‹ Déterminisme de la taille de l'œil chez le mutant bar de la drosophile, Intervention d'une substance diffusible spécifiqueChapitre 16 sur 29 · DA · texte numérisé non relu

DA

Fig. 11. — Nombre de facettes en fonction de la concentration en extrait pour l’extrait brut et l'extrait dialysé.

Parallèlement, une série de diverses concentrations en extrait brut est effectuée, depuis 1 o/o jusqu’à 10 o/o, également pour des larves de o heure et de 4o heures. Les résultats de ces deux séries sont donnés dans le tableau 10 et la figure 11. Seuls les nombres de facettes des mouches mâles sont donnés, mais la proportion d’éclosions comprend l’ensemble des mouches mâles et femelles. On voit que la dialyse n’a provoqué aucune séparation des différentes parties de l'extrait. L'action sur le nombre de facettes ainsi que la toxicité ne sont nullement changées. Quand on considère les chiffres des deux fractions, en mélange ou séparément on trouve que pour la taille de l'œil comme pour la toxicité, ils se placent au voisinage des chiffres donnés par les différentes concentrations en extrait brut, si l'on tient compte de leur propre valeur en concentration.

Ceci montre que, à supposer qu'il existe dans l'extrait brut, à côté de la partie active sur la taille de l'œil, une partie inactive mais toxique, la dialyse sur cellophane ne peut la séparer. On pourrait penser, au contraire, que c'est la partie active de l'extrait qui est elle-même toxique. Pour faire la discrimination entre ces deux possibilités, il faudrait dialyser sur d’autres membranes et voir si toxicité et activité se suivent toujours. Mais un autre moyen de séparation a permis de montrer qu'il existait bien deux parties différentes, et que la partie toxique pouvait être éliminée très rapidement ;

L'OEIL DU MUTANT BAR DE LA DROSOPHILE 4i

la méthode par dialyse a dès lors été abandonnée. J'en ai cependant signalé les résultats, car elle montre que ces deux portions sont capables de passer à travers la même membrane.

Purification par adsorption. — Ge moyen de purification va se montrer beaucoup plus rapide et surtout donnera des résultats intéressants comme rendement et comme interprétation.

Un premier essai a été effectué en utilisant comme adsorbants, dans un premier lot le noir animal, dans un second lot une gelée d’ « alumine C'Y» préparée suivant la technique de Wizcsrarer et KrauT (1923 et 1924). Le premier lot (lot A) comprend 20 centimètres cubes de solution aqueuse d'extrait à 10 o/o auxquels on ajoute o gr. 5 de noiranimal en deux fois. Le second lot (lot B) comprend également 20 centimètres cubes d'extrait à 10 0/0 auxquels on ajoute 1 centimètre cube d'alumine en deux fois. A chaque addition, les mélanges sont agités 10 minutes et centrifugés 10 minutes à 3.500 tours. On obtient alors des solutions légèrement plus claires et moins visqueuses. Ces solutions servent à la nourriture de larves de 4o heures, et les résultats sont comparés avec ceux donnés par un troisième lot (lot C). constitué par de l'extrait brut à 10 0/0. Les chiffres obtenus sont les suivants :

Lot A. Mâles : 192,8 facettes, femelles : 131,0; 0/0 d’éclosions : 68,8.

Lot B. Mäles : 188,6 facettes, femelles : 123,7; o/o d’éclosions : 75,0.

Lot C. Mâles : 191,0 facettes, femelles : 136,6 ; oJo d’éclosions : 47,4.

Par conséquent, l’activité n’est en rien altérée par le traitement, les nombres de facettes étant équivalents dans les trois lots. Mais la toxicité est de beaucoup diminuée par l’adsorption, puisque un plus grand nombre de mouches achèvent leur développement sur les extraits purifiés. Il est donc clair que les adsorbants ont entraîné une partie de l'extrait brut, cette partie n'ayant pas d'action sur la taille de l'œil, mais étant nocive au développement des larves. Il est facile de constater d’ailleurs, dans le lot B, que l’alumine s’est chargée d’une fraction de l'extrait car elle est légèrement teintée. D'autre part, les solutions adsorbées sont beaucoup plus limpides et moins visqueuses. Il reste cependant que la partie colorée de l'extrait brut est la plus active, car la décoloration est seulement légère.

