Louis XIV. État et menu général de la dépense
ordinaire de la chambre aux deniers du Roi, pour l’année 1697. pet. in-8 de 169 pag. v.
m. dos et c. fleurdelisés, fil. [Ane. rel.) 120 fr.
Curieux manuscrit, exécuté par un excellent calligraphe. — C’est le budget de la maison du Roi, arrêté, le 1*'janvier 1697, par Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé, grand-maître de France. 11 contient l’état détaillé de toutes les dépenses à faire pendant l’année 169^, par jour ou par trimestre, pour la nourriture, le chauffage et l’éclairage du Roi et des officiers de sa maison, ainsi que pour les grandes livrées, les gratifications tant en nature qu’en argent, et les jetons distribués à certains jours de l’année.
Nous avons déjà inséré dans la Description raisonnée d*une collection choisie d*anciens manuscrits y particy p, 147, une notice sur le budget de la maison du Roi, en 1705. Le budget de 1697 reproduit les mêmes divisions et les mêmes chapitres. Nous renvoyons donc nos lecteurs à la notice que nous venons de citer, et nous nous bornerons à faire quelques observations nouvelles.
MANUSCRllS.
Le R. P. de la Chaise, confesseur du Roi, recevait a ,654 livres pour ses appointements, et 3 ,ooo livres pour l’entretien de son carrosse.
Fagon, premier médecin, touchait a,ooo liv. d’appointements, 16,000 liv. pour son entretien et 3 ,ooo liv. pour son carrosse; tandis que le médecin ordinaire, Bourdelot, n’avait que i, 5 oo liv.; Félix, premier chirurgien, 1,277 Eliau, chirurgien ordi¬
naire, 600 liv.
Camille Le Tellier, intendant des médailles antiques, 1,800 liv. De Bicteuil et Bonrepos, lecteurs de la chambre du Roi, 1000 liv. chacun.
Le barbier du Roi était le fameux Binet, l’illustre perruquier de la rue Neuve-des-Petits-Champs, qui affubla Louis XIV de ces perruques énormes, auxquelles ou donna le nom de leur inventeur. Mais ce nom de Binette^ dont on a oublié l’origine, n’existe plus que dans le vocabulaire argotique. Quelle décadence!
Le jour où le Père prédicateur prêchait devant le Roi, il était nourri à la cour, et on lui servait à dîner : huit pains et deux quartes, soit quatre pintes de vin. — Potage ; un chapon et un jarret de veau de quatre livres. — Entrée : trois poulets fricassés. — Rôt : une poularde grasse, quatre pigeons et une livre de lard ; des entremets et une assiette de fruits. Pour sa collation, un jour de jeûne : six pains et deux quartes de vin; deux plats de collation, une salade, une assiette de fruits, une tourte de confitures, six échaudés et quatre gaufres. Le pauvre homme!
lorsque la troupe de Molière jouait devant le Roi, elle n’était pas si grassement traitée. On donnait aux comédiens à chaque représentation qu’ils faisaient à la cour : huit pains, un septier de vin (7 litres 45 cent.), plus huit bûches et huit fagots, pour se réchauffer.
273. Adry (le P.). Recherches sur les lis, considérés comme fleurs, comme armoiries et comme décoration. Manuscrit pet. in-4 d® 110 feuillets,d.-rel. V. bleu. 65 fr.
Manuscrit autographe et inédit. — Jean-Félicisme Adry, né en 1749 prés d’Auxerre, entra fort jeune dans la congrégation de l’Oratoire. Au commencement de la Révolution, il était bibliothécaire de la maison de l’Oratoire, rue Saint-Honoré. Philologue et bibliographe distingué, il publia une foule d’éditions d’au-
teurs anciens et modernes, et laissa, à sa mort, un grand nombre d’ouvrages en manuscrits, tels que les Recherches sur les lis.
