‹ Description raisonnée d'une jolie collection de livresChapitre 99 sur 149 · ROMANS FRANÇOIS DE DIFFÉRENTS GENRES · texte numérisé non relu

ROMANS FRANÇOIS DE DIFFÉRENTS GENRES

785. AuDiGUiEB (d'). Histoire des amours de Lysandre etde Caliste avec ûgaTes.Jmsterdam (£lzey.J, Jean de Ra^estèiriy i663, pet. in-i 2, vél.

Joli exemplaire en première reliure.

786. Moulinet. (Nicolas), sieur du Parc (Sorel). La vraye histoire comique de Francion, soigneusement reueue et corrigée par Natbanael Duez, maistre de langues. Leyde et Rotterdam , chez les

ai

Hackes^ 1668, s vol. in-ia, fil., mar. rouge^dos et coins ornés. (Niédrée.)

Charmant exemplaire d'un Elzeyier véritable» qui est des moins communs et qui n'est pas des moins jolis. Les figures en sont fort bonnes, et tout annonce que cette petite édition d'un livre célèbre alors a été soignée avec une prédilection particulière. Le nom de Natbanaël Duez, réviseur et correcteur du texte, n'est pas toutefois une excellente garantie. Ce bon homme est auteur d'un livre intitulé : Epiiome âietionum quarumdam œquivoearum et atnbiguarufn in lingua gallican Lugd. Batav., Elzevir, '<65'l , pet. «11-42, qui est certainement un des livres les plus rares de la collection, et on peut m'en croire sur ce point, car je n'ai plus le bonheur de le posséder. Ce singulier travail, le plus ancien que je connoisse sur nos homonymes françois, demande par-dessus tontes choses une exquise délicatesse d'oreille qui manquoit absolument k notre philologue germain, et dont l'absence produit souvent les plus plaisantes bévues. C'est ainsi qu'il donne pour homonyme k Boudin un autre substantif qui a un p pour initiale, et que les honnêtes gens n'écrivent même que par son initiale, quand ils sont forcés k l'écrire.

Je reviens k Sorel dont le nom est en littérature d'une autre autorité que celui de Duez. Le succès incontestable du roman de Francion est le fait d'un siècle encore naïf, ou moins raffiné que le nôtre. Dans ce temps-lk, on toléroit volontiers les licences badines et plus ou moins grossières de la parole qui nous révoltent aujourd'hui. On n'auroit pas toléré le paradoxe effronté qui peint le crime de couleurs séduisantes, qui le protège et qui l'enseigne. Maintenant tout est permis k l'idée, mais nous sommes implacables pour le mot. La réimpression de Francion, qui est d'ailleurs une peinture assez vraie des mœurs de l'époque ou il a été écrit, donneroit des nausées a un sergent de police, et des velléités de réqui-

sitoire a un procureur du roi. Je me garderai donc bien de le recommander aux étudiants en Tacances et aux nobles châtelaines en frilligiaiure ; mais je le recommande hardiment aux linguistes. 11 n'existe pas en françois un plus curieux trésor de gallicismes familiers, de rares proverbes, et de bonnes phraséologies populaires.

787. FuRETiÈRE (Antoine). Le Roman bourgeois , ouurage comique. Paris y Théodore Girard, 1666, in-8, veau fauve, fil. Aux armes.

Éditioiî originalb.

Exemplaire du comte d'Hoym.

On a souvent dit que ce livre étoit dédié au bourreau, par une fantaisie fort excentrique de l'auteur, et on Fa souvent

nié. Le fait est que cette dédicace au bourreau (Jean Guillaume, dit Saint-Aubin), se trouve k la page 672 de cette édition, mais c'est un horsnl'œuvre satirique qui ne se rapporte point k l'ouvrage lui-même.

788. Lettres portugaises traduites enfrançois, seconde édition. Paris, Claude Barbin, 1669, pet in-i!2, mar. rouge, fil. à froid. (Bauzonnet)

Édition OBioiifAi.s.

