PoissENOT (Bénigne). L'Esté de Bénigne Pois
BELLES-LETTRKS. 567
senot, licencié aux loix, contenant trois journées, où sont déduites plusieurs histoires et propos récréatifs tenus par trois escoliers, avec vn traité paradoxique fait en dialogue, auquel est montré qu'il vaut mieux estre en aduersité, qu'en prospérité. Paris, Claude Micard, i583, pet. in-ia, mar. rouge, fil. (Thouvenin.)
Rare, surtout en exemplaires aussi beaux que celui-ci.
882. Vne chose MEMORABLE advcnue cette année I v58o* De Tesmotionque firentles mulets, à Rome, au iour de la feste Dieu , qui estoit le second du mois de juin passé. Traduite d'alemant en François, i58o, in-d,mar. rouge, double dentelle, double fil. (Koehler.)
^Charmaut exemplaire de l'une de ces facéties tout-k-fait inconnues que le hasard seul sauve de l'oubli et de la destruction. Je ne voudrois pas répondre que cet opuscule, très simple et très inoffensif en apparence, n'eût été écrit dans une intention satirique ; toujours est-il vrai qu'il laisse entrevoir, en plus d'un passage, une certaine ironie calviniste qui témoigne d'un respect très médiocre pour les cérémonies du culte catholique.
883. Geôlières. Les neuf matinées du seigneur de Cholières^ dédiées à monseigneur de Yendosme. A Paris, chez leanRichery rue Sainct lean^de- Lairany à l'enseigne de r Arbre verdoiant, i585, in-8, mar. vert., fil., compartiments, riches ornements. (Muller.)
Très joli exemplaire.
884. Les triomphes de Fabbaye des Conards, sous le resveur en décimes Fagot, abbé des Conards, contenant les criées et proclamations faites depuis son aduenement iusques à l'an présent. Plus r ingénieuse lessiue qu'ils ont conardement monstree aux iours gras, en l'an M.D.XL. Plus le Testament d'Ouinet, de nouveau augmenté par le commandement du dit abbé, non encores veu. Plus la letanie, l'antienne, et l'oraison faite en ladite maison abbatiale, en Tan i58o. Rouen, Loys Petit, i587, pet. in-8, fig. en bois, mar. pistache, doubl. fil. (Bauzonnet.)
* Joli exemplaire d'un opuscule facélieux dont ou connolt l'excessive rareté et qui se recommande bien moins encore par ùe genre de mérite, que par l'ayantage incontestable qu'il possède d'être un des plus curieux et des plus singuliers monuments de la gaîté et des plaisirs publics de nos aïeux. Dans notre époque de civilisation avancée et quelque peu dédaigneuse dont nous sommes si fiers, nous ne comprenons que difficilement ces récréations un peu grossières d'un autre temps, et nous sommes tout disposés, dans la vanité de notre orgueil moderne, à plaindre de pauvres gens qui savoient s'amusera si peu de frais. Soyons ou plus modestes ou plus justes : contentons*nous d'être aujourd'hui le peuple le plus éclairé, le plus frondeur, le plus avancé et le plus politique de l'Europe, et soyons assez généreux pour pardonner k nos simples aïeux de n'avoir pas eu comme nous des révolutions, des chartes, des émeutes et des Chambres pour leur tenir lieu de cette franche et énei^iquegaité, qu'ils auroient peut-être sacrifiée comme nous au plaisir de reconnoîire en chacun d'eux une fraction du souverain. Que voulez-vous? autres temps, autres plaisirs , et la plus sage philosophie est celle qui sait se contenter de ce qu'elle a, ce qui n'empêche pas toutefois qu'où
ne iroure quelque agrément à l'histoire du passé, et que, par conséquent, les Triomphes de l'abbaye des Canards ne soient un délicieux recueil de facéties très amusantes.
885. Hochepot, ou Salmigondi des Folz, contenant vn très-pur narré, et comme la salse parille contre le goûteux, poyuré, et maudict edict^ nagueres sailly a deux potences des fines-fontes de la Haye , en Hollande , sur le faict des passeportz, et la proscription des Jésuistes, traduict du hollandois-flamand en vulgaire françois. Imprimé à Pincenarille f ville de la Morosophie, parGeqfroy à la Grand Dent y Van i5g6, in-8, pap. réglé, m. rouge, doubl. fil. (Koehler.)
* Superbe exemplaire d'un livret très rare» \ peu près inconnu, et qui n'est rien moins qu'un manifeste, écrit dans le style de Rabelais , en fayeur des jésuites et de Philippe 11 , roj d'Espagne, pour lesquels les États de Hollande manifestoient la même répugnance et qu'ils confondoient dans une égale aversion. Le vengeur anonyme de ces deux puissances outragées pensoit sans doute que l'ironie a quelquefois plus de pouvoir que la raison, et c'est pour cela qu'il s'étoit déterminé k emprunter au célèbre curé de Meudon des armes que celui-d avoit consacrées à un tout autre service ; mais le pamphlétaire flamand n'avdt oublié qu'une chose, c'étoit de prendre h Rabelais sa verve incisive, son esprit et son talent en même temps qu'il cherchoit k imiter §on langage. Quoi qu'il en soit, ce pamphlet est curieux sous le rapport historique aussi bien que sous le rapport littéraire, et les écrits facétieux en faveur des jésuites et des rois sont assex rares pour mériter d'être conservés , quel que soit d'ailleurs le genre d'intérêt qu'ils inspirent.