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exemples, voire des chiffres. Les exemples précisent, marquent, détachent une idée; et quand Tesprit a saisi Tidée sur l'exemple, il la généralise facilement. Cette faculté de généraliser appartient à Tesprit de rhomme dès la basse enfance , et chacun pooîiiit faire cette opération, il en résulte que préciser une idée sur un exemple ou la généraliser par une formule abstraite, ne sont que deux manières différentes de la présenter. — Il en est pourtant, de par le monde, qui se croient larges, profonds, et se prennent d'une grande vénération pour eux-mêmes, quand il leur est arrivé de traduire dans Texpression générale telle idée qui a été présentée par autrui sous forme particulière ! — Revenons à l'examen du jeu des passions dans les Stans.
Chaque branche d'industrie et de travail, avons-oous dit, a fourni autant de Groupes qu'elle peut donner de nuances de produits, si bien qu'en culture, je suppose, vous verriez des Séries de sept, neuf, vingt-quatre, trente-deux Groupes, — plus ou moins, — adonnés, pir exemple, aux soins de sept variétés de graminées, de neuf variétés de groseilles, vingt-quatre variétés de pèches, trente-deux variétés de poires, etc. , et de même pour les travaux de ménage, de science, de beanxarts, etc.
Or, quel effet va résulter de Texistence sinmltanèe, du contact, de deux Groupes voisins dans l'échelle de il Série? Pensez-vous qu'il y aura grand accord entre cet Groupes, donnant des produits peu dissemblables, dk»lant quelquefois même des produits id^tiques.
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obtenus par des méthodes, des procédés différents? Char que Groupe a son drapeau dont il est jaloux ; les drar peaux voisins sont rivaux. — Voilà le fait de nature.
Un énergique discord éclatera donc entre les Groupes contigus dans Téchelle : il s'élèvera d'ardentes rivalités, de vives concurrences. La critique leur viendra plus naturellement aux lèvres que la louange.
Quel sera l'effet industriel de ces Dhcords, de ces joutes cabalistiques, inévitablement développés par l'ordonnance graduée de l'Échelle sériaire ? — Entre mille faits qui peuvent répondre à la question, en voici un que j'entendais conter à l'un de nos cx)nsuls dans les échel* les du Levant. — Je ne sais plus en quelle station 'des tles Ioniennes il en avait été témoin.
Deux frégates françaises étaient à l'ancre dans le port, égales à peu près pour la force, l'équipage et la m&ture ; l'une, c'étaient des Provençaux qui la montaient ; l'autre était servie par des matelots de la Saintonge.
Elles ne pouvaient pas rester là longtemps, les deux rivales, sans se jeter un défi ; et de fait, un matin que les . î>
deux états-majors déjeunaient ensemble, après des narrations biographiques et panégyriques sur chacune d'elles, on discuta de leur mérite respectif. Un pari s'ensuivit. Tous les officiers y entrèrent, chacun soutenant son bord. On fit cent louis de part et d'autre. Le lendemain, au soleil levant, les frégates étaient prêtes, et la latte s'engagea sur les maïUBayres ccmy^nm. le ne
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'^fm^âifzi pa«> quelles furent ces inanonirres, wiQtt dirai c{ue les équipages spectateurs, — la — affimerent hautement qu'ils n'avaieni jamais ^i <raumi fielles, d'aussi prestes, d'aussi vives el Innhs nuuiaiivre!». ^ Ur, la galerie, c'étaient des navires rvm;^ et anglais...
C'est qu'il y avait là esprit de corps et RiVAUTt biei nette et bien tranchée ; c'est que, sur chaque bord, officiers, matelots et mousses étaient en arrêt, ]*oreille au vent, les mus^rles tendus, les yeux sur le commandant: c'est que, pour tous, il y allait de l'honneur de la fi«gâte ; c'est qu'il n'y avait qu'une pensée, qu'une volonti;, qu'une âme, et (|ue tous étaient mordus par h même pa.ssion ! — Les deux équipages eurent les honneurs de la journée : le côté gagnant répandit sur eoi une ros<';e assez abondante de pièces de cent sous , et Vainqueurs et vaincus se portèrent cordialement des santés réciprocfues.