C'est une question plus ou moins oiseuse que de savoir si ce joli ouvrage fut d'abord écrit en portugais par une religieuse nommée Marianne Alcaforada, et puis traduit en françois par Guilleragues ou Subligny. Ce qu'il y a de certain, c'est que c'est un livre françois et un livre charmant dont l'original portugais reste à découvrir. En édition originale, on ne connoit point de petit claaigui plus rare.

Cette première partie, datée de -1669 et munie de son privilège, porte, a la vérité, seconde éditUmj mais c'est évidemment un titre postiche qu'on attacha k la première partie en

publiant la seconde, qui lui est réunie dans cet exemplaire. Or, cette seconde partie n'est point de 4675, comme le dit M. Bninet sur la foi d'un renseignement infidèle, mais bien de -1669, et achevée d'imprimer pour la première fois, le 20 août de cette année, suivant la déclaration qui tenaine son privilège particulier.

Ce petit volume est d'une beauté parfaite.

789. MoNTPENSiER (Anne-Marie-Louise-d* Orléans, duchesse de). La Relation de Flsle imaginaire, et l'histoire de la princesse de Paphlagonie. Bordeaux , lôSg, in-8, mar. citron, doubl. fil. {Koehler.)

Édition originale, tirée a toixantt exemplaires, selon Lenglet Dufresnoy, ou k wm ceniavM d'exemplaires, selon Segrais qui devoit être plus sûr de son fait. Dans Tun et l'autre cas, c'est un livre devenu rare, mais beaucoup moins que les Divers Portraits du même auteur, dont il sera question ailleurs.

790. La Fayette (Marie-Magdeleine de la Vergne, comtesse de). La princesse de Montpensier. Paris, Thomas Jolly, 1662, pet. in-ia, réglé, mar. rouge, doubl. en mar. , dentelle, fil. (Padeloup.)

Édition originale.

Très bel exemplaire d'un livre rare de cette édition.

791. — La Princesse de Clèves. Hollande, Elzesfier (sans date), 4 part, en i vol. pet. in-ia, mar. cit. {Belle reliure ancienne.)

Elxévier véritable. Le privilège réimprimé \ la fin donne

la date de 4678, mais le frontispice gravé n'en porte point. Cette jolie édiUon est recherchée des amateurs , et elle mérite de Tôtre. Je lui préférerois de beaucoup l'édition originale de Barbiu que je n'ai jamais rencontrée, et qui figureroit avec une tout autre distinction parmi mes petite classiques.

792. Le Sage. Le Diable boiteux, nouvelle édition» corrigée et augmentée d'une Journée des Parques, du même auteur, avec les entretiens sérieux et comiques des cheminées de Madrid, et les Béquilles du Diable boiteux, par monsieur ^*^9 enrichie de figures en taille-douce. Paris yDamour neville^ i756, 3 vol. in-ia, mar. vert, fil. à froid, tr.dor. (Bauzonnet-Trautz.)

Joli exemplaire d'une édition aujourd'hui peu commune.

*J'ai YU quelquefois le Diable boiteux placé dans la classe des romans espagnols, parce qu'il existe effectivement un livre espagnol qui porte le même titre (el Diablo cojuelo) ; toutefois, malgré celte identité de titre, l'ouvrage de Le Sage est bien françois et ne sauroit être considéré comme une traduction : autant vaudroit-ii alors admettre avec le P. Isla que le Gil Blas a été, comme il dit, volé d l'Espagne. Les vols du genre de celui-ci sont au reste assez rares, et l'on ne sauroit en vérité donner un pareil nom à l'œuvre intelligente qui d'un caillou informe et grossier a su faire un joli diamant. Après Gil Blas , le Diable boiteux est certainement la plus agréable et la plus ingénieuse composition de Le Sage, et mérite bien la place qu'il occupe dans cette collection de livres choisis. •

326 BELLËS-LETTAES.

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