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Depuis plusieurs années le nom de Fichte a souvent été prononcé en France.
Aucun des nombreux ouvrages de ce philosophe n’a pourtant été traduit dans notre langue. Nous ne possédons pas non plus une seule exposition complète des doctrines qui l’ont rendu célèbre.
Ce sont, dans nos études philosophiques, d’importantes lacuries qui demandent à être comblées.
I ne serait pas impossible que moi-même je me présentasse un jour pour remplir selon mes forces : la partie la plus importante de cette tâche. Le mouvement philosophique de l'Allemagne » depuis Leibnitz jusqu’à nos jours, m’a long-temps. préoccupé. Peut-être me hasarderais-je donc à à présenter au public quelques essais sur ce sujet important. Dans ce cas j’aurai à parler de l’origine , de l'ensemble, des détails, des conséquences de la philosophie de Fichte; j'aurai à raconter en outre la. prodigieuse force de tête, la puissance d’abstraction presqué merveilleuse que cette philosophie fait éclater dans son inventeur. Mais la tâche que.
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je me propose aujourd’hui, mieux en rapport avec mes forces, est plus simple et plus modeste. Au lieu d’être le juge ou l'historien de Fichte, je n’en suis que l'interprète. C’est à lui-même que je veux remettre le soin de plaider sa propre cause à notre tribune philosophique.
À vant de lui abandonner la parole, je crois devoir seulement dire en peu de mots les motifs qui m'ont déterminé à faire choix de la Destination de l'homme, de préférence à ses autres ouvrages, pour en offrir la traduction au public. Il me semble en outre qu’il n’est pas inutile de présenter d’abord au lecteur une courte analyse du livre luimême. On saisit mieux et plus facilement dans ses détails un plan dont on a pu embrasser d'avance tout l’ensemble d'un seul coup d'œil.
Un homme, un philosophe, se prend tout à coup d'uné vive curiosité sur sa nature intime, sur sa destinée terrestre. |
Ïl se voit un être faible, isolé, une chétive et misérable créature perdue dans l’immensité de la création. It s‘apparait un infiniment petit dans un tout sans limites. Mais cependant, comme il a conscience de lui-même comme d’une partie intégrânte de ce tout, il conclut que le principe invisible qui a constitué ce tout est aussi le principe par lequel lui-même a été constitué ; que la loi qui régit ce tout est aussi celle qui régit sa propre destinée. La feuille desséchée que le vent d’automne balance un moment dans les airs n’obéit-elle pas
dans sa chute à la gravitation universelle, tout aussi bien que les mondes qui roulent dans l’immensité ? Notre philosophe pense donc que le mot de l'énigme qu’il s’est proposée ne saurait être autre que le mot de la grande énigme de l'univers ; qu'en conséquence, cé mot redoutable, c’est seule: ment dans la contemplation dela multitude infinie des choses et des phénomènes de l'univers qu'il peut espérer de le lire. Mais à ce spectacle son.œil et sa pensée ne tardent pas à se troubler. Les choses lui apparaissent tantôt identiques et tantôt diverses. Les phénomènes lui semblent tantôt se produire au hasard et tantôt s’enchaïner dans un ordre nécessaire et rigoureux. Il ne sait s’il doit voir en tout cela la manifestation d'une une inflexible nécessité ou bien celle d'une liberté indéfnie. Il ne sait s’il doit se croire lui-même le jouet d’un hasard capricieux, ou bien un esclave, un instrument passif aux mains d'une. inexorable, d’uneimplacable fatalité. Entre ces deux opinions dont aucune ne peut le fixer, il hésite, il chancelle en proie aux douloureuses angoisses du doute,
Alors il se résout tout à coup, comme par inspi« ration, à quitter la voie qu’il vient de. parcourir sans suctès. Désormais ce ne sera plus dans le monde extérieur, ce sera en lui-même, dans sa propre conscience qu'il s’efforcera de saisir la science. Dès lors aussi il marchera hardiment à son but. Aucune crainte de s’égarer.en route ne pourra le troubler ; car au point de vue matérialiste qui
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est le sien, l'analyse de la sensation, le nosce te ipsum est la source de toute science, de toute certitude.
Qu'est-ce donc que la sensation ? — C’est la question qu’il se pose de mille façons, mais à laquellé il n'obtient que cette répanse, toujaurs la même : — La sensation est une modification de l’être sentant.