Comme il était intéressant de savoir si l'on pouvait encore diminuer la toxicité de l'extrait, j'ai refait un second essai en poussant l’adsorption plus loin. Cette fois, à 20 centimètres cubes de solution d'extrait brut, sont ajoutés :

Dans le lot À r: 2 fois 1 gramme de noir animal ;

Dans le lot À 2: 4 fois 1 gramme de noir animal;

Dans le lot B r : 2 fois 1 centimètre cube d’alumine ;

Dans le lot B 2: 4 fois 1 centimètre cube d’alumine.

Les résultats sont alors :

Lot À r : mâles : 221,2 facettes ; o/o d’éclosions : 87,5 ;

Lot À 2 : mâles : 211,2 facettes; o/o d'éclosions : 82,5;

Lot 2 r : mâles : 220,0 facettes ; o/o d'éclosions : 88,0;

Lot B 2 : mâles : 202,2 facettes ; o/o d’éclosions : 92,9.

On a donc encore diminué la toxicité en utilisant des doses plus fortes

d’adsorbant, mais après 2 passages, l'optimum est pratiquement atteint : on peut admettre que la presque totalité de la partie toxique est éliminée, car une mortalité de 10 à 15 o/o est normale, et c’est le taux que l’on trouve chez les mouches élevées sur le milieu standard.

Dans cet essai, j’ai cherché à voir quel était le rapport existant entre la fraction active (non adsorbée) et la fraction toxique (adsorbée) en évaluant le poids sec de la solution brute et de la solution après adsorption (pour le lot B 2). J'ai trouvé alors que, pour 10 grammes d’extrait actif purifié restant, il a été éliminé 7 gr. g d’extrait toxique adsorbé. L’adsorption entraîne donc environ 4/{ 0/0 de l'extrait qui sont inutiles pour l’action sur le nombre de facettes et nuisibles au développement larvaire ({).

Comme ilest beaucoup plus facile de chasser l’alumine que le noir animal par centrifugation des solutions traitées, et comme c’est elle qui a donné les meilleurs résultats, je l’emploierai dorénavant pour la purification des milieux. Ainsi qu’on va le voir, cette méthode va permettre d’utiliser des concentrations en extrait beaucoup plus fortes que précédemment et d'obtenir des accroissements de la taille de l’œil jusqu'ici jamais atteints. Elle va également expliquer en partie cette insensibilisation que j'ai étudiée longuement au chapitre II.

Influence de la concentration en milieux septique et aseptique. — Cue- VAIS et STEINBERG (1938) ont déjà étudié l’augmentation du nombre de facettes en fonction de la concentration des milieux en extrait. Ils opéraient alors en conditions septiques et avec un extrait brut non purifié. La concentration maxima leur donnant des éclosions, c'est-à-dire pour laquelle les larves achevaient leur développement, ne fut que 15 0/0. Même à cette concentration, l'évolution était retardée et peu de mouches arrivaient à éclore. Quant à la conceñtration immédiatement supérieure, 16,7 0/0, elle ne permit pas aux larves de survivre. Il fut donc impossible d'observer ce qui aurait pu advenir si on avait atteint des nombres de facettes voisins de celui du type sauvage.

Grâce à l'extrait adsorbé, où la toxicité a été rendue presque nulle pour les concentrations faibles, j'ai pu aller bien au delà de 16,7 0/0, comme je vais le montrer dès maintenant.

Dans cette expérience, j'ai voulu voir d’une part comment se comporteraient les yeux des larves fortement traitées, et d'autre part quels renseignements sur l'effet d’insensibilisation on pourrait tirer de la comparaison des courbes de concentrations en milieux septique ou aseptique, pour des larves mises à o heure ou à 4o heures sur l'extrait. C’est pourquoi quatre séries différentes sont réalisées simultanément :

ire série : larves de o heure en milieu septique.

2€ série : larves de 4o heures en milieu septique.