Chacun a pu obscn^er des essors analogues de Rivalité. Je cite un autre exemple qui m'a servi, dans le temps, de démonstration expérimentale pour ce que je vais établir théoriquement ici.
C'était à Metz. — Mais d'abord il faut savoir que les régiments du génie sont exercés chaque année, pendant la belle saison, à tous les travaux relatifs à l'attaque et à la défense des places. — Nous eu étions à la confection des matériaux de siège.
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Une semaine , j'avais des fascines à faire préparer à ma Compagnie. Pendant les trois premiers jours , je laissai le travail aller, comme d'habitude, tout le monde formant un seul atelier et portant au tas commun. — La besogne se faisait, comme d'habitude, lentement, sans zèle, parce qu'il fallait la faire, — besogne forcée, sans intérêt ; seulement la gaîté du Groupe , même sous la griffe, peu méchante il est vrai au bout de mes doigts, de la discipline militaire.
Le quatrième jour, je divisai la masse. Je fis disposer dix ateliers en deux camps, cinq de front sur deux lignes et face à face. J'ordonnai que chaque atelier empilerait derrière lui ses fascines à mesure de confection, avertissant qu'à la fin de la séance — après comparaison des dix tas — on empilerait ensemble encore les fascines des cinq ateliers réunis de chaque camp, et que
renverrait Je me bornai à établir la disposition,
m'interdisant toute excitation par la parole.
Hé bien! à peine les hommes furent-ils à l'œuvre, (|ue vous eussiez apprécié l'influence de la disposition. — De chaque côté d'abord Rivalité très-prononcée, entre eux, des Groupes qui se touchaient ; grande Rivalité fac« à face de chaque atelier avec son vis-à-vis de l'autre camp; Rivalité en masse, enfin, des cinq ateliers d'un camp contre les cinq ateliers de l'autre. — Dans chaque atelier on s'excitait vivement , on se critiquait on se portait des défis d'un Groupe à l'autre, et les Rivalités intérieures des cinq ateliers d'un parti n'empêchaient pourtant pas qu'ils ne se stimulassent entre eux
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ritfii iaire? — Que dis-je! il ne Faurait créé que pov le mal ! — Cela est insensé à dire, et si vous reoianaissez que cette force de Rivalité, quand elle ykat à parler haut dans Faction et la manœuvre, suscite cha les travailleurs la fou£;ue réfléchie, rachamement di joueur, TardcMir du cond)attant, que ne songez-vons alors à lui ménager des emplois utiles , harmoniques. humanitaires? Fuis^iue Thomme est destiné au traviil et (|ue vous trouvez en lui de puissantes causes d'e\dtalion, comment ne com|)renez-vous pas que ces causes d'excitation lui ont été données pour le but final da tra\ail? Si Uieu destinait Thomme à agir SMr tmt f/lohe et à régir la création, ne fallait-il pas qu'il mttei riiomme les ressorts, les forces déterminantes et les moyens de l'action? Dès lors qui ])eut méconnaître Teaploi linal et providentiel de la Rivalité?
Cette passion si générale et si vive est appelée i jouer un grand rôle dans le mécanisme des Séries. C'est à elle (|ue Ton devra le perfectionnement incessant et le raflinement indéfini de toutes les branches de l'industrie, de Fart et de la science, les classifications distinctes, nettes, tranchées en toutes choses, la persévérance acharnée des (troupes à leurs opérations, l'activité des critiques, la surexcitation industrielle des travailleurs et bien d'autres précieux effets d'harmonie que nous dévelo])perons plus tard.
Aussi la nature a-t-elle >oulu (|ue cette passion se développât d'elle-même et vivement dans les Séries. -— Jugez-en.
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Dans une Série d'emploi quelconque, mais régulièrement formée, deux Groupes contigus dans l'échelle donnent des produits fort rapprochés , peu dissemblables , quelquefois même identiques. Comment voudriez-vous que ces Groupes fussent en Accord, qu'une chaude jalousie industrielle ne se mît pas entre eux? La Rivalité est forcée.
On est entre deux feux dans chaque Groupe; on a Tennenii de droite, on a l'ennemi de gauche. Ce sont deux parties jouées simultanément, et ce jeu en mode composé se reproduit tout le long de l'échelle. Il faut se tenir ferme.
