‹ Deux cas de duplicature florale provoqués par une nutrition défectueuse, et hérédité de cette anomalieChapitre 2 sur 2 · SÉANCE DU 13 JANVIER · texte numérisé non relu

SÉANCE DU 13 JANVIER

nutrition se trouvent suffisamment modifiées pour ne plus permettre l'évolution normale de la fleur. Aux faits que j ai déjà signalés dans cet ordre d’idées je viens en ajouter deux nouveaux, se rapportant à la transformation d’étamines en pièces pétaloïdes, c’est-à-dire à une duplicature de la fleur.

J’ai observé, au mois d’avril 1901, un pied de Chelidonium majus implanté, à quelque distance du sol, dans le mur du Musée Pédagogique, à Paris, et dont toutes les fleurs présentaient une pétalodie des étamines plus ou moins accentuée ; c’est ainsi qu une des fleurs les moins modifiées ne différait d’une fleur normale que par la présence d’une étamine à connectif très élargi et très allongé et à sacs polliniques presque complètement atrophiés.

Dans une autre fleur, on observait, en outre des 4 pétales normaux, un cinquième pétale presque aussi large que les autres, mais avec deux lobes latéraux; de plus une étamine était pétaloïde dans la région de l’anthère.

Une troisième fleur contenait 5 pétales absolument normaux et 4 autres pièces pétaloïdes un peu plus étroites, sans trace de filets ni de sacs polliniques.

La fleur la plus modifiée comprenait 8 pétales normaux et 4 étamines à filets et à connectif très élargis, mais présentant sur leurs bords des traces de sacs polliniques.

Notons que les modifications observées étaient d’autant plus importantes qu’elles se rapportaient à des fleurs plus jeunes.

Un échantillon de Papaver Rhœas observé, au mois d’août 1902, à Rang-du-Flier (Pas-de-Calais), m’a offert des modifications très comparables; les 3 fleurs qu’il portait étaient également doubles à des degrés divers. Celle qui était le plus avancée possédait, à l’intérieur de ses 2 sépales et de ses 4 pétales normaux, 2 pétales supplémentaires un peu plus étroits que les précédents et l’une des étamines était dans une de ses moitiés complètement pétalisée.

Dans la seconde fleur, on comptait IG pétales supplémentaires, ne différant des pétales normaux que par une forme un peu plus étroite et une étamine à demi transformée en pétale.

Enfin le bouton le plus jeune possédait 26 pétales surnuméraires et 3 étamines dans lesquelles le filet restaitétroit mais dont les anthères étaient plus ou moins pétaloïdes.

MOLLIARD. - HÉRÉDITÉ DE LA DUPLICATURE FLORALE. la

Ces faits en eux-mêmes ne sont pas nouveaux, mais les deux cas de duplicature florale que je viens de rapporter, et c'est ce que je voulais faire remarquer, se trouvent coïncider avec un développement très défectueux de l’appareil végétatif, sans qu’aucun parasite ait pu être observé. Le pied de Chélidoine était rabougri, ce qui s’explique aisément par les conditions dans lesquelles il végétait; il était en effet enraciné dans une crevasse d’un mur où il ne trouvait qu’un maigre substratum et une humidité insuffisante. L’individu de Papaver Iîhœas à fleurs doubles avait eu sa tige principale sectionnée à 10 centimètres environ du sol; c’étaient des rameaux de la base qui portaient les fleurs dont nous avons vu les caractères anormaux; de plus le pivot radiculaire était profondément rongé en plusieurs endroits par des insectes et ses radicelles très peu développées.

Nous sommes donc bien en présence de deux nouveaux cas de coïncidence entre le phénomène de duplicature florale et des conditions défectueuses de nutrition; celles-ci allaient s’accentuant au fur et à mesure du développement des plantes considérées et nous nous expliquons ainsi que, pour les deux individus qui nous occupent, les fleurs se soient montrées d’autant plus modifiées qu’elles se sont constituées plus tardivement. Je n’ai pas récolté de graines du pied de Chelidonium majus, mais j’ai laissé se développer la fleur la plus avancée de l’échantillon tératologique de Papaver Rhœas et j’ai semé au printemps suivant les graines qu’elle a données; un accident survenu dans la culture a malheureusement réduit à 3 le nombre des descendants dont j ai pu observer les fleurs; deux des pieds avaient des fleurs normales tandis que le troisième présentait à des degrés divers, suivant les fleurs considérées, un nombre de pétales supérieur à 4 (8 au maximum) ou tout au moins une légère pétalodie des étamines. Cette expérience suffit néanmoins à montrer que le

phénomène est, dans les conditions où il s’est produit, transmissible par la graine.

le Secrétaire général donne lecture de la communication suivante :

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