‹ Destinée sociale (volume 3)Chapitre 72 sur 116 · Transport · texte numérisé non relu

Transport

Y Agens de destruction positive.

A Agens de creation negative.

I 12. ScissionnaireS:

Division anterieure. Les Parasites domestiques.

1". Les trois quarts des femmes de la ville et moitie de cellos de la campagne , par absorption aux travaux de me'nage et a la complication domestique. Aussi leur journe'e n'est-elle estime'e, en e'conomisme , que le quint de celle de rhomme.

2°. Les trois quarts des enfans , pleinement inutiles dans les villes et pen utiles dans les campagnes, vu leur maladresse et leur malfaisance (i).

(i) •)•) J'observais un jour 5 enfans employe's a garder 4 vaclies \ (plus de bergers que de betes). Que faisaicnt-ils ? lis tnetlaient leurs vaches dans des ble's verts et en e'pi. .Tavertis le premier de faire retirer la vache place'e devant lui. II me re'pondit : (.(. Ce u'est pas la mienne. n Je fis meme injonction au suivant, et j'en obtins pareille reponse. A les entendre , les 4 vaches n'e'taient a aucun des 5 bergers. Je me retirai en haussant les e'paules sur nos perfectibilite's e'eonomiques.

b On pretend que les enfans de village travaillent beaucoup : rien n'est plus faux. On en jugera par le tableau des emplois de l'enfance dans Te'tat socie'taire, ou son service est d'uu produit supe'rieur a cclui que donnent les peres en Civilisation, quoiqu'clle se borne ii s'emparer des fonctions faciles qu'exercent aujourd'hui les peres; fonclions qui, une fois envahies par les femmes et les enfans, laissent d'autant plus de marge aux travaux de force, comrne irrigation et autrcs , de'volus aux athletes masculins, qu'absorbent aujourd'hui la complication domestique et la repartition confuse des agens.

2l\[\ HARMONIC. IIV. I. CI(. III.

5°. Les trois quarts des domestiques de menage, non cultivateurs, dont le travail n'est qu'effet de complication, surtout en cuisine , et la moilie' des valets d'e'curie , qui n'e'tant ne'cessaires que par suite du Morcellement industrial , deviennent superllus en Association.

» Ces trois classes composant le menage , forment une division a part dans la se'rie des parasites. Elles cesseront d'y figurer dans I'etat socie'taire, on la repartition judicieuse , l'emploi opportun des sexes et des services , rc'duiront au quart on an quint le nombre de bras qu'eraploic aujourdTmi l'immense complication des me'nages morcelc's ou families incohe'rentes.

Division interieure. Les Parasites sociaux.

4°. Les armees de terre et de mer, qui distraient du travail la plus robuste jeunesse et la plus forte somme d'impots, disposent ladite jeunesse a la depravation , en la forcant a sacrifier a unc fonction parasite les anne'es qu'elle devrait employer a se former au travail dont elle perd le gout dans I'etat militaire.

» L'attirail d'hommes etde machines qu'onappellc arme'e, est employe a ne rien produire , en attendant qu'on Temploie a de'truirc. Cette V. fonction sera relate'e plus loin. Nous n'envisageons ici I'armee que sous le rapport de stagnation.

5°. Les legions de regie. On voit la seule douane absorber en France 24,000 hommes : ajoutons-y les droits-re'unis et autres armees de commis , gardes champetres , gardes-chasse , espions , etc. , enGn toutes administrations complicatives , comme celles de finance et autres, qui seront inutiles dans un ordre oh cliaque Phalange paiera tous les impots a jour fixe et sur simple avis du ministre.

6°. La franche moitie' des manufacturiers repute's utiles, mais qui sont improductifs relativement, par la mauvaise qualite des objets fabrique's; objets qui, dans l'liypothese d'excellence ge'ne'rale , re'duiraient l'use et la fabrication a moitie' de la de'perdition actuelle , et souvent aux 5/4 dans les travaux entrepris pour le Gouyernement , que chacun s'accorde a duper.

DEVELOPPEMEXT INDUSTRIES 2^5

7°. Les 9/lOnus des mArcuands et agens commerciaux , puisque le commerce veridique on me'thode societaire effectae ce genre de service avec le 10e. des agens qu'y emploie la complication actuelle. (Ge nouveau mode commercial est une des belles branches de 1'Association , et je regrctte de ne pouvoir en donner connaissance dans ces deux premiers tomes , qu'il est force de cousacrcr aux instructions preiiminaires et aux dispositions doinestiques.)

8°. Les deux tiers des agens du transport de terre et de mer, qui sont mal-a-propos compris dans la classe du commerce, et qui, au vice de transport complique, joignent celui de transport aventureux , notamment sur mer , oil leur impe'ritie et leur imprudence decuplent les naufrages.

» Placons dans cette cate'gorie la contrehande, qui souvent aboutit a de'cupler la somme des mouvemens et agens qu'emploierait le transport direct. On a vu des etoffes , pour aller de Douvres a Calais, passer par Hambourg, Francfort, Bale et Paris; faire 300 lieues pour 7, le tout pour l'equilibre du commerce et de la perfectibilite.

Division posterimre. Les Parasites accessoires.

9°. Les Chomeurs le'gaux , accidentels et secrets, les gens incites, soit par manque d'ouvrage , soit par recreation, lis la refuseraient dans le cas de travail attrayant ; ils la poussent au contraire an double des concessions legales, cbomant Saint Lundi, le plus ruineux de tous les saints, car il est festoye 52 journees par an, dans les villes de fabrique.

» Ajoutons les fetes de corporation, de revolution, dc carnaval , de patronage , de manage , et tant d'autres qu'on ne voudra plus cbomer dans un ordre oil les reunions industrielles seront plus agreables que les festins et bals des Civilises.

» Dans le chomage, il faut porter en compte la station accidentelle. Si le maitre s'e'loigne , les ouvriers s'arretent : s'ils voient passer un homme ou un cbat, les voila tous en e'moi, maitres et valets, s'appuyant sur la beche et regardant pour se de'lasser :

2l\6 HARMONIE. LIV. I. CII. III.

■40 fois, 50 fois par jour ils pcrdent ainsi cinq minutes. Leur semaine ressort a peine a quatre journe'es pleincs. Que de cbomage , sans 1' Attraction inclustrielle !

10°. Les Sopiiistes , et d'abord les controversistes ; ceux qui les lisent et s'entremettent a leur instigation en affaires de parti , en cabales iraproductives. II faut ajouter au travail de controverse qui embrouille cliaque sujet , les commotions politiques et distractions industrielles dont il est la source.

» Le tableau des controversistes et sopiiistes s'etendrait bicn plus loin qu'on ne pense , a ne parler que de la jurisprudence qui semble un sopbisme excusable ; supposons que Tordre socie'taire n'engendre pas le 20c. des contestations actuelles, etque, pour terminer ce peu de diffe'rends, il ait des moyens aussi expe'ditifs que les notres sont complicatifs ; il en re'sulte que les 19/20n,e5dii barreau sont parasites , ainsi que les plaideurs , les te'moins , les voyages, etc., etc. Comliien d'autres parasites en sopbisme, a commencer par les e'conomistes , qui declament contre le corps des parasites dont ils portent la banniere.

11°. Les Oisifs, gens dits comme il faut , passant leur vie a ne rien faire. Joignons-y leurs valets et toute la classe qui lc> sert. On est improductif en servant des improductifs , comme les solliciteurs dont on a compte' jusqu'a 60,000 dans la seule ville de Paris. Colloquons ici tout le monde electoral.

» Les prisonniers sont une classe d'oisivete force'e; les malades encore mieux. On ne verra pas, cbez les Harmoniens nalifs, le dixieme des malades qu'on voit en civilisation. Ainsi, quoiquc la maladie soit un vice inevitable, il est susceptible de correction et de reduction enormes. Sur dix malades il y en a neuf enleve's nial-a-propos au travail, par effet du regime civilise; neuf qui dans l'etat socie'taire seraicnt bien portans, n'en de'plaise aux me'decins.

12°. Les Scissio.xnaires, gens en rebellion ouverte contre I'industrie, les lois , les mocurs et usages. Tels sont les loteries et les maisons de jeux, vrais poisons sociaux , les chevaliers d'ittdnstrie, les femracs publiqucs, les ?ens sans aycu, les mendians,

ics filous , les brigands et autres scissionnaircs , dont le nombre tend moms que jamais a de'croitre , et dont la repression oblige a entretenir une gendarmerie et des fonctionnaires e'galement iraproductifs.

X Classes pivotales.

Y Directe. Les agens de destruction positive ; ceux qui organisent la famine etla peste , ou concourent a la guerre. L'ordre civilise accorde sa haute protection aux agens de famine et de peste; il client les agioteurset les Turcs ; il encourage toute espece d'invcntion qui pent e'tendre les ravages de la guerre, fusees Congreve , canons Lumber ti , etc.

(Nota. Les mililaires , dans ce tableau, figurent en double ligne; ici comme faisant la guerre, operant la destruction, et au n°. 4 , comtue borne's a la stagnation , au role improductif. Ce n'est pas double citation , mais difference de role , double caractere qui exige deux articles distincts. )

1 Inverse. Les agens de creation negative. J'aidejaprouve qu'ils sont excessivement nombreux ; que la plupart des travaux , tcls que murs de cloture , sont relativement improductifs : d'autres sont illusoires, par mal-entendu et maladresse, comme edifices qui s'e'croulent, ponts et cliemins qu'il faut deplacer et refaire. D'autres sont un ravage indirect : cent ouvriers paraissent fane un travail utile en abattant une foret ; ils pre'parent la mine du pays , et lui sont plus funestes que les ravages de guerre , qui se reparent. D'autres sont fle'aux de contre-coup, prone's par l'e'conoraisme, comme l'invention d'une mode, qui reduiraa lamendicite vingt mille ouvriers , dont la stagnation sera une souree de de'sordres.

» En speculant sur le retour au travail de toutes ces classes d'improductifs que VAssociation utiliserait d'emlDle'e , nous pourrons encore tripler le produit. II e'tait octuple en 5C. puissance; il devient ici vingt-quadruple, car ces masses d'improductifs comprennent au moins les deux tiers de la civilisation; et peutetre estime-je trop bas : il est certain que la scule chance d'eni-

ploi opportun des trois sexes en indnstrie domeslique, doublerait la masse de travail : or, leur emploi inopportun ne coraprend que les trois articles de division anterieure, 1,2,3. Si le produit presume de ces trois classes doit doubler la masse du revenu industriel , on peut bien le tripler pour les onz.e autres.

» Nous ne sommes pas au tcrme de ces accroissemens puis sanciels : j'en citerai encore des mo yens tres-efftcaces : comme

5e PUISSANCE.

» Le rapide accroissement dc la sante et de la force , tant des homines que des animaux et vege'taux. Pour en juger , il faut attendre le traite d'e'ducation integrate, ou je prouverai que la force d'un Harmonien doit egaler celle dc trois Civilises , et que cent jeunes femmes harmoniennes prises an hasard , seront de force a terrasser cent grenadiers civilises. L 'amelioration des animaux sera la meme. Un ressort si puissant autorise bien a doubler l'estimation du produit socie'taire futur ; mais il faudrait done e'lever l'accroissement pre'somptif de 24 a 48 ! Ici les donne'es de richesse deviennent cboquantes ; negligeons revaluation.

6e PUISSA1NCE.

» La restauration des climAtures indique'e a la note A , Introd. Cette nouvelle tempe'rature devant garantir trois re'coltes , sur les points qui en obtiennent difficilement une , et faciliter le parcours du globe par la cessation des ouragans , ce serait un nouveau sujet de doubler encore la somme du produit a espe'rer. »

Viennent ensuite la septieme puissance, ouvoie de transition, dont on ne peut pas donner ici les details, qui tiennent a des considerations cosniogoniques, et enfin les puissances pivotales, < qui auront, » dit Fourier, « plus d'influence en ac-

croissemenl de ricbesse, que toutes celles precedemmcnt citees. » II ajoute :

« J'en ai sulTisauiment decrit pour assouvir les esprits les plus insatiables , et de'montrer un vice inapercu clans les plans de nos econoniistes : en se bornant a spe'culer sur le degre' simple , ou etat brut de l'industrie, ils se sont prive's d'un pre'cieux ve'hicule scientifiqne, de la curiosite on manie d'exploration. S'ils s'e'taient exerce's sur les calculs d'amelioralion puissancielle qu'on vient de lire , ils auraienl fini par soupconner la possibilite de succes , et proposer la rechcrcbe de l'ordre socie'taire , unique voie pour ramener a l'induslrie tant de legions improductives.

» Quant aux lecteurs que re'voltcrait cc tableau de richesses futures, il est pour eux un moyen de s'y familiariser ; c'est de se rallier a l'esprit religieux, et reconnaitre que notre globe a e'te dupe de sa prevention pour le regime civilise' et barbare; les sopbistes nous ont abuse's 5000 ans, en nous disant, an sujet du bonheur, de la justice, de la ve'rite, de P unite, de la ricbesse , « tant de perfection n'est pas faite pour les hommes : » l'esprit religieux nous ramenera a des opinions plus sense'es, a l'espe'rance en Dieu , et a la conclusion : « que si cet ordre socie'taire , ce » nouveau monde social, peut assurer a l'humanite' tant de bon- » heur , il est impossible que la Divinile qui a entrevu cet ocean » de ricbesse et de vcrtu dans l'Association , n'ait pas arise aux » moyens de nous y conduire. »

» A. de'faut , il y aurait impe'ritie et vexation dans le systeme de la Providence ; les Attractions seraient sans rapport avec les Destine'es. Comment supposer pareille inconsequence cbez le supreme e'conome , qui a si justement re'parti toutes les impulsions , que mil animal n'ambitionne de s'e'lever a un autre bonbeur que le sien. Si Phomme seul de'sire davantage , c'est qu'il n'est point fait pour les miseres civilisc'cs , point arrive au sort que Dieu lui reserve.

» Mais quelle e'tourderie a nos econoniistes de ne pas s'aperccvoir qu'il y a sur la population civilise'e , trois quarts d'impio-

2D0 IIAll.MONIE. L1V. I. CH. III.

ductils , et (juc si on veut atteindie a la veritable economic , an iriplement et quadruplenicnt de produit , il faut s'e'leyer a un me'canisme social different. Ce ne peut etre que le socie'taire on combine , puisque le monde industriel ne pent opter qu'entre deux ordres , la combinaison socie'taire, et 1 'incoherence on morcellement actuel . a

L'age il or est dcvant notis.

Saixi Simon".

Quelque abondantes que soient les sources dc richesses que nous venous de recapituler, nous n'avons envisage pourtant qu'une des faces de la question, et nous serious encore bien au-dessons de compte, si nous estimions par cela seul le bienetre dont jouissent les Harmoniens. Ce que nous venons de voir, en effet, ce sont les avantages de la production socletalre3 les accroissemens puissanciels de la richesse effective; il faudrait maintenant, pour se rendre compte du bien-etre qui en resultera, examiner les avantages de la consommation socio taire 3 les accroissemens puissanciels de la richesse relative. Selon notre habitude, recourons aux exemples.

Si vous vouliez recevoir chez vous en pur Morcellemenl, journaux, revues, brochures nouvelles, livres nouveaux, vous auriez a depenser pour cela, par an, qualrc, cinq, dix inille francs, je

DKVELOPPEMENT INDUSTRIE!. 25 1

ne sais. Affiliez-vous en cercle , en casino, abonnez-vous au cabinet cle lecture, ct vous avez a votre disposition, pourun modique abonnement, des jouissances qui vous auraient coute, isolement, des sommes enormes.

Calculez ce qu'un homine aurait a depenser pour soutenir un train de maison qui lui permit, chez lui, a chaque repas, de se donner cboix , comme au restaurant, sur quelques centaines de mets differencies en especes et varietes.

Nos spectacles sont des plaisirs en mode societaire. En bon Morcellement, il faudrait que celui qui veut jouir du spectacle, fit jouer chez soi , pour sa femme et ses enfans, qu'il entretint une troupe d'acteurs a ses frais, et eut chez soi son theatre, comme il a sa cuisine, sa salle a manger, sa cave, son ecurie et son grenier. — Le spectacle en maison particuliere vous semble absurdc? Eh! nos coutumes domestiques et autres paraitront bien autremcnt absurdes, je le jure, aux yeux des Harmoniens.

Maintenant que j'ai explique sur quelques embryons d'csprit societaire, que nouspossedons aujourd'hui, le principe de la multiplication du bien-C'lic, par la jouissance en participation so-

cictaircj, calculez, si vous le pouvez, les developpemens de ce principe au sein des Phalansteres. Voyons quelques details :

« Transport. II en coiite, a Paris, 6000 fr. par an a tout menage qui veut rouler carrosse, avoir settlement 5 voitures, une de vibe, une de campagne et un cabriolet, entreleuir les valets, renouveler les cbevaux et equipages. Cettefamille pourra, en Harmonie, moyennant 600 fr. par an, jouir de l'abonnement aux voitures de tous degre's, meine de gala, et aux cbevaux de selle.

" Cette ricbesse, decuple quant aux frais du materiel , devicut vingtuple si Ton porte en compte les avantages d'option sur un assortimeut de voitures nombreuses de toute espece , la dispense de debattre avec des marcbands et ouvriers trompeurs , la dispense de laquais, de leurs volerics et intrigues, de leur espionnage et autres ennuis de surveillance qui font dire avec raison que la valetaille est le fle'au des grands.

» En fait de transport, les voitures et cbevaux ne sont pas la seule voie sur laquelle il y ait des jouissances a desirer; souvent les voitures nesont qu'un pis-aller ennuyeux, comme dans Paris et Londres, o'ula voiture n'est guere que plaisir ne'gatif, moyen d'e'ebapper aux boues , aux intempe'ries et aux longues courses , puis aux embaiTas de la campagne parisienne , ou la classe ricbe est emprisonue'e dans ses cbateaux , par les mauvaises routes et les paves fatigans, horde's de 2 baies de fange de'goiitante. Les routes des environs de Paris sont ie suppbee du promeneur et du cbasseur; cloaques de boue pendant sept mois d'biver, ocean de poussiere pendant 5 mois de belle saison , quelquefois des le mois de mars, comme en 1823.

» Le contraire a lieu en Association, ou Ton me'nage au transport des cbemins a variantes, ayant trottoirs a cbarriots, trottoirs a voitures le'geres, trottoirs a pie'lons, trottoirs a cbevaux etzebrcs, voies ombrage'es, sentiers arrose's, etc. Sur cette 5C. branebe de transport, comme sur les deux pre'eedentes, le bien-etre sera au

DEVELOPPEMENT INDPSTRIEL. 25 J

inoins decuple tin notre : nous voila deja an trentuple de jouissance comparative sur le transport.

» Une quatrieme branche de charrne est celle des communications couvertes , dans tout l'inte'rieur des logemens, e'tables, raagasins et ateliers ; le plaisir d'aller aux seances de travail , a l'eglise, en visite, eux reunions de spectacle, bal, etc., sans s'apercevoir s'il fait chaud on froid, sans courir aucun risque de rhumes ni fluxions an sortir d'un bal, d'oii Ton s'en va cbez soi par des couloirs chauffe's. Si Ton s'en retourne a une lieue de la , on monte en voiture dans un porcbe cbauffe , oil les animaux partagent le bien-etre des hommes. Je ne dirai pas qu'en ce genre de jouissance le bien-etre des Harmoniens soit decuple du notre, car il n'en exisle point pour nous. Les de'placemens sont presque toujours genans , souvent dangereux , meme pour un roi ; car le roi de France n'a pas de porcbe convert et chaufFe ; il faut , pour monter en carrosse , qu'il recoive la neige et la bise : on voit des femmes gagner une fluxion de poitrine au sortir du bal : un particulier, dans une matinee employee aux visites, aux affaires, est oblige' de monter en voiture vingt fois, monter et descendre sans cesse des escaliers. L'on n'appre'ciera les cmbarras de ce genre de vie , que lorsqu'on pourra faire le parallele du cbarme des communications couvertes , et se convaincre qu'en edifices comme en toutes cboses , la distribution civilise'e est le monde a rehours. Notweau Monde , page 3i8.

» On a vu que , des la fondation de l'Harmonie , tel qui aujourd'hui n'a qu'une cabane ou un grabal dans les greniers des villes, jouira de 800,000 palais (Phalansteres , manoirs de Pbalanges) , beaucoup plus agre'ablcs que les palais de Paris et de Rome , oil l'on ne peut pas trouver le quart des agre'mens que re'unira un Pbalanstere, entre autres celui des communications couvertes et tempe're'es.

» Ce meme liomme qui aujourd'hui est oblige' de porter ses sabots a la main, de peur de les user (coutume des paysans de la belle France) , aura sur toutes les routes du globe 1' admission

gratuitc dans lcs voitures de minimum , qui seront <le bonnes diligences , bien suspendues ; puis le minimum de table , car les Harmoniens exerccnt parlout l'hospitalite , corame on 1'exercait a la Grande -Chartreuse , oil un voyageur pouvait s'installer pendant trois jours, bien recti, bien nourri, bien loge, mais sans lourniture de vetemens, ni de voitures, qu'il trouvera en Harmonie partout ou il en deraandera.

» Sous ce rapport , la richesse d'un tel liomme s'e'levera bien au-dcla du milluple, comparativement a l'e'tat civilise. Les rois memes pourront se dire raille fois plus riches ; car , a quelqucs journe'es de leurs e'tats , n'allassent-ils que de France en Barbarie , ils ne trouveront ni glte , ni snbsistance ; encore raoins dcs divertissemens composes, c'est-a-dire plaisirs des sens et de Tame , essor combine' des passions sensitives et affectives.

» Un monarquc est done pauvre sous le rapport des logemens , si j voulant voyager en Asie, en Afrique, il n'y trouve pas un abri, n'y rencontre que famine, voleurs, assassins, vermine, intempe'rie , et n'est pas meme admis dans divers e'tats , commc Chine on Japon, ou son gout pour les voyages laurait attire'. Que lui serviront , dans ce cas , les chateaux qu'il possede autour de Paris ou Londres , chateaux souvent fort ennuyeux pour lui et sa cour? J'ai cite madame de Maintenon , qui de son propre aveu mourait d' ennui ; il parait que Louis XV e'tait de meme avis , et de'sertait volontiers ses palais pour le Pare aux Cerfs(i) et la petite maison.

(i) Le monarque voyageant dans l'Harmonie, aurait trouve' beaucoup mieux dans les 800,000 palais du globe , ainsi qu'on le verra au traite du sympalhisme occasionnel , sorte de plaisir que ne pcuvent pas se procurer les monarques civilises, meme dans leur Pare aux Cerfs , qui n'est apres tout qu'un serail , une reunion de plaisir simple et de lien mate'riel. Ces sortes de jouissances , le sympalhisme occasionnel et autres, ne s'e'labliront pas dans la ire. generation d'Harmonie ; tout ira par degre's.

Traite de V Association , tome 1 , page 370.

DEVELOPPEMENT- INDUSTRIE!. 20b

»> Quant au salarie qui , au lieu tie palais, n'a pas mcme un grabat , commc les Lazarons de Naples , re'duits a coucher dans la rue, s'il acquiert favantage de re'sider, faire bonne chere et se delecter dans 800,000 Phalansteres , se faire transporter gratuiteinent de l'un a i'autre dans d'excellentes voitures , ne sera-t-il pas sur ce point 800,000 fois plus ricbe qu'un seigneur civilise, qui n'a qu'un chateau , oil il vit souvent fort ennuye et tres-de'pourvu en tous genres de plaisirs ?

» La ricbesse relative pent done, en Harmonic, s'e'lever, en quelques brandies , au degre incalculable designe sous les titres de milluple et infinitesimal : en prenant le terme moyen de ces accroissemens relatifs , combine's avec les effectifs dont traite le 1". chapitre , et les puissanciels dont traite le 2"ie. , on verra que ;je suis excessivement au-dessous de la re'alite', dans mes evaluations de benefice ge'ne'ral. »

On le voit , lorsque Ton entre dans le monde harmonien, le calcul a la main, pour en evaluer logiquenient, arithmetiquement les richesses, pour etablir l'inventaire, on est ebloui, on croit rever. Le Civilise nie, sourit, dit que cela est trap beau, et, par suite , impossible; puis il parle de la charte, de la republique, du progres continu , et autres denrees de sa consommation inlellectuelle de tous les jours.... — S'il montrait a un Sauvage une epingle, en lui disant qu'un Civilise en fait quarante-huit mille pareilles en un jour, le Sauvage aussi ne voudrait pas croire ; mais j'ai deja fait observer, a propos analogue, que le Sauvage est dans son droit, et que le Civilise eclaire n'y est pas.

Quoi done? dans un siecle qui se ditaudacieux, libre penseur et franc du collier, dans un siecle tres-fanfaron d'esprit fort, coiffe, drape, — il faut dire aujourd'hui grime — a la revolutionnaire, dans cette France qui parle tant, geslicule tant, bat des deux mains sot son tambour, et crie a etourdir le monde qu'elle est la grande nation initiatrice , eh bien ! — e'est pourtant vrai, — il y en a a peine un, par quarantaine de mille, qui puisse et ose soutenir le regard d'une idee nouvelle , 1'envisager en face! Ces penseurs libres ne peuvent penser que par masses , ces fieres intelligences ne peuvent aller que par

troupeaux Et e'est vraiment pitie encore que

de voir en quels champs ellespaturent, etquelles herbes elles broutent, Pauvres liberaux, pauvres matamores , qui avez fait tant de bruit contre les vieilles idees dont vous vous pretendez aflVanchis, qui dansez si bravement sur les debris du vieux monde, les debris du passe, comme vous dites, vous etes encore singulierement esclaves de ses dogmes, apres toutes vos mutineries philosophiques et democratiques , allez !

C'est done chose bien rare que le courage de l'intelligence? C'est done un effort superieur aux forces du grand nombre, que de prendre sa tete a deux mains, de poser line idee la, en face,

clebout et nuc, a deux pas devant soi , et d'arliculer sur elle un jugement a soi, un jugement tranche ? Qu'avez-vous done a vous informer, pour la juger, pour raccueillir et lui tendre la main , de la reception que les autres lui ont faite? — les autres!!!... il n'y a pour chaque homme qu'un juge, qu'une aulorite ; e'est celle de sa propre intelligence. — Je parle de 1'homme qui pense.

Esprits indecis et flottans, races moutonnieres, jusques a quand prendrez-vous pour force de lete, votre scepticisme qui nest qu'une debilite? Quand saurez-vous soutenir le regard d'une idee? Quand cesserez-vous de voir dans les realites des fantomes, comme les enfans qui ont peur la nuit , et comme eux, pour ne pas voir, de fermer vos paupieres? Gens eclaires 3 qui ne tarissez pas sur la routine des paysans qui labourent vos terres, comprenez done, en fin , que si la routine materielle leur clot les yeux, la routine intellectuelle vous clot, a vous, 1'oeil de lame, 1'intelligence.

Ce n'est pas 1'intelligence qui fait defaut, e'est le courage, un courage qui vient du cceur. Ob! ceuxqui ontbon desir pour 1'humanite, leur ame s'ouvre a l'esperance, et se fortifie du bon vouloir; et le bon vouloir sait bien faire passage a II. 17

1'intelligence. Debout done les intelligences et les volontes! debout, debout! sursiim cordal l'etoile de la destinee brille sur nos tetes — Courage , freres , et hors du desert ! dressons nos fronts et regardons le ciel ; courage! la nuee lumineuse mai'che devanl nous!

HARMONIE

3>iEirr^ii^mi3 autrr*

KOLILIBRES SOCIAUX.

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