HARMONIE. LIV. 1. CHAP. I
pour riiidustrie ce qu'a fait Napoléon pour la guerre. L'ancienne tactique divisait les forces et s'aflkiblissaît sur tous les points. Napoléon vint et apprit à composer de tous les corps d'armée isolés et épars, une armée puissante et compacte, dont la masse, multipliée par Ténergie d'impulsion, écrase et broie tout sur son passage. — Tel avait été le secret de tous les grands capitaines.
Cette comparaison pèche en un sens^ pourtant ; car l'Industrie aujourd'hui n'est pas même organisée en corps d'armée partiels, détachés. L'armée des travailleurs est aujourd'hui comme une armée de défense ou d'invasion, qui serait formée d'une masse d'hommes sans uniformes, sans liens, sans chefs, sans discipline, sans communications, agissant séparément, se contrariant les uns les autres, et dont Ja grande majorité des soldats n'auraient même ni armes, ni munitions. Il ferait beau voir cette armée sans drapeau entrer en campagne ! Imaginez-vous un tacticien qui viendrait dire : <r Yoilà de bonnes dispositions d'attaque et de défense ; » c'est bien, cela ! gardez-vous de former des compa- » guies et des corps ; laissez les combattants isolés, tais- » sez faire, laissez passer! La concurrence s'établira » entre les combattants, chacun saura bien faire pour le » mieux, et vive, pour la guerre, l'anarchie et la Hbre D concurrence I »
*- Nous avons des gens qui se sont donné le nom A' économistes, et qui parlent ainsi en face de l'immense armée indisciplinée des travailleurs ! — Et dans un pays où l'on appelle ânes les ânes, on appelle ces gens-là des savants !
Le caractère saillant de la conception de Fourier est donc d'avoir reconnu que la masse doit être substituée à l'individu dans l'exécution, dans la manœuvre industrielle. — Sur un champ de dix arpents, l'Industrie ci^ vilisée met une charrue et deux paysans ennuyés et maussades ; ils y labourent dix joivs de suit^ et seize
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heures par jour. ^- L'Industrie sociétaire porte sui' ce champ trois Groupes, de douze, quinze ou vingt laboureurs, trente, quarante charrues montées, harnachées et bien attelées. Les trms pelotons attaquent au pas de charge, et quand, deux heures après, les charrues rentrent au parc en défilant en colonnes, et musique en tète, les dix arpents sont proprement et dûment re* tournés. Ce n*a pas été de la besogne faite pour l'amour de Dieu. Les sillons sont alignés et profonds : on peut aller voir.
Yoilà le principe et l'exemple. Les travaux sont organisés en séances courtes et variées.
Les tourit$ séances, — toute la théorie de Fourier est en germe dans ce mot-là. Faisons une halte pour en reconnaître la valeur.
On conçoit sans peine que le principe des courtes séances nécessite l'emploi des Groupes et des Séries, car il faut compenser par le nombre des travailleurs, ce que Ton perd en durée du travail ; il faut former des agrégations, des Groupes. Ces groupes s'affilient et se corporisent suivant leurs affinités, et vous retrouvez la Série. Quel que soit notre point de départ donc, nous retombons sur cette loi de distribution voulue par la nature, et nous sommes ramenés en même temps à l'Association ; car il est plus qu'évident que le Morcel* lement des propriétés, le régime étroit de la famille isolée, ne permettent nullement la formation des Groupes et des Séries, chacun restant chez soi dans ce .système étriqué.
Ceci posé, nous étudierons l'influence de la substitution du régime des courtes séances au régime Civilisé qui occupe de la même manière toutes les heures de la journée de l'homme, et toutes* les journées de sa vie. Nous avons à examiner la question par rapport au tra* vailleur, et par rapport au travail. — H y a des millions de faits sur lesquels la comparaisoi* pourrait s'établir. Citons-en quelques-uns.