C’est une dissertation très-approfondie sur les fleurs de lis hé* raldiques. Le P. Adry en constate l’existence sur les médailles romaines, oomme symbole de l’Espérance. Cette dissertation est suivie d^une liste alphabétique, en deux parties, des familles de la France et de l’étranger, des royaumes, villes, etc., qui portent des fleurs de lis dans leurs àrmoiries. La première partie est consacrée aux familles. l>a seconde partie est divisée en dix sections. — I. Royaumes, principautés et provinces; — a. couronnes et sceptres ; — 3 . ordres militaires ; — 4 * dignités ; — 5 . villes; — 6. abbayes et chapitres; — 7. cours souveraines; — 8 . académies et universités ; — 9. sceaux et cachets; — 10. monnaies et médailles.
Ce curieux travail n’a pu être achevé qu’à l’aide de longues recherches. Cependant nous devons faire observer que, dès l’année 1757, La Chesnaye-Desbois avait publié à la fin du troisième volume de son Dictionnaire généalogique^ édition f/r-8®, un ouvrage du même genre, intitulé : Recherches sur les fleurs de lisy et sur les villes y les maisons et les familles qui portent des fleurs de lis dans leurs armes. L’auteur se nommait Guillaume Nicolaï, né à Arles, en 1716 ; associé de l’Académie des inscriptions et belleslettres, président de l’administration municipale de sa ville natale, et mort en 1788* Mais les recherches de Nicolaï sur les fleurs de lis ne sont point aussi importantes que celles du P. Adry. Quant aux villes, familles, etc., qui portent des fleurs de lis dans leurs armes, le manuscrit et l’imprimé doi\ ent servir à se compléter l’un l’autre, et nous laissons à l’amateur qui deviendra possesseur du manuscrit, le plaisir de faire cette intéressante comparaison.
274. Louis XV. État et menu général de la dépense ordinaire de la chambre aux deniers du Roi, pour l’année 1766 . Manuscrit in-4 de i65 feuil* lets, V. m. i5o fr.
Cet état détaillé des dépenses à faire pendant l’année 1766, pour la maison du Roi, a été arrêté à Versailles, le janvier 1766, par Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé^ grandmaitre de France; il reproduit les mêmes divisions que les états de 1705 et de 1745 (voy. Description raisonnée d'anciens manus--
critSy particy pag, 56 et 147). Il y a cependant plusieurs chapitres qui ne se trouvent pas dans les budgets précédents.
Louis XV dînait ou soupait, soit à son grand couvert, soit à son petit couvert; il se faisait servir quelquefois chez la Reine, seul, ou à sept couverts pour recevoir une partie de la famille royale, ou à neuf couverts, avec toute sa famille. Or, eu 1766, la famille royale se composait de douze personnes; mais trois d’entre elles ne pouvaient figurer à la table du Roi : une religieuse et deux enfants en bas âge. — Le Roi, la Reine, Mesdames Adélaïde, Victoire, Sophie et Louise. M“« l^uise était religieuse à Saint-Denis. La dauphine, Marie-Joséphine de Saxe, et ses enfants : Louis, dauphin, le comte de Provence, le comte d’Artois, Madame Marie-Adélaïde, et Madame Élisabeth.
Dans ces repas chez la Reine, on servait presque toujours : le bouillon de l’ordinaire du Roi, qui coûtait 8 liv. 18 sols 6 den.; deux ou trois potages : la Barbara ^ une poularde dessus y 11 liv. 5 sols 6 den.; VOille à la mère Simonney 14 liv. i sol 6 den.; une poularde au basiliCy ou à la julienne, ou une julienne dans le pot; entrées : un poupeton de pigeons y 11 liv. 18 sols ; une casserolle au riZy i4 liv, 16 sols; Aes petits pâtés à Vespagnole ; un caneton de Roueny 9 liv. 8 sols; des cailles au gratin; des poulardes à toignon cruy des perdrix en salmis y etc. Tous ces mets recherchés prouvent que l’art culinaire avait fait de grands progrès.
