‹ Déterminisme de la taille de l'œil chez le mutant bar de la drosophile, Intervention d'une substance diffusible spécifiqueChapitre 5 sur 29 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La Génétique est l'étude de la transmission des caractères héréditaires, dépendant des gènes, d’un individu à ses descendants. Cette transmission paraît, au premier abord, se faire suivant des processus simples. Cependant, lorsqu'on entre dans le détail de ces processus, on s’aperçoit que les phénomènes mis en jeu sont nombreux et complexes, et le schéma qui traduit l’enchaînement de ces phénomènes se complique singulièrement. Certes le squelette de ce schéma subsiste, avec, à l’une de ses extrémités, le gène, et à l’autre, le caractère. Mais déjà à ces deux niveaux, on a été obligé d'élargir considérablement le champ des recherches pour tenir compte de toutes les particularités qui peuvent intervenir dans chaque cas.

C'est ainsi que les auteurs qui s’attachaient à étudier le gène dans le chromosome ont dû perfectionner les moyens d'observation pour saisir la répartition, le comportement, la constitution, la structure du gène. Et insensiblement, à mesure que les résultats s'accumulent, ils arrivent à cette conclusion que le gène n’est qu'un des échelons d’une longue série de réactions.

A l’autre extrémité du schéma, les auteurs qui observaient le caractère et sa manifestation, avec toutes les variations d'intensité, de spécificité que peuvent entraîner les différents agents qui influent sur elle, ont été amenés à s'éloigner de leur point de départ pour chercher ce qui conditionne l’apparition du caractère.

Pour relier les deux extrémités de l’ensemble gène-caractère, il fallait apprendre comment, et par quel mécanisme les gènes produisent leurs effets : il fallait combler le vide qui séparait l’élément mendélien, connu dans les gamètes, de sa manifestation, visible chez l'adulte, Ce sont les travaux qui cherchent à résoudre cette question que l’on réunit maintenant sous le nom de « Génétique physiologique ». Leur objectif est l'étude de la réalisation phénotypique du génotype. Les auteurs ont attaqué le problème en un point central : ils ont laissé de côté, pour l'instant, l'étude des produits primaires de l’activité des gènes, car les connaissances de l'intimité du chromosome étaient encore trop restreintes ; de même, ils ne se sont pas attachés à savoir comment le protoplasme pouvait réagir aux substances spécifiques contrôlées par les gènes, car, à ce niveau, les phénomènes sont trop enchevêtrés et trop sujets à des modifications extérieures. Mais entre ces deux sortes de réactions, ils ont cherché à mettre en évidence ce qui les relie et à déterminer la nature des processus qui interviennent.

Parmi les travaux les plus importants de cette discipline je citerai ceux de Caspari, Kuan, PLAGGE et autres sur la pigmentation de Ephestia kuhniella, ceux de Erarusst et BEADLE sur la pigmentation de l'œil de Drosophila melanogaster, ceux de Morvus sur la sexualité de Chlamydomonas

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eugametos, ceux de RoBinson et Scorr-Moncrierr sur la couleur des fleurs. Dans tous ces cas, on a pu montrer que la réalisation de tel ou tel caractère nécessite la mise en jeu de réactions chimiques avec production d’une ou plusieurs substances spécifiques dépendant souvent les unes des autres. L'apparition de ces substances est sous la dépendance de certains gènes et suit, par conséquent, les lois qui déterminent la transmission de ceux-ci.

Pour ma part, je me suis occupé du gène Bar de Drosophila melanogaster. Il présente le gros avantage d’avoir été déjà très étudié, si bien qu'il est parmi les rares gènes pour lesquels on connaît en partie les deux extrémités de la chaîne. Je parlerai ultérieurement, en détail, des travaux qui ont permis d'acquérir ces notions. On comprendra alors qu'il fallait, pour pousser plus loin l'étude du mutant Bar, avoir la possibilité d’intervenir sur le comportement des mouches en utilisant un moyen d'action facilement applicable et dosable, et assez spécifique en outre pour que son effet ne s'applique qu’à la mutation. C’est le moyen, trouvé en 1938 par EParussi, Knouvine et Cnevais qui m’a permis de poursuivre l'étude de la mutation Bar et de préciser certaines modalités de sa manifestation. Il consiste à administrer per os un extrait de pupes de la mouche de la viande Calliphora erythrocephala, à des larves de Drosophile portant le gène Bar. Cette ingestion provoque une augmentation très importante de la taille de l'œil de l’imago. On peut ainsi compenser, en partie ou en totalité, l’effet de la mutation, et obtenir des mouches génétiquement Bar, mais phénotypiquement {ype sauvage. J'ai entrepris l'étude de ce phénomène, pensant que, par ce moyen, il serait possible de mettre en évidence le mode d’action de la mutation au cours du développement de l'œil et de rechercher si, comme dans les cas que j'ai cités, il intervenait un facteur chimique, dépendant du gène ou de son allélomorphe normal, qui prendrait part à la détermination de la taille de l’œil. Ce sont les résultats de ces recherches que je donne ici.

Avant de commencer l’exposé de mon travail, je veux remercier tous ceux qui m'ont aidé dans sa réalisation.

Et tout d’abord, je tiens à dire à M. Boris EPxrussi tout ce que je lui dois. C’est lui qui m'a initié à la Génétique, qui m’a conseillé d'entreprendre ce travail, qui m’a guidé sans cesse, en me prodiguant conseils, encouragements et moyens de travail. Il sait à quel point sont grandes ma reconnaissance et mon affection pour lui, aussi je regrette qu’il ne me soit pas possible aujourd’hui de l’en assurer encore une fois autrement qu’en lui dédiant ce travail.

Je remercie également M. le Professeur FAuRÉ-FRÉMIET, dont l'autorité m'a souvent facilité la poursuite de mes travaux et dont les conseils généreusement dispensés me furent d’une grande utilité. C’est dans le service, si riche en ressources, qu'il dirige à l’Institut de Biologie Physico-chimique, que ce travail a été entièrement effectué.

Je tiens à remercier aussi M. P. Girarp, administrateur de l’Institut de Biologie, pour l'aide matérielle qu’il m'a fournie si largement en toutes circonstances et M. J. HouGer qui a mis si amicalement son expérience à ma disposition.

Le Centre National de la Recherche Scientifique a grandement contribué

à la poursuite de mes travaux, par les subventions qu’il m’a accordées. Je tiens à assurer son Directeur de ma profonde reconnaissance.

Dans toute la partie technique, Mlle M.-L. Dossin et M. L. Goznsrein m'ont êté d’un grand secours. Qu'ils trouvent ici mes remerciements pour toute l’aide qu’ils m'ont apportée.

Enfin, je remercie la Direction du Bulletin Biologique qui, en dépit des difficultés actuelles, a bien voulu accueillir ce mémoire.

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