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EN RECONNAISSANCE

Dans « L'alerte » et « En reconnaissance », Détaille a clierclié la synthèse pittoresque et dramatiqne de ces prologues (le bataille, au milieu de villages, hier paisibles et riants, où il semble qu'il y ait sur les choses une expression de l'émotion des scènes sanglantes qui s'y sont passées ou qui vont s'y dérouler.

Un l)ataillon de chasseurs à pied fait une reconnaissance dans la grande rue d'un village, où des gendarmes et des hulans viennent d'avoir un engagement. Tous les volets des maisons sont fermés, toutes les portes sont closes. D'ici, de là, audessus des nuirs des jardins et des cours apparaissent des tètes effarées de paysans, cjui se sont cachés, à la prennèi-e apparition de rennemi, et se montrent timidement, comme des oiseaux après l'orage. Quelques-uns, plus hardis, se sont précipités pour secourir un gendarme blessé, et pour voir de plus près les hulans, l'un tué, l'autre assis au pied d'un réverl)ère, tête nue, soutenant douloureusement de la main droite son poignet gauche brisé. Un gamin montre le chemin, par lequel il a vu venir les Prussiens, à un jeune officier, qui contient de la main un vieux ^Idat de Crimée, prêt à s'élancer en axant, lùi souvenir de Meissonier se rattache à ce tableau. liC maître en avait trouvé la composition fort dramatique et d'une grande originalité ; il s'intéressait à son exécution. Un jour, il voulut expli([uer à Détaille comment il comprenait la figure du liulan tué; il se coucha par terre sous un mannequin de cheval, et lui dit de faire un croquis, se déclarant prêt à tenir la pose pendant le temps nécessaire. Un visiteur, qui entra à ce moment, interrompit cette séance exceptionnelle, et ne fut pas peu ahuri en reconnaissant l'illustre artiste dans le modèle éten(hi au milieu de l'atelier.

L'autre toile représente des gendarmes qui % iennent prévenir de

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l'arrivée de troupes ennemies les officiers d'un détachement de mobiles, réfugiés dans les maisons d'un village contre une tempête de neige.

Le « Convoi d'ambulance », de 1878, est aussi une synthèse d'épisodes doidoureux ([ui se sont fré([uemment renouvelés pendant la guerre, et en montre une autre face émouvante. Une patrouille allemande a arrêté une ambulance civile au milieu d'un village, avec ses chariots; ceux qui la dirigent, un médecin de campagne, un infirmier et deux brancardiers, en l)louse, portant tous le brassard de la Croix Rouge, sont gardés à vue. L'officier cjui commande la patrouille, freluquet tout frais émoulu de quelque université, raide et prétentieux, explique à un officier supérieur à cheval, accompagné de ses officiers d'ordonnance, les motifs cjui lui ont fait violer ainsi la convention internationale de Genève. Avec la calme sérénité du devoir accompli, qui transfigure leurs hund)les et naïves physionomies, les prisonniers attendent qu'on décide de leur sort.

En 1886, Détaille couronna son œuvre de la Guerre dans l'est, par l'exécution d'un vaste panorama consacré à la fameuse bataille de Rezonville.

poi;n « i.\ ciur(;e du (f cuinAssiEns »

GRKNAUIERS DK 1,\ GARDE

LE PANORAMA Di: UEZON VILLE

LE panorama de Rezonville, où Détaille eut également pom* collabol ateur Alphonse de Neuville, a été conçu et exécuté de la même façon que celui de Cliampigny. Après le choix définitif du sujet, les deux artistes partirent faire leurs études sur le terrain. Le gouverneur de Metz accorda courtoisement toutes les autorisations tle séjour ; mais, Alphonse de Neuville, déjà fort souffrant de la maladie qui devait l'emporter peu après, dut interrompre son travail, et ajourner l'exécution de la partie dont il s'était chargé, et qui va de la halte des cuirassiers de la garde sur la grande route conduisant à Metz, au point extrême de la droite française, dans la direction de la ferme de la (iruyère et de Mars-la-Tour. La représentation de Rezonville même échut à Détaille. Ce n'est plus ici, comme à Champigny. une composition à immenses perspectives d'horizon, embrassant de nombreux points de la bataille; l'action se ramasse dans la périphérie relativement étroite d'un fond de village, mesurant à peine un kilomètre de développement.

DK J Al LLE

FÉVRIER /f

Il est sept lien l'es et deinie du soir. Après une lutte acharnée, l'arniée française conserve les positions oîi elle a combattu toute la journée. Près de la Aieille croix de pieri'e, au centre du ^illa^>e, le £>énéral Jîourbaki, commandant en chef de la i^arde, et le maréchal (^anrohert, (pii dirii>e les opérations du (V corps d'ai'mée, siii\is de leurs états-majors et de leurs escortes, se rencontrent pour conférer, et écliani>ent lin solennel salut. Dans les enclos, a fait halte une partie du premier régiment de i^renadiers de la garde, de la brigade Jeanningros et de la di\ ision l^icard ; des soldats \ont boire à une fontaine, remplir leurs bidons et ceux de leurs camarades. Dans le chemin à droite, au premier plan, les gendarmes de la préxôté du (î' corps surveillent l'évacuation, à dos de mulet, des blessés provenant

GRKX.VDIF.U DE I, V G ABDE

SOLDATS PORTAM- I.K COMMANDAM' BOI SSIÎNARD

LE PANOUA.MA DE UEZONVILLE 63

(les batteries de la i^aide; et, iii(rK[iient aux aml)iilaiiciers la direct ioii à prendre. Des soldats d'infanterie de lij^ne et des chassenrs à elie\al portent sur une civière un des aides de cani|) du maréchal (^anrobert, le coni-

niaudaut lîousseiiard , (pii \ ient d'aNoir un , 'c..^ i

bras enlexé. Dans la direction de Metz, à la

{gauche du \illai>e, au delà de l'ambulance ' v"'^^*'^

sur hupielle flotte le drapeau à la croix de

(jenève, la route est cou\erte de blessés et

d'isolés, regagnant péniblement les derrières ^ de l'aimée, où le •x'' corps c(nnmaiulé j^ar

le général Frossard a été rallié. J^es maisons 0^ de Re/.on\ ille sont en feu. Aux j)i'emiers ..<^^ plans de la comj)osition des cadavres de fantassins, de caxaliers et de cliexaux, des caissons é\ entrés de l'artillerie de la garde, les murs des jardins et des enclos croulant, niontrent combien la lutte a été \i\e et sanglante.

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