Pour la cène du jeudi saint, on donnait à treize pauvres, 78 pains, 6 septiers, soit 44 litres 70 centil., de vin, i 3 carpes en pâtés, i 3 carpes frites, i 3 brochets, i 3 anguilles, i 3 aloses de Seine, a petits saumons, 78 harengs, 3 oo écrevisses, 89 livres de beurre, i 3 plats de pruneaux, i 3 plats de pommes, i 3 plats des quatre mendiants, des pois, des fèves et.des fleurs.
Le pain bénit que le Roi rendait chaque année se composait de quatre chanteaux, à 6 liv. pièce, de 36 brioches 4 ao sols, et de 60 brioches à 1 5 sols. 11 était couvert de linge damassé, porté par douze Suisses et escorté des tambours, fifres et trompettes de la chambre, de tambours et fifres suisses. Le pain bénit et les distributions en pain et en vin coûtaient 148 livres.
Louis XV n’avait point renoncé à l’antique privilège des Rois de France, qui guérissaient les écrouelles en les touchant, ainsi que le constate l’article suivant : Menu de ce que Von donne aux médecins et chirurgiens du Roi y toutes le s foi s que Sa Majesté tou* che pour les écrouelleSy a douzaines de pains, 3 septiers de vin^ 12 gibiers et 6 livres de lard*
Les derfiiers chapitres du budget sont consacrés aux dépenses de la chambre de Madame Marie-Adélaïde, née en 1759, et de Madame Élisabeth, née en 1764. M“« la comtesse de Marsan, gouvernante des deux enfants, recevait par an, '24,000 livres. MM** Jeanne de Lannoy d’Haussy e^Madeleine-Susanne Rugy de Saint-Sauveur, sous-gouvernantes, 3 ,600 liv. chacune. On nomme ensuite une remueuse, puis neuf femmes de chambre, une blanchisseuse, un valet et un garçon de chambre, et un portefaix, pour M“® Ma rie-Adélaïde; une nourrice, une gouvernante des nourrices, une gouvernante des nourrices retenues, une blanchisseuse, neuf femmes de chambre, un valet et un garçon de chambre, et un portefaix, pour M“® Élisabeth. Les appointements et gages s’élevaient à une somme annuejle de 86,685 livres ; et les autres dépenses à 17,196 livres. Total : id 3 , 88 i livres.
Enfin, un chapitre est réservé aux pensions viagères accordées aux personnes qui avaient servi les princes et les princesses de la famille royale, pendant leur bas âge; elles étaient encore cinquante, en 1766, et elles prélevaient sur le budget annuel 56,076 livres.
Avant de terminer cette notice, nous devons signaler renchérissement extraordinaire des denrées, depuis 1706, c^est-à-dire dans un espace de soixante ans. Nous ne citerons que quelques articles : Bœuf, la livre, 5 sols {1705), 9 sols 6 den. (1766); faisan, 5 liv. (1705), 9 liv. 8 sols (1766); le cent d’écrevisses, 5 osols (1705), 5 liv. (1766) ; et le cent de petites écrevisses de Seine, i 5 livres; une tortue, 5 o sols (1705), 5 liv. (1766); une sole, 3 liv. (1705), 7 liv. (1766); une perche, 3 liv. (1705), 7 liv. 10 sols (1766); un grand brochet, i 5 liv. (1705), ai liv. (1766); une grande carpe, a 4 liv. (i7o5), 55 liv. (1766); un grand saumon, 34 liv. (i 7 o 5 ), 84 liv. (1766); 1 livre de beurre, 10 sols (i7o 5), ao sols (1766).
N’ayant pu calculer exactement plusieurs dépenses extraordinaires indiquées dans ce budget, nous n’en avons point tenu compte; et la somme de a, 384 , 83 a livres que nous enregistrons, représente seulement le total des dépenses ordinaires pour la nourriture, l’éclairage et le chauffage du Roi et des officiers de sa maison, ainsi que pour les appointements èt gages des officiers et domestiques, et pour les frais d’entretien de Mesdames Marie- Adélaïde et Élisabeth, que le Roi avait mis à la charge de sa chambre aux deniers.