UNE RÉPLIQUE
ment la réplique des deux copains que nous apporte la Patrie de samedi dernier :
Le poète ordinaire de la baillargeiie, le pauvre Chapman, puisqu'il faut l'appeler par son nom, n'est pas un ehançard.
Jusqu'aux typograjJics de la Vérité qui lui jouent de mauvais tours ; c'est bien le comble de la déveine.
Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris (ceci est un plagiat éhonté), il se débat comme un diable dans l'eau bénite de Tardivel, sous les cuissons des petites vcrités que nous lui avons diics.
Or il écrit : " la suite au prochain numéro," et le typographe, né malin, lui fsiitdire : " la faite au prochain numéro."
'' Se raccrocher à une faute typographique, en pareille circonstance, ce serait déjà un aveu compromettant pour M. Fréchette, car ce serait proclamer qu'il est dans l'impossibilité de relever les défis de son adversaire. Que dire alors du procédé de MM. Fréchette et Sauvalle, qui, n'ayant pas de faute typographique à laquelle ils puissent se raccrocher, en inventent une; ou plutôt — car ces gens-là ne peuvent rien inventer — en rééditent une qui traîne dans les mots i^our rire depuis des années !
" C'est à peine croyable, M.Nf. Fréchette et Sauvalle ont tout simplement menti. M. Chapman avait écrit, à la fin de son article, non pas : ^' La suite
au -prochain numéro^^^ mais : à suivre. Et notre typo-
graphe a mis à suivre, tel que M. Chapnian l'avait écrit. Chacun peut s'en convaincre en consultant la Vérité de la semaine dernière, première colonne, cinquième page.
" En être réduit à mentir pour se faire une contenance ! Pauvre M. Fréchette, que vous êtes bien vide, et surtout que vous êtes bien vidé ! "
Oui, M. Fréchette est bien vidé, et il ne reste plus maintenant qu'à empailler cet aigle littéraire dont le vol, naguère encore, le portait si haut, si haut.
Pour faire croire que ce n'était pas lui qui écrivait contre moi les articles que signait Sauvalle, M, Fréchette — quel farceur ! — s'est fait interviewer par le paravent numéro deux, tout comme il se fit interviewer par le bon Marc quand celui-ci signa l'autobiographie du pofete naiioval dans les Hommes du Jour.
Seulement, M. Fréchette avait oublié, au moment où il écrivait l'entrevue qu'on lira plus loin, que dans son autobiographie il laissait Sauvalle le tutoyer et lui taper sur le ventre, comme le prouvent les lignes suivantes empruntées aux Hommes du Jour :
—Sais-tu ce qui m'amène^ Fréchette ? Tu ne devineras jamais. Il faut que je fasse ton portrait.
— Comment ? Es-tu devenu photographe ?
— Non, ce n'est pas cela : je suis chargé pt^r la direction
lies Hommes du Jour d'écrire ta monographie ; on m'a même demandé ta vie.
—Hein ?
— Disons ta biographie, mais je n'ai consenti qu'à essayer ton portrait ; veux-tu poser ?
— Ce n'est guère dans mes habitudes.
— Je le sais ; aussi, je n'insiste pas ; seulement tu vas me hiisser toute liberté de saisir mes lignes, de guetter mes nuances, et pour cela de te faire parler un peu, de parler beaucoup moi-même, et aussi de circuler à loisir dans toute ta maison, de la cave au grenier, en véritable inquisiteur.
— Mais cela n'intéressera personne.
— Tu te trompes. As-tu lu de Goncourt et sa Mais.m iVun Artûte f C'est lui-même qui passe en revue ses bibelots et qui dit : " En C3 temps où les choses dont le poète latin a signalé la mélancolique vie latente sont associées si large: mont par la description littéraire moilerne à l'histoire do l'humanité, pourquoi n'écrirait-on pas les mémoires des choses au milieu desquelles s'est écoulée ime existence d'hommo ?
— C'est bon, tu m'as convaincu, j'y consens, mais tu m'es témoin que c'est à mon corps défendant.
Sauvalle avait convaincu