‹ Description raisonnée d'une jolie collection de livresChapitre 149 sur 149 · PAR LES MONUMENTS · texte numérisé non relu

PAR LES MONUMENTS

( Extrait du Bulletin du Bibliophile. )

Histoire db l'invention de l'imprimbbie par les monuments (par M. Duverger). Paris, de l'imprimerie me de Vemeuil,

û°4, 1840,in-4" *. . . . 12fr.

En grand papier, petit in-foIio cartonné, avec impression en couleur et médaillon peint 60 fr.

Parmi tous les beaux livres que la typographie a produits dans ce siècle de progrès, où l'on dit que toutes choses sont arrivées à leur apogée, il n'y en a point de plus remarquable que celui dont voici le titre : Histoire de Vinventùm de l'Imprimerie par les monuments.

Cet ouvrage est lui-même un admirable monument de l'admirable invention de Gutenberg, et le quatrième jubilé séculaire de cette grande découverte ne pouvoit pas être signalé par un chef-d'œuvre plus achevé. JTobéis, en lui rendant ce témoignage, à l'impression que je viens d'éprouver à sa vue.

Le livre dont je parle n'est pas seulement, comme son titre paroît l'annoncer, une histoire écrite et savamment étudiée des faits qu'il consacre à la mémoire et à la reconnoissance des hommes. C'est bien mieux que cela ; c'est une histoire vivante, une histoire qui s'adresse aux yeux, une histoire qui fait voir et toucher ce qu'elle enseigne. Vous savez sans doute que la typographie est, ainsi que tout ce qu'on appelle une idée neuve dans la civilisation progressive des sociétés, l'heureuse combinaison de certaines idées établies et de certains faits acquis. Remontons au commencement : voilà la vis du pressoir ; voilà

le moule dn fondeur ; voilà la taillede bois dugraveur ; voilà la planche dePimagiste. Prenez les caractères un à un, comme vous les donne Palphabet ; taillez-les dans le métal; jetez-les dans le moule, imprégnez-les de l'encre ou des couleurs du gringonneur^ et soumettez le papier ou le vélin qui va en recevoir l'empreinte à l'action de la presse : voilà l'Imprimerie. Je n'ai pas besoin de vous décrire tout cela \ je vous le montre. Et maintenant, ces premiers essais, les voilà ; voici le poinçon , voici la matrice , voici le moule, voici le type arrivés à leur plus haut degré de perfectionnement possible, car on a voulu vous faire participer à toute l'oeuvre de l'inventeur, en vous épargnant seulement ses sollicitudes, ses doutes, ses découragements, ses désespoirs. Tournez encore un feuillet, et vous avez sous les yeux les premières pages du premier chef-d'œuvre d'un art qui est parvenu à son chef-d'œuvre, comme tous les autres, et peut*^tre plus promptement que tous les autres, dès le jour où il s'est révélé au monde. Le progrès aura beau faire , le génie qui invente l'avoit deviné.

Cette exhibition réelle des procédés de Gutenberg et de leurs résultats ne laisse presque rien à désirer à l'intelligence ; tout y est représenté, tout y est sensible, si ce n'est l'opération intime du génie de l'artiste qui cherche et qui apprend. L'éditeur de ce magnifique spécimen n'a pas été arrêté par une difficulté qui peut paroitre invincible, il a voulu vous faire entrer dans la confidence de son maître, et il a jugé à propos, pour cela, de le faire parler lui-même dans des lettres inédites à frère André, cordelier. Je déclare, pour l'acquit de mon érudition bibliographique, qu'il me paroît fort douteux que cette merveilleuse correspondance ait jamais existé en original ; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il étoit Impossible de se placer avec plus d'habileté au point de vue de Gutenberg et de s'associer plus étroitement à sa pensée. Il faut quelque chose de plus que la science de Malinkrot, de Meermann et de Schoêpflin, pour pénétrer à ce point dans les secrets d'un grand homme, et pour le suivre avec cette assurance dans la marche de ses découvertes. Il faut participer aux avantages de son organisation ; il faut n'avoir à envier à sa puissance que le bonheur de l'invention et le bénéfice du temps.

Le beau livre que je recommande à toutes les bibliothèques est,

pour l'art sublime de Gatenberg, un monament aussi imposant que les solemiités, et, j^aime à le croire, aussi durable que les statues. C'est cependant un homme tout seul qui a soutenu cette haute concurrence avec les nations, et si vous me demandez le nom de cet homme, il faudra presque que je le devine. Vous trouverez ici , en effet, le nom de tous les artistes habiles, de tous les honorables ouvriers qui ont concouru à cette œuvre» le dessinateur, le graveur, renlumineur, le fondeur de caractères, le compositeur, le pressier. Vous découvrirez même, avec un peu d'attention, que cet album^ unique dans son espèce, est sorti d'une imprimerie de la rue de Vemeuil, n^ 4. Quant à l'auteur, à l'éditeur, à l'imprimeur, pas un mot. Il convenoit sans doute à l'ingénieui savant qui a si bien apprécié Gutenberg de l'imiter jusque dans sa modestie, et de léguer, comme lui, une énigme embarrassante aux siècles à venir, mais je n'ai pas tout-à-fait les mêmes raisons d'en dérober le mot à personne. L'auteur, l'éditeur, l'imprimeur de cet inappréciable volume est notre excellent typo» graphe M. Duverger. Honneur lui en soit rendu par tous les amis de la bonne littérature et de la bonne presse !

Ch. Nodibb.

BM VBNTB;

AU COHPTOHI DBS IMPRIMEUBS-UNIS , QUAI HALAQUAIS, N^ 15,

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