Ainsi dans la Série, ou Echelle naturelle de classement des travatix, chaque terme discorde avec ses deux voisins, comme dans la Gamme ou Échelle naturelle des sons musicaux^ chaque son discorde avec ses deux contigus, comme aussi deux nuances consécutives, prises dans le prisme ou Échelle naturelle des cou-leurs , discordent entre elles. — Observez que je dis nuances.
Une Série est donc une gamme, et, comme la gamme musicale , elle doit avoir la faculté de former des Accords, des Discords et toutes les Modulations variées ((ue comporte l'harmonie.
La Série étant la base de l'harmonie sociale, conune la Gamme est la base de l'harmonie des sons, comme le spectre solaire est la base de rharmonie des couleurs ,
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il est tout-à-fait nécessaire que nous fiissioits une dissection spéciale de ce mécanisme. — Le lecteur qui ne saurait quelque gré pour ce que je m*efforce d'élaguer les ronces qu'on rencontre en toute sdence et dans Um les traités du monde , je le prierai de s'en reconnattre en donnant une attention soutenue aux chapitres qn terminent ce 3^ Livre. C'est le seul point qui exige u peu d'étude, et d ailleurs la question est fondamentale : qui comprend bien la Séiib sait tout.
ff Qui comprend bien la Série sait tout ! » Voilà doac à quoi se réduit la grande découverte de Fourier? u Série I Mais cela est bien simple, bien facile, hien naturel »
Oh ! oui, en vérité, cela est naturel, bien naturel
Âimericz-vous mieux que cela ne le fût pas? Et croyo* vous bien regrettable que la vérité sociale et universelle ne soit pas alambiquée , obscure et inintelligible comme la métaphysique de ces messieurs? — Du resta, sur cette question, écoutez deux mots de Fourier :
flc Je (lois prévenir une objection qu'on ne manquera pas de m'adresser au sujet du nouvel ordre domestique que je nomme Série de Groupes. On dira que l'invention d*un tel ordre était un calcul d'enfant et que ses dispositions semblent des amusottos. Peu importe, poun u qu'elles atteignent le but, (jui est de produire AUraclion industrielle et de nous entraincT par i'îippat du i>laisir m travail asrricole, qui est aujourd'hui un supplice pour Thommo bien né. Ses fonctioos, telles que labourage, nous inspirent avec raison un dégoM
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voisin de Thorreur, et Thommo d*éducatioil est réduit au suicide quand il n'a que la charrue pour ressource. Ce dégoût sera complètement surmonté par la violente Attraction industrielle que produisent les Séries dont je vais parler.
» Si les dispositions de cet ordre ne reposent que sur des calculs d'enfants, C'est un bienfait signalé de la Providence, qui a voulu que la science la plus importante à notre bonheur fût la plus facile à acquérir. Dès lors en reprochant à la théorie des Séries son extrême simplicité , on commettra deux inconséquences, qui seront de critiquer la Providence sur les facilités qu'elle a attachées au calcul de nos destinées, et critiquer les Civilisés sur l'étourderie qui leur a fait manquer le plus simple et le plus utile des calculs. Si c'est une étude d'enfants, nos savants sont donc au-dessous des enfants pour n'avoir pas inventé ce qui exigeait de si faibles lumières, et tel est le défaut communs aux Civilisés, qui, tout boursouflés de prétentions scientifiques, s élancent dix fois au delà de leur but et deviennent par excès de science incapables de saisir les procédés simples et faciles de la nature.
» On n'en vit jamais de preuve plus frappante que celle de rétrier, invention si simple que tout enfant la pouvait faire; cependant il a fallu 5,000 ans avant que l'étrier ne fût inventé. Les cavaliers dans l'antiquité fatiguaient prodigieusement; ils étaient sujets à de graves maladies faute d'un étrier, et le long des routes on plaçait des bornes pour aider à monter à cheval. A ce récit, chacun s'ébahit sur l'étourderie des anciens, étourderie qui a pourtant duré cinquante siècles, quoique le moindre enfant eût pu la prévenir. On verra bientôt que lo genre liumain a commis, au sujet des Séries, la même étourderie, et qu'il aurait suffi du moindre savant pour découvrir ce petit calcul. Puisque enfin le voilà