3° série : larves de o heure en milieu aseptique.

4e série : larves de 4o heures en milieu aseptique.

(t) L'action de cette fraction toxique sur l'organisme larvaire serait intéressante à préciser. Gomme son étude n’entre pas dans le cadre de cet exposé, je n’en parlerai pas ici, mais au cours d’un mémoire ultérieur.

Pour les quatre séries, le milieu utilisé est le milieu III qui est stérilisé après adjonction de l'extrait. Pour les séries 1 et 2 les larves sont recueillies suivant la méthode ordinaire, et une même quantité de suspension de levure vivante est ajoutée à tous les tubes. Pour les séries 3 et 4, c’est la méthode stérile qui est employée. À chacune des séries correspondent 13 concentrations en extrait purifié par adsorption, allant de 1 0/0 à 35 0/0.

Enfin, pour compléter l'expérience, il est adjoint quatre autres séries pour lesquelles on utilise de l'extrait brut non adsorbé.

5e série : larves de o heure en milieu septique.

6e série : larves de 4o heures en milieu septique.

7° série : larves de o heure en milieu aseptique.

8° série : larves de 4o heures en milieu aseptique.

Le même protocole est suivi, avec cette restriction qu'ici on ne réalise que quatre concentrations (10 0/0, 20 0/0, 30 o/o et 35 o/o) en extrait brut.

Les résultats sont donnés dans les tableaux 11 à 14 et dans les figures 12 pour les mâles et 13 pour les femelles.

Les faits suivants peuvent être retenus :

1) Dans tous les cas, il existe une différence entre les séries homologues, suivant qu’il y a ou non asepsie, c'est-à-dire absence ou présence d’organismes vivants sur les milieux. Cette différence est comprise entre 50 et 100 facettes en valeur absolue, et elle reste à peu près constante. Elle est difficilement interprétable en raison précisément de sa faible valeur. La meilleure explication consiste à admettre que les larves n'avaient pas exactement le même âge dans les deux sortes d'expériences En effet, dans les première et deuxième séries, les larves avaient été recueillies à leur éclosion et leur âge était connu à une heure près; tandis que, dans les troisième et quatrième séries, ce sont des œufs qui ont été repiqués sur les milieux : or, comme je l’ai indiqué au chapitre « Techniques », cette dernière méthode est moins précise, car les œufs peuvent être pondus à des stades variés. Il est donc possible que la période de 22 heures, prise comme durée de vie embryonnaire, se soit trouvée, dans ces expériences, trop courte ou trop longue. Les larves auraient donc été transférées sur le milieu contenant de l'extrait avant ou après le stade de 4o heures, ce qui suffirait à expliquer la petite différence qui existe entre les deux groupes de séries.

2) La comparaison des chiffres donnés par les larves de 4o heures et par celles de o heure fait ressortir un fait nouveau. On a vu que l’insensibilisation n'apparaissait pas en milieu stérile. Ici aussi cette observation se retrouve : les chiffres sont à peu près identiques pour les deux catégories de larves élevées sur extrait purifié (séries 3 et 4), et les courbes coïncident, ou presque, car les légères différences entre les deux séries de chiffres sont du même ordre, en valeur absolue, que celles relevées à l'intérieur d’une même série. Seule, la courbe des femelles présente, aux concentrations élevées, une discrimination entre la série 3 et la série 4, la série 3 fournissant alors des chiffres plus faibles.

Mais le fait nouveau et important est que, en milieu septique (séries 1 et 2) on ne retrouve pas, d'une façon constante, le phénomène d’insensibili- . sation. Aux faibles concentrations les chiffres sont voisins (cas des femelles). Même, ceux de la série 1 (larves de o heure) sont légèrement plus forts que