Mais s’il en est ainsi, l'être sentant n’a donc qu'une seule chose à apprendre de la sensation, c'est qu'il a été modifié de telle ou telle façon ; il ne saurait trouver dans la sensation le droit de rien conclure au-delà ; il n’en est nullement autorisé à conclure, par exemple, qu'une chose existe hors de lui par laquelle il a été modifié. S’il le fait, c'est seulement au nom d’un certain principe de causalité, en vertu daquol il se croit fondé à affirmer que rien n'existe qui n'ait été créé; qu’aueun effet n’est possible, si cet effet n’a une cause. Mais comme ce principe ne se trouve pas dans la sensation, c’est-à-dire dans l'impression faite par le monde extérieur sur l’être sentant, il en résulte que ce primcipe n’a pas été d'abord dans le monde extérieur avant d’être dans l'intelligence. Ce principe, au contraire, comme le momdre examen suffit pour nous en convaincre, existe dans les profondeurs mêmes de l'intelligence. Là, une pression mystérieuse le mettant en jeu, il se développe tout à coup à la manière d’un ressort, puis d pousse, il transporte pour ainsi dire l'être intel-
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lectuel au milieu du monde extérieur qui vient de Jui être révélé. oi Ce principe n’a toutefois qu’une réalité purement subjective. C’est le moment de le remarquer. D'un autre côté, il ést bien évident qu'on ne saurait attribuer à une induction tirée d’un principe plus de réalité, une autre sorte de réalité que n’en a ce principe lui-même. Ainsi, si les choses extérieures, c’ést-à-dire lemonde, n'existent qu'en | tant qu’inductions du principe de causalité, il en résulte aussi que les choses extérieures, c’est-à-dire le monde, n'ont de même qu'une réalité purement subjective. La conclusion semble inévitable.
‘Le monde serait donc dans l'intelligence de l’homme comme une copie sans origmal ? Ce serait je ne sais quelle mage fantastique dessinée en nous par une main inconnue. Ce serait encore je ne sais quelle ombre qui ne serait projetée par aucun corps. Nos sentimens, nos passions, nos idées n’auraient pas plus de réalité que n’en ont les vains fantômes nés du délire de la fièvre. Quand, sur les ailes de l’idéalisme, nous nous sommes laissés emporter aussi loin de la vie réelle, nous éprouvons ensuite, en revenant à nous, quelque chose de l’impression d'un homme qui s’éveilierait au sommet d’un pic escarpé, après s'être endormi dans la plaine. Comme cet homme l’abime nous entoure. De quelque côté que nous portions la main ou tes yeux, nous ne rencontrons que vide et néant.
Nous nous trouvons pris d'une sorte de frissonne-
RER. 7 agir, qu’à la condition pour l’homme de croire à la possibilité de l'action, de croire qu'il marche versun sent la a terre souss ses pas; mais surtout c’est le point capital, de croire eà l'accomplissement des devoirs qu’une voix intérieure dont il ne peut méconnaître l'autorité lui ordonne de remplir en ce monde.
Fichte fait ainsi de la croyance au “devoir, comme un appui tutélaire qu’il nous met tout à coupen ‘main, une planche de salut qu’il glisse tout à coup sous nos pieds au milieu des abîimes fantastiques créés autour de nous par la spéculation. Il nous enseigne que s’il n’est pas donné à l’homme de savoir le monde; on ne peut en conclure que le monde ne doive pas exister pour l’homme. Il nous enseigne que pour être invisible aux yeux de la science, ce monde n’en brille pas moins d’une éclatante réalité à ceux de la croyance. Il nous enseigne que si ce monde s'écroule, se brise sous la main de qui veut s’en saisir au nom de la science, la main guidée par de nobles et saintes croyances ne l’en trouve pas moins inébranlablement assis sur la base sublime du sentiment du devoir.
En un mot l’ l'homme engagé dans les voies de la méditation commence par douter ; il L'arrive ensuite puis de R ne tarde pas à se réfugier dans la croyance. C’est à, suivant Fichte, un mouvement naturel
à la pensée humaine, qu’en conséquence elle accomplit nécessairement.
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Dans l'ouvrage dont nous nous occupons, Fichte ne s'est pas arrèté d'ailleurs su seul côté métaphysique de ce mouvement; il a voulu nous peindre en même temps les agitations diverses qui se succèdent dans le cœur de l'homme pendant la durée de ée développement, de ces diverses transformations de sa propre pensée. Aussi n'est-ce pas une simple exposition didactique qu'il fait de son sysème; il le présente au contraire sous des formes animées, dramatiques; il le développe en une sorte de trilogie philosophique.
À peme at-on commencé cette lecture qu'on ressent je ne sais quelle crainte vague sur l'espèce de révélation qu’on est appelé à recevoir. On passe par les douloureuses angoisses du doute, on conçoit, on touche pour ainsi dire de ses propres mains le vide de la science ; il semble alors que le monde chancelle sur ses fondemens ; car le monde extérieur n'existait jusque à pour nous qu'autant que nous le savions. Nous nous attendons à le voir crouler en même temps que cette base de la science. On écoute alors, avec une anxiété toujours croissante, s’il ne sortira pas une voix de l’abime ; on regarde si à travers les ténèbres ne brillera pas le rayon de quelque révélation nouvelle. Puis enfn ; à la puissante voix de Fiehte , il renaît en nous quelque chose de ce calme plein de douceur, de ce suave repos de la pensée, qui ne manquent jamais d'accompagner les fortes, les imimuables croyances.
nt amenhianetennnmnuennngeneenténnmeniementnmet IMPRIMERIE DE E. DUVERGER, ROB DE VERNEUIL , N. 4.