‹ Destinée sociale (volume 2)Chapitre 89 sur 91 · EDUC. HARM. — METHODES DENSEIGNEMENT. ^S-J · texte numérisé non relu

EDUC. HARM. — METHODES DENSEIGNEMENT. ^S-J

le défendre comme moyen. — Et comme moyeri de quoi? direz-voiis, lecteur. Car enfin, s'ils avouent qufi ces misères du rudiment , ces haillons grecs et latins, n'ont pas do valeur réelle, à quoi bon faire perdre à leur propos huit et dix belles et bonnes années delà vie, sacrifiées à ces méchantes broutilles? A quoi bon abreuver la jeuness'e de répugnances, de dégoûts, etl'hébéter, enlanoui"rissant continuellement et sans pitié de ces nauséabondes déjections du passé, puisqu'ils avouent qu'elles sont inutiles? — A quoi bon, cher lecteur? — II paraît que c'est pour former l'esprit et le cœur de la jeunesse !

Les enfans d'Harmonie n'eussent-ils sur nous que le bénéfice du retranchement de la plus grande partie des choses universitaires, ils nous en seraient déjà cinq fois supérieurs. Qui a fait sur nous, en tant qu'hommes et que caractères, en force de corps, en largeur, en portée et en vigueur d'esprit, la supériorité des Grecs et des Romains? Eh, bon Dieu ! c'est d'abord que leur éducation était plus gymnastique ; c'est qu'ensuite, Grecs et Latins qu'ils avaient le bonheur de naître, on n'avait pas pu imaginer de les abrutir dix ans, comme nous, sur l'étude universitaire du grec et du latin — On les élevait pour leur pays , pour leur état social , pour leurs

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mœurs. Ces anciens n'énervaient pas leurs générations par de mortelles indigestions d'une indigeste antiquité; leur jeunesse en était aux choses, on a mis la nôtre aux mots : voilà tout le secret de leur supériorité.

Au reste , qu'on ne s'y trompe pas : si nous prenons à partie l'éducation universitaire, c'est que cette éducation est ce que nous avons de mieux aujourd'hui. Ce n'est pas au profit de ses adversaires que nous faisons la critique de l'Université. C'est la meilleure éducation civilisée, que nous voulons mettre en regard de l'éducation harmonienne. Wous entendons combattre le système de l'éducation civilisée dans sa forme la mieux organisée , la plus forte et la plus complète. Tous nos systèmes d'éducation propagent et perpétuent dans les générations la débilité, l'hébétude et l'impuissance, indépendamment de toutes les pédanteries des vaines éruditions et des sciences de mots qu'ils mettent en crédit au détriment de la belle et bonne science de la vie , du monde et des choses. L'ennui attaché fatalement aux études actuelles; l'extravagance de ces systèmes qui fatiguent, qui obsèdent, qui exténuent, pour des misères intellectuelles répugnantes, le cerveau des enfans et des jeunes gens ; l'insuffisance des exercices physiques ; la priva-

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tion des joies vives et iVanciies , des travaux manuels exécutés avec passion, au grand air, ou dans des ateliers salubres , décorés et pourvus de tout ce qui convient aux goûts de i'cnrance et de la jeunesse ; l'oppression enfin au moyen de laquelle seulement on peut maintenir les élèves sous ce régime monstrueux et contre nature, engendrent généralement dans les collèges, dans les pensions, môme et surtout peut-ôtrc dans les petits séminaires, comme dans les prisons et les bagnes, des vices monstrueux et contre nature... Vous voulez priver ces cntans des joies, des développemens et des plaisirs de leur âge , vous leur imposez de monotones, de froides et de stériles études, qui ne conviendraient pas même à des vieillards au sang glacé ; eh bien ! les beaux enfans que les mères vous donnent, sont bientôt des vieillards usés et rachitiques — Vous labourez et vous ensemencez le champ des déviations ! vous y faites pousser avec une effrayante précocité les fleurs empoisonnées du vice , ces fleurs pâles et livides, qui cachent dans leur sein la maladie, l'imbécillité, la mort.... Toutes les pensions, tous les collèges, presque sans exception, sont des lieux infectés où la race humaine s'étiole, où la santé se gâte dans ses sources vives, où le mal qui attaque l'enfance civilisée et la ravage, est aujourd'hui plus que jamais contagieux

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et leirible, où plus que jamais, enfin, les mères doivent trerablep de laisser leurs fils et leurs filles.

Pour vos enfans donc, mères qui les aimez, pour les corps que l'on exténue, pour les intelligences que l'on obsède, pour les âmes que l'on flétrit, sonnez la charge, accourez à la guerre sainte !... ou plutôt, puisque nous n'avons pas à briser, mais à fonder, laissons-là notre expressioR de guerre : venez , venez bâtir les Phalanges heureuses où vos fils désormais serant habiles, robustes, savants et toujours joyeux. L'éducation actuelle est pour vos enfans une nourrice au lait corrompu. Mères! hâtons-nous de changer la nourrice.

Et vous, professeurs et régens civilisés, qui, pour un chélif salaire, tenez en main la verge et traînez la chaîne de l'instruction publique ou privée, vous tous, instituteurs infortunés, qui semez la science et récoltez le mépris et la misère, c'est vous qui allez bientôt avoir un sort auquel vous ne vous attendiez guère ! Quand on va multiplier les Phalanges, il va falloir dégrossir les masses, les initier dans chaque canton à l'orthographe , à la syntaxe , à la littérature , aux sciences, etc. Ce que sait la majorité d'entre vous

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suffira dans les premiers temps; vous en apprendrez un peu plus ensuite, et d'ailleurs vous serez bons à mille choses autres que l'enseignement. Quelle vie vous allez mener! Vous allez ôtre recherchés , courus , disputés par les Phalanges. Un cuistre, dans les débuts de l'Harmonie, se payera au poids de l'or; jugez du taux des vrais savans î — D'ailleurs, qu 'est-il besoin de ces considérations personnelles , pour décider les hommes intelligens et honorables, qui sont encore nombreux dans les bagnes de l'enseiffnement? Ceux-là, dont seulement nous recherchons le suffrage, connaissent mieux que personne la malfaisance de nos systèmes; ils font chœur avec nous pour les stigmatiser : par amour de la science et de l'humanité, ceux-là seront assurément les premiers convertis, et les plus fervens apôtres. Sursum corda ! Délivrons les enfans! El les enfans de nos enfans nous béniront dans les siècles Quelle belle et noble gloire, que d'avoir

bien mérité de l'enfance !

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