4h SIMON CHEVAIS

Séries 1 et 5

got E®

C 0/0 RO A NUATES Que d’éclos n m m/T n m m/T 1,0 0/o | 59 o/o 37 162,3 1,60 36 115,7 1,39 2,5 56 24 180,4 | 1,77 35 110,0 | 41:92 5,0 56 36 231,9 2,28 28 Fous Li 7,5 34 19 262,1 2,58 22 145,1 157 10,0 75 49 275,8 2,71 73 165,4 1,9 Extrait 12,0 63 31 373,1 3,67 17 180,0 2,16 15,0 53 Lo 426,6 4,19 20 208,3 2,49 purifié 17,5 48 41 430,2 4,23 35 201,1 2,41 20,0 46 5o 466,2 4,58 5a 239,3 2,87 22,5 30 24 508,2 5,00 34 234 ,7 2,81 22 18 A fie 19 ad a 0,0 22 10 me 7 12 282,7 35,0 II 7 609,3 | 5,99 4 300,3 3,60 10,0 76 13 163,3 1,61 19 114,5 1,37 Extrait | 20,0 26 6 260,5 2,56 7 137,6 1,65 30,0 0 — — — — — brut 35,0 ë = T us re er Et | TABLEAU 12 ; Séries 2 et 6 ) Sa E9 o/o , Gone. d’éclos.

n m m/T n m m/T | 1,0 0/0 | 76 o/o 39 131,0 1,30 25 101,6 1,29 | 2,5 7 3 154,2 1,52 32 111,7 1,34 5,0 86 35 205,1 2,03 47 137,9 1,65 min . 39 ue 2,33 ho 160,3 1,92 » 2 2, Extrait 12,5 74 36 347.0 we : 35 nn Fe Re 15,0 76 38 394,0 | 3.87 35 209,2 | 2,50 purifié 17,6 78 32 439,7 4,33 45 233,1 2,79 ie 53 27 485,5 4,77 47 263,4 3,1b 52, 26 9 Bab, 5,14 16 203,7 3,52 25,0 25 18 553,6 5,44 6 352,3 h,22 30,0 33 14 636,0 | 6,26 9 349.0 | 4,18 35,0 26 8 647,3 6,36 12 382,5 4,58

Extrait ( 10:0 69 16 291,9 | 2,87 13

brut 35 0

Séries 3 et 7

' ours) DE 0/0 I ÉS — Gonc. d'éclos.

n m mIT n m mIT 1,0 0/0 | 47 0/0 32 107,3 1,06 51 77,8 0,93 2,5 54 111,7 1,10 47 86,6 1,04 5,0 5a TA 138,3 1,37 5o 96,3 FA 9) 7,0 79 71 176,2 1,74 5o 103,8 1,24 10,0 ht br 219,1 2,16 62 123,7 1,48 Extrait 12,5 45 49 252,7 2,48 54 148,7 1,78 15,0 29 31 286,2 2,84 34 164,7 1,97 purifié 17,5 25 25 338,2 3,33 31 192,6 2,31 20,0 24 31 377,9 3,72 33 211,3 2,53 22,5 16 17 430,8 4,23 21 205,8 2,46 25,0 II 12 415,9 | 4,38 15 246,3 2,95 : 252,8 3,03 289,5 3,47

’ 10,9 1,80 Extrait 330,1 LE brut Es D TABLEAU 14 Séries 4 et 8

| sd 99 070 nn En Gone d’éclos n m m/T n m miT 1,0 0/0 88 o/0 17 100,2 1,00 26 70,4 0,84 250 98 27 116,4 1,16 28 83,7 1,00 5,0 88 35 153,3 1,51 20 96,3 19 7,9 93 25 171,1 1,69 44 108,6 1,30 Ë 10,0 58 26 238,2 2,35 36 138,4 1,66 Extrait 13,5 46 12 258,6 2,54 18 148,1 1,77 i 15,0 49 21 322,9 3,18 18 169,3 2,03 purifié 17,9 56 24 342,0 | 3,36 19 181,1 2,17 20,0 47 25 Loi ,2 3,96 36 212,9 2,55 22,0 39 10 488,7 4,80 18 233,3 2,79 25,0 34 13 L90,3 4,82 14 254,6 3,05 30,0 33 7 581,3 5,71 10 807,9 3,69 35,0 Lo 12 601,3 5,91 8 330,0 k,02 [ : 10,0 6 15 230,7 2,28 14 18H, 1 1,07 Extrait 20,0 13 6 430,0 4,23 7 187,7 2,95 30,0 9 3 626,7 6,16 k 320,3 3,84 brut 35,0 0 À £s Er. ee a es

46 SIMON CHEVAIS

fac.

