AU CAMP DE KRASNOÉ-SÉLO
dans les pages voisines, à préciser les particularités caractéristiques de types et de groupes : tirailleurs à l'exercice du tir couché, sous les ordres de deux officiers qui jugent à la lorgnette la portée des coups; série de figures de tirailleurs, de cosaques, de chevaliers-gardes, de chasseurs, de tambours du régiment Izmailowski, aux expressions les plus variées de bonté naïve, de mystique gravité, de fierté juvénile, et d'énergicjue résolution.
Tià, c'est une charge sous bois des lanciei"s de la garde; ailleurs, l'alerte donnée aux cosaques de la garde (hi régiment de l'ataman, composition originale par l'ensemble des détails pittoresques. La senti- nelle avancée a mis le feu à la gerbe de paille piquée fhms une perche au sommet de la colline. ' A ce signal d'approche de l'ennemi, deux ^ trompettes sonnent l'alerte. De toutes les isbas, au-dessus desquelles flottent au vent les très- ses de paille indiquant le nombre des chevaux qui \ sont enfermés, les cavaliers affairés sor- tent, tirant avec énergie leur monttue, et se rallient devant l'officier qui gouiinande les retardataires. Puis, il représente l'Empereur, suivi de son état-major et escorté de ses cosaques, examinant attentivement,
(hi haut d'un tertre, une manœuvre de cavalerie dans la plaine; et, ensuite, la parade religieuse du régiment Preobrajenski.
Sur la route poudreuse du haut j)lateau, sans arl)res, ponctué à gauche de quelques isbas, s'avance, au pas libre des chevaux, une sotnia de cosaques. Kn tète sont les chanteurs, fiers gaillards au teint hron/.é, le fusil en ban- TYPis 1)1. oAKnis A cHKVAi. doulièrc. Eiî s'accompagnant de cymbales, du
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« boiidjouck » et de tambours de basque, ils chantent joyeusement, excités par leur chef qui bat la mesure avec le poing, pour leur imposer encore plus d'entrain et de vigueur. Le chant est une
AU CAMP DE KRAS\OI>SKLO
passion du soldat russe; il aime à exprimer ainsi ses sentiments, ses souvenirs et ses rêveries. n'a])ord, c'est un thème vague, aux paroles indécises, à la mélopée flottante; peu à peu, sous l'effet de la griserie, de mélancolique, tendre et traînant an début, le chant s'anime, prend de l'accent, et s'élève bientôt aux improvisations les plus fougueuses. Quand la sotnia défile devant la « datcha » d'un chef supérieur, l'officier, sabre au clair, ordonne un hymne de guerre; et, les cavaliers, qui jusque-là se laissaient bercer
par les rêveries de leurs camarades, exécutent une hardie et brillante fantasia.
Ces chanteurs, une autre composition nous les fait re\()ir rangés en cercle, sur la place de Begounitzi, devant le front du camp, l^es manœuvres de la journée sont finies. On a mangé le « stchi »; les clievaux sont aux piquets ou dans les granges. Il est de tradition d'organiser à ce moment-là des danses et des chœurs. \}\\ accordéon, un tambour de ])asque et le « boudjouck » enrubanné du régiment accompagnent les chanteurs.
C()s\()i 1. 1)1. i.v r.Auni.
L'artiste, qui est un paysagiste, a fort ])ien rendu dans ces tableaux le paysage et l'atmosphère des environs de Pétersbourg en cette saison de Tannée, oii la natui'e réunit les tem-
FKUILLF, 1)K CARNKT I)F. VOYACK
Al] CAMI' DE IvIVASNOE-SELO
pératTires e[ les véi;étations de Tété et fin printemps, et semble ainsi avoir iiàte (le rej^ai^ner en actixifé et en exubérance, pendant le court espace de temps qu'elle vit, les heures perdues dans son loni> sommeil i'iacé. Les arbres et les prairies ont la fraîcheur et l'éclat des verdures nouvelles; l'air filtré parles grands bois, que les vents agitent, est aussi pur cpie limpide; et, la lumière a la
clarté éblouissante des cieux d'Orient. Krasnoé-Sélo se trouve entre Tsarkoé-Sélo et Gatchina, sur cette ligne circulaire de collines et de vallées ombreuses, qui forment à la capitale une ceinture fl'émeraude. Mais, la physionomie topographique en est moins souriante. Il n'y a plus de parcs immenses, œuvre de nature et d'art, plus de fraîches forêts. Les collines, ornées de simples bouquets de bois, sont couvertes de files de tentes, blanches, divisées par quartiers. Les plateaux ont été convertis en chanq:)S de manœuvres, en polygones d'artillerie; leur herbe est roussie par le soleil, rasée par les souliers des soldats, par les sabots des chevaux et par les roues des affûts de canon. Au camp est annexée une ville, oîi logent les officiers, ville de briques et de bois, sur laquelle les fleurs et la verdure mettent un peu de gaieté : Mai's ceint de guirlandes de cytise et de chèvrefeuille, couronné de pampres, par les mains de Flore! Le paysagiste ne pouvait rester insensii)le à cette nature; il en a rendu toute la poésie.
Quant au peintre militaire, il a fait là œuvre de haute originalité. En Russie, le costume national du paysan a été le prototype de l'uniforme du soldat : kaftan en gros drap, vert, gris ou jaune, serré à la taille par une ceinture de laine ou de cuir, gkenadier uu régiment pawloski
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larges braies clans de vastes bottes, et bonnet d'astrakan. On lui a adjoint la capote grise; et, en campagne, la casquette plate remplace le bonnet