ACTE I
LA BARONNE
Cet hommc-là est trop mal conseillé pour avoir de bonnes intentions !
C1IAUDRAY.
Comment?
LA BARONNE
11 y a de par le monde certaine comtesse blonde, ma bête noire, qui ne me fait pas j'effet de pousser au raccommodement du ménage !
CH AUDRAY.
La comtesse Gorthianv, la petite-fille de feu mon vénérable ami lé gouverneur de Kiew... la propre sœur de mon jeune ami le major, comte de Wurgen?...
LA BARONNE
Vous avez trop d'amis, mon ami!
DE BIE RCES.
Précisez, baronne.
LA BARONNE
Cette sœur et ce frère inséparables, indéchiffrables, savez vous l'effet qu'ils me font?... Electre et Oreste.
Moins Clytemnestre.
LA BARONNE
Je n’en sais rien.
CH AUDRAY, te levant.
Au secoure de Biergesl ma femme ne cesse de me faire
10 DETTES DE CŒUR
la guerre à cause de mes amis étrangers... tous gens de mérite et de qualité.
LA BARONNE
C’est la quantité que je vous reproche. Mon cher de Bierges, Chaudray m’a apporté en dot deux cents amis illustres, collectionnés par lui en Suède, en Russie, en Pologne, en Angleterre, en Allemagne, partout. Chacun de ces grands noms, il l'a cueilli avec une plante inconnue, pêché avec une coquille rare, piqué avec un insecte précieux. Il y tient, il y tient comme à ses dix-neuf décorations. Eh bien ! cependant, beaucoup de princes ou de ducs ne valent pas un bon conseiller à la cour des comptes, et en fait de nuances de rubans, la plus solide est encore le rouge.
DG BIERGES.
Un conseiller décoré vous remercie.
CHAUDRAY.
Ma chère femme a beaucoup d’esprit, mais elle ne me prouve pas que la princesse ait raison et que son mari ait tort... En attendant, notre position est fausse, et moi, je me compromets... n’est-il pas vrai, de Bierges?
DE BIERGES.
Moi, je me récuse, je ne les connais pas.
CHAUDRAY.
Prévenons d’abord la princesse; c’est peut-être un grand service à lui rendre.
LA BARONNE
Prenez garde : vous savez quel profond silince Caliste,