Goo

() 5 Lo 15 20 25 30 35

Fig. 12. — Nombre de facettes en fonction de la concentration en extrait purifié par adsorption, Cas des mâles.

ceux de la série 2 (larves de 4o heures). Quand la concentration s’élève, l'insensibilisation apparaît chez les femelles, mais tout en restant assez faible : à la concentration de 35 0/0, les larves de o heure ont 300 facettes contre 382 pour les larves de 40 heures. Quant aux mâles, la différence,

0 5 Le) 45 20 25 30 35

Fig. 13. — Même légende que pour la figure 12. Cas des femelles.

établie d’abord au profit des larves de o heure, devient nulle puis change de sens : aux concentrations élevées, ce sont les larves de 4o heures qui donnent des nombres de facettes supérieurs, mais l’excès n’atteint que 38 facettes à la concentration de 35 0/0. On voit donc qu’il devient difficile ici de parler d’insensibilisation ; si cela est encore possible pour les femelles, il n’en est pas de même pour les mâles, car le chiffre de 38 facettes comparé aux valeurs maximum de 600 à 650 facettes, ne représente qu’une faible proportion ; de plus, étant donné le petit nombre des larves arrivant à leur complet développement à ces fortes concentrations, la différence n’est pas statistiquement significative.

On peut done penser que l’on a introduit ici un nouveau facteur qui a supprimé la possibilité pour les larves de s'insensibiliser au contact de l'extrait.

3) Ce nouveau facteur apparaît immédiatement quand on compare les chiffres donnés par les séries en milieu non purifié (séries 5, 6, 7 et 8) aux

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chiffres des séries précédentes. Je n'ai pas établi de courbes spéciales pour ces larves élevées sur le milieu brut, en raison du petit nombre de points. Je me suis borné à reporter les points de la série 5 sur les courbes des séries 1 à 4. Ceux des séries, 6, 7 et 8 se placeraient en effet au voisinage des chiffres correspondants, ce qui montre, une fois encore, que l’adsorption ne diminue en rien l’activité de l'extrait. Mais les chiffres de la série 5 (larves de o heure sur extrait brut) indiquent pourquoi l'insensibilisation ne s’est pas produite en milieu septique avec l'extrait purifié. Ces chiffres, en effet, sont beaucoup plus bas, d’une part que ceux de la série 6 (larves de 4o heures, toutes choses égales d'ailleurs), d'autre part que ceux de la série 1 (larves de o heure en milieu septique sur extrait purifié). Il semble done que le fait d'éliminer de l’extrait la portion la plus toxique lui enlève également son pouvoir insensibilisant sur les larves de o heure. En effet, des larves élevées, avant la période desensibilité, sur l'extrait purifié, ne sont pas insensibilisées, mais le sont sur l'extrait brut. Il n'existe que deux points où cette constatation est possible, mais cela suffit, je pense, pour permettre de formuler cette explication, car elle concorde avec tous les autres faits observés jusqu'ici.

4) Si les larves de o heure sur extrait brut n'ont donné que deux points, c'est parce que la toxicité, signalée par Cnevais et STEINBERG a encore agi ici pour arrêter le développement des larves mises sur de fortes concentrations. Avec l'extrait purifié, on peut monter jusqu'à 35 0/0, en continuant à avoir des éclosions : certes, le nombre des larves qui vont jusqu'à la pupaison est faible, et le pourcentage d'éclosions est nettement inférieur à celui des concentrations plus faibles. Mais ce pourcentage est encore moindre chez les larves élevées sur l'extrait brut. À 35 o/o et 30 0/0, aucune larve de o heure n’a pu se puper, et il en est de même pour les larves de 4o heures mises sur l'extrait brut x 35 0/0. Caevais et STEINBERG n'avaient pu dépasser 15 0/0, mais ils utilisaient un milieu constitué uniquement par de l'agar et du glucose, sans levure sèche. Or, sur un tel milieu, en présence d'extrait, la levure se développe mal, et c’est sans doute ce qui empèchait le développement des larves. Dans l'expérience actuelle, le milieu contient de la levure sèche et de l’autolysat de levure en quantité suffisante pour assurer la vie des larves. La seule cause de mortalité provient de l'extrait et celui-ci n'arrête complètement le développement que lorsqu'il est en concentration supérieure à 30 o/o pour l'extrait brut, et à 35 o/o pour l'extrait purifé, ce dernier donnant, en outre, un pourcentage d'éclosions bien supérieur.

