‹ Destruction; poèmes lyriquesChapitre 17 sur 24 · LES AMANTS DE JULIE · texte numérisé non relu

LES AMANTS DE JULIE

pour Luigi Barzini.

Hélas ! de fiévreuses vapeurs rampent sur les fanges

brûlantes de la mer. Je sens mon corps putréfié,

qui se dissout!... Ma vue se brouille et mes yeux saignent

sous les clous du soleil.

Oh ! oui, c'est bien mon corps qui bondit

dégingandé, comme un squelette, dont les morceaux

s'éparpillent en dansant la gigue autour de loi !...

Autour de toi, mille os pourris aux ventouses puantes...

Ce sont là les tronçons de mon corps

tout alourdis de vers noirs et velus...

Ils montent à l'assaut de ta beauté superbe !...

Acharnés, ils bataillent pour conquérir la nudité,

et s'abreuver de ton amour !...

Voici, voici, mes doigts... (ne tremble pas, carje suis calme

à contempler mes doigts lointains comme on surveille

un convoi de fourmis !...) voici, mes doigts

tous seuls, ont pénétré entre tes cuisses !...

Ohl combien lu tressailles de voluptés profondes,

ton ventre rond ruisselle de sueur et sursaute !...

Je vois déjà sur ton visage les ombres vertes

qui marbrent les cadavres...

C'est donc bien doux ce qu'ils te font éprouver loin de moi?

La Haine, la Haine épouvantable et la Discorde

se déchaînent dans mon corps !...

Tous mes membres s'entremordent,

tandis que tu te livres à mes doigts scélérats!...

Ce sont eux les vainqueurs! ils sont plus forts

que mes lèvres et plus forts que mon âme,

les doigts... mes doigts que lu adores !...

Moi-même, que veux-tu ? je suis lâche devant eux,

je ne saurai les arrêter ; je les regarde,

tandis que violents et désespérés, ils s'acharnent

à l'épuiser de volupté !... vile... toujours plus vite,

avant que les autres n'arrivent...

Ils se hâtent ainsi que des voleurs.

Ce sont là des grotesques intrus... des étrangers pour moi.

Ce sont les doigts d'un autre, les doigts d'un mort !...

Hélas! ne sommes-nous pas déjà morls, putréfiés, comme eux?... car la division règne en moi, comme parmi les vers d'un charnier !

Vois-tu, ma bien-aimée, mes lèvres, mes oreilles,

mes yeux entendent, regardent

el surveillent mes doigts en rugissant !...

Des abîmes séparent nos membres,

et quoi que nous fassions, nous ne serons jamais seuls I...

Trop tard, hélas !... Je n'atteindrai plus mes doigts lointains,

qui te caressent victorieusement !...

Comme tu halètes de plaisir!...

Jamais tu ne fus plus épouvaQtablement heureuse I...

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