs d’original : 1775. Manuscrit in-16 de 180 feuillets, mar. r. fil. tr. d. 65 fr.

Maniiscrit d’une bonne écriture; toutes les pages sont encadrées d’un filet. — C’est un petit volume fort intéressant pour l’histoire du théâtre français. 11 contient le titre de 343 pièces, avec les noms des auteurs et la distribution des rôles; l’indication du théâtre sur lequel chaque pièce a été jouée pour la première fois ; la date de la réunion des différentes troupes et les hôtels qu’elles occupèrent successivement.

La première pièce inscrite dans cette liste chronologique est le Cid^ représenté en i 636 , à l’hôtel de Bourgogne. En i 658 , figure la troupe de Molière, qui joua VÉtourdi à l’hôtel du Petit- Bourbon; en i66i, cette troupe prit possession du théâtre du Palais-Boyal. En i66a, Sertohus^ tragédie de P. Corneille, fut jouée par des comédiens qui s’étaient installés au Marais; iis se réunirent à la troupe du Palais-Royal, en 1673, après la mort de Molière, et vini*ent occuper l’hôtel Guénégaud. En 1680, après la représentation des Carrosses d* 0 rléansy comédie de P. de la Chapelle^ les acteurs de l’hôtel de Bourgogne se réunirent à ceux de l’hôtel Guénégaud;en 1689, la Comédie française s’établit dans la rue Neuve-Saint-Germain-des-Prés.

Ce manuscrit nous apprend que les rôles joués par Molière dans ^es pièces, étaient ceux de Mascarille, Sganarelle, Arnolphe, Alceste, Orgon, Sosie, George Dandin, Harpagon, M. Jourdain, Crysalde, Scapin, Argan, etc. On voit paraître la Molière, pour la première fois, en 1666, dans le rôle de Qélimène du Misanthrope; et sous le nom de la Guérin, en 1677, dans le Festin de Pierre^ de Th. Corneille.

On trouve encore, dans ce petit livre, de curieuses particularités. En 1697, les représentations de la tragédie à'Oreste et lade furent interrompues par la mort de la Champmeslé, qui jouait le rôle dTphigénie ; cette pièce ne fut reprise qu’en 1722, avec la Lecouvreur. Un froid excessif fit suspendre les représentations Amasis^ tragédie de La Grange-Chancel, en 1701; et celles de Turcaret, en 1709. En 1702, on cessa de jouer, par ordre de la police, le Bal d*Auteuil^ comédie de Boivin ; et depuis cette époque, les pièces de théâtre furent soumises à la censure, etc. D’après l’auteur de cette chronologie, Je vous prends

sans verty comédie attribuée à la Fontaine, est de Champineslé, et VAndriennc^ attribuée au P. de la Rue, est de Baron.

Les derniers feuillets du volume renferment un état des comédiens français en 1671,1678,1680,1701,1718,1748 et 1775.On y lit les noms de Floridor, de Poisson, de la Thorillière, de Baron, de Hauteroche, de Le Kain, de Préville, de Molé, de La Rive, etc.

269. Lettre DE l’abbé de Chamtérac, vicaire-génÉral de l’archevêque de Cambray, à M"“ de Pontac vers 1697. Manuscrit petit in-8 de 6 feuillets, cart. 4o fr.

Gabriel de la Cropte, abbé de Chantérac, chanoine et grand archidiacre de Cambray, fut chargé par Fénelon, de le défendre à Rome, dans l’affaire du Quiétisme. 11 était frère du < 5 omte de Chantérac, tué au siège de Candie, en 1669, et cousin de l’archevêque de Cambray, dont la mère se nommait Louise de la Cropte de Saint-Abre, sœur du marquis de Saint-Abre, lieutenant-général des armées du roi, blessé mortellement en 1674, au combat de Lintzheim.

Celte lettre, adressée à M“® de Pontac, femme d’un conseiller au parlement de Bordeaux, a été écrite vers la hn de 1697. \]Explication des maximes des saints^ qui parut cette année, souleva des tempêtes. On crut trouver dans ce livre les principes d’un quiétisme pur, mais rafBné et épuré. La cour s’en émut; l’ouvrage fut condamné et causa la disgrâce de Fénelon. Le bruit que fit à Paris le livre mystique de l’archevêque de Cambray s’était propagé dans les provinces. M*"® de Pontac consulta, à ce sujet, l’abbé de Chantérac. C’est la réponse de l’abbé que renferme ce manuscrit. En voici quelques passages :

« 11 est vrai, Madame, comme M. de Condom vous l’a dit, que M. l’archevêque de Cambray reçut la nouvelle de l’embrasement de son palais avec toute la tranquillité qu’une vertu solide et un parfait désintéressement peuvent donner. — Sa piété est sincère, et je crois qu’on ne peut guères trouver une personne dont le cœur soit plus rempli des vérités de la religion ; il s’en trouveroit encore moins dont l’esprit fût capable de les pénétrer si* profondément. — Je ne m’étonnerai point que son livre ait le même sort que ceux des plus grands saints, qui ont écrit sur des matières si relevées et si peu à la portée du commun des chrétiens. — Il n’est pas possible, Madame, qu’une personne sans

prévention puisse dire que ce livre favorise les Quiétistes. Je vous assure qu'il les condamne avec plus de sévérité qu'il n’en paroît dans la censure de Rome contre les soixante-quatre propositions. » L’abbé Chantérac fait ici allusion à la bulle d'innocent XI, du amarsi679, qui condamna soixante-cinq propositions extraites des casuistes jansénistes et quiétistes.

Cette lettre est suivie de deux sonnets composés par un apologiste de Fénelon. Nous citerons les derniers vers du second sonnet :

CamBray, cbarmer dans i*eotretien.

Haïr le mal, faire le bien,

N'eslre trop joyeux, ni trop triste,

Avoir l’esprit solide et doux;

Si c’est là estre Quiétiste,

Trop heureux qui l'est comme vous.

270 . OEüvkes de François, dédiées à Ursule. Manuscrit àx\ XVII1® siècle, in-ia. de 38 o pages, mar. V. fil. tr. dor. {^nc. reliure, un peu fatiguée,')

a 5 fr.

Manuscrit d’une bonne écriture. — Sous ce titre un peu vague, OEuvres de François^ on trouve a09 pièces de vers inédites^ chansons, logogriphes et énigmes, toutes datées et composées depuis le ai mars 1763, jusqu’au i 5 juillet 1768,

Il serait difficile de découvrir les noms patronymiques de François et d'Ursule. Cependant ce recueil nous apprend qu'ils suivaient la cour tous les deux ; qu’Ursule était attachée à une auguste princesse, et qu’elle logeait à Fontainebleau, dans une mansarde. François lui faisait la cour, en tout bien et tout honneur. 11 parlait sans cesse de mariage; mais, malgré des promesses réitérées, cette union n’avait pas encore eu lieu, après cinq ans et demi de soins assidus attestés par deux cents chansons. Néanmoins, certains refrains et certains logogriphes sont assez lestes pour faire supposer que les deux amants s’entendaient à merveille. Nous ignorons quel fut le dénoûment de ce roman en chansons.

François ne remettait point ses vers cent fois sur le métier, 11 écrivait à la hâte : une chanson par jour, quelquefois deux. Ursule chantait, François écoutait, et ils étaient heureux. Ces vers ne sont point parfaits, mais iis sont gais et tendres : véritable poésie d’amoureux.

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