5) Caevais et STEINBERG avaient atteint des nombres de facettes égaux à 63,7 pour les yeux des mâles. La courbe qu'ils donnaieut (fig. 14) ne présentait aucun signe d'inflexion laissant supposer un palier dans l’action de l'extrait. Ici au contraire, les chiffres des mâles atteignent des valeurs analogues à celles du {ype sauvage. Et on constate alors que l'effet se ralentit : les courbes s'infléchissent et arrivent à être horizontales. L'action de l'extrait n’est donc pas indéfinie : lorsqu'on arrive à égaler la taille de l'œil sauvage, on ne peut aller plus loin ; même s’il était encore possible d'augmenter la concentration en extrait, il est à supposer que l'on n'obtiendrait que des accroissements de la taille de l'œil égaux aux accroissements maximum donnés ici. Ge fait est important, car il montre que l'œil Bar mâle, s’il a la

Fig. 14. — Nombre de facettes en fonction de la concentration en extrait brut, D'après Caevais et STEINBERG (1938).

possibilité d’être transformé, quant à la taille, en {ype sauvage, n'est pas capable de donner un œil ayant un nombre de facettes supérieur à celui-ci. Pour les femelles, la question est différente. Dans toutes les expériences que j'ai déjà rapportées, elles ont toujours été beaucoup moins affectées par l'extrait. Cependant, les yeux des mouches Bar femelles ont moins de facettes que les yeux Bar mâles, et, au contraire, les femelles {ype sauvage, ont plus de facettes que les mâles {ype sauvage. On pourrait donc penser que des concentrations égales d'extrait dussent produire des effets plus intenses chez les femelles Bar que chez les mâles et que cette différence dans les résultats se traduisît, sur les courbes, par des pentes plus fortes chez les femelles que chez les mâles. Or, on constate qu’il en est tout différemment. L'effet sur la taille des yeux femelles est plus faible que sur celle des yeux mâles : les concentrations donnant chez les mâles des chiffres égaux à ceux du /ype sauvage ne permettent aux femelles que d'atteindre des nombres de facettes compris entre 290 et 390. D'autre part, les courbes des larves mises à 4o heures sur l'extrait ne présentent pas d’inflexion : elles gardent la même pente jusqu'aux plus hautes concentrations. Ceci laisse supposer qu'il faut, pour obtenir une transformation totale de Bar femelle en type sauvage femelle, une plus grande quantité d'extrait que pour aller de Bar mâle en {ype sauvage mâle. Quant aux courbes traduisant les effets sur les larves de o heure, elles se stabilisent aux environs de 300 facettes pour une concentration de 35 0/0. On a vu que, dans ce cas, intervient sans

doute le phénomène d’insensibilisation.

Simon Chevais. 4

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Il faut remarquer enfin que les nombres de facettes auxquels on arrive chez les femelles traitées par l’extrait à 35 o/o sont voisins de ceux qui caractérisent les femelles hétérozygotes B/+.

Discussion et conclusions. — L'emploi simultané d'un milieu aseptique et d’un extrait purifié a donc permis de pousser beaucoup plus loin l'étude des processus qui tendent à supprimer l'effet de la mutation Bar sur le déterminisme de la taille de l'œil. Nous savions que l'extrait de Calliphora était capable d'augmenter considérablement la taille de cet œil quand il était administré sous certaines conditions, et que, si l’on venait à modifier les procédés d’ingestion, on pouvait arriver à un résultat opposé, c'est-àdire à une inhibition de son action. Mais nous ne connaissions pas encore jusqu’à quel point pouvait aller cette transformation de l'œil Bar, ni comment s’expliquait cette bipotentialité de l'extrait.

