Livre fort singulier et d'une grande rareté dont je ne crois
pas qu'on ail vo paroftre plus de deux exemplaires dans les Yentes , celui de Baron et celui de Gaignat. Il faut le chercher dans les bibliographes sous le mot Impérial qu'ils out pris pour un nom propre, et qui n'est réellement qu'un titre honorifique , propre k manifester la haute considération dont jouissoit l'auteur. Cet auteur n'étoit autre en effet que le fameux Bombast , que je saisis celte occasion de rappeler aux nouveaux éditeurs de la Biographie universelle. Bombast n'est cependant nommé dans l'ouvrage qu'à la troisième personne , soit parce qu'il croyoit de sa dignité d'en agir ainsi , k l'imitation de César, soit parce que cette manière de se mettre en scène lui permet de parler de lui en termes pompeux et magnifiques , ainsi qu'il convenoit k un si haut personnage. Ces petits ouvrages sont écrits dans une sorte de galimatias mystique o& le chevalier impérial lui-même devoit être fort embarrassé de reconnoître sa pensée, quand toute* fois il lui arrivoit par hasard d'en avoir une. Ce qu'on y peut découvrir de plus clair , c'est que ce galant homme cumuloit la profession d'espion aux cours étrangères avec celles d'astrologue et de marchand d'orviétan , comme l'ont fait depuis , selon toute apparence , Saint-Germain et Cagliostro ; ce qui lui fit courir quelque chance d'être pendu en Espagne. L'espèce de ces jongleurs k deux visages n'est perdue ni dans la diplomatie , ni dans les sciences , mais le temps leur est plus favorable , et ils tirent meilleur parti de leur savoir-faire. Les exemples ne manquent pas.
Les ouvrages dont il est ici question, imprimés en caractères romains, sont émaillés, presque k chaque ligne, de mots et de lambeaux de phrases composés avec un petit caractère de civilité fort bizarre , qui leur donne un aspect de grimoire passablement imposant pour les foibles intelligences ; mais il ne faut chercher aucun motif mystérieux k l'application de cette fantaisie typographique , probablement abandonnée au caprice de l'imprimeur. C'est tout bonnement du charlatanisme à l'adresse dos sots. Venu plus tard , Bombast auroit
sans doute perfectionné cet artiGce grossier. Qui sait s'il ne se seroit pas élevé jnsqu'aux nouvelles nomenclatures scientifiques?
i32. Drotn (Gabriel). Le royal syrop de pommes, antidote des passions melancholiques. Paris, Je-han Moreau. i6i5, in-8, mar. rouge, fil. (Derome.)
Il est fort douteux que ce livre contienne des secrets de médecine , et bien osé qui entreprendroit de vérifier au plus juste ce qu'il contient. C'est un mélange confus et inextricable de thérapeutique et de morale , qui mettroit en défaut Œdipe et Champollion. Au reste, si l'auteur n'a pas trouvé d^aniidote ^(mtre les peusions mélancoliques , son livre en contient un infaillible contre l'insomnie.