Les limites de l’accroissement de taille viennent d'être fixées. Elles ramènent la capacité de développement de l'œil Bar jusqu’à celle de l'œil sauvage. L'œil Bar se présente alors comme un organe dont certains facteurs, qui restent encore à déterminer, ont fait varier le comportement normal pour lui donner un devenir différent. Les phénomènes qui conduisent l'œil à former 700 à 750 facettes ont été modifiés dans l’organisme par l’apparition de la mutation Bar. Si rien n'intervient au cours de la manifestation de ce devenir nouveau, l’œil Bar aura une certaine taille, qui caractérise justement cette mutation. Mais si, grâce à l'extrait de Calliphora, on change à leur tour les processus Bar, l'œil a tendance à retourner vers le {ype sauvage, quant à son aspect extérieur. Il peut même arriver que, en agissantau bon moment et d'une manière suffisamment intense, rien ne distingue un œil Bar transformé et un œ1l sauvage, si ce n’est leur constitution génétique. Ce sont justement les conditions à réaliser pour obtenir une bonne utilisation de l'extrait que je viens de préciser.

Elles sont de plusieurs ordres, mais peuvent se résumer ainsi : agir, dans certaines limites de temps, avec un extrait débarrassé de ses principes toxiques, pour qu’il puisse être administré en quantité suffisante.

Si l’on sort de ces conditions, les phénomènes sont en quelque sorte inversés, puisque l'effet est non seulement beaucoup plus faible, mais encore a tendance à conférer aux larves des facultés opposées. C’est ce que j'ai appelé l'insensibilisation, qui, pour se manifester, doit réunir les conditions suivantes : être provoquée, avant le début de la période de sensibilité, par un extrait chargé de ses principes toxiques, et en présence de levure vivante. :

Quand je dis « chargé de ses principes toxiques », je ne fais que traduire le résultat des expériences avec l'extrait purifié. En effet, j'ai montré que, en débarrassant l'extrait de ce qui peut gêner le développement larvaire, on lui retire également sa capacité le provoquer l’insensibilisation. On ne peut aller plus loin pour l'instant (‘). Mais cela n’implique pas forcément que la fraction toxique et la fraction insensibilisante soient confondues. Il est fort possible que celle-ci soit simplement entraînée à côté de la partie toxique.

(1) Voir note page 42.

Et ceci paraît même vraisemblable, puisque, si l’on donne de l'extrait purifié très concentré aux larves, elles peuvent être en partie insensibilisées (cas des femelles) : l’adsorption n'aurait pas alors complètement séparé de l'extrait brut sa fraction insensibilisante.

Nous avons vu que l’insensibilisation s'explique par la formation, dans l'organisme des larves, d’un complexe qui passe ensuite dans la circulation générale. Cette formation nécessite la présence, d’une part, de la partie de l'extrait éliminée par l’adsorption, et d'autre part de la levure vivante. L’extrait purifié et la levure ne suffisent pas, non plus que l'extrait brut en l'absence de levure. On peut donc dire que l'extrait brut contient deux fractions :

— une fraction active, augmentant le nombre de facettes, aussi bien en présence de la levure qu’en son absence. Son activité, qui ne se manifeste que si elle est ingérée pendant la période de sensibilité, est proportionnelle à la durée de son administration durant cette période ; elle est également fonction de sa concentration, avec cette restriction que l’œil Bar ne peut dépasser le nombre de facettes de l'œil sauvage. Cette fraction n'est pas adsorbable, dans les conditions où je me suis placé ;

— une fraction sans action sur le nombre de facettes mais supprimant la sensibilité des larves à la première fraction quand elle est administrée avant la période de sensibilité et en présence de levure. Son action sur la sensibilité est fonction de sa concentration. Elle agit par formation, dans le corps des larves, d’un complexe diffusible à propriétés insensibilisantes. Cette fraction est adsorbable, et possède une toxicité plus grande que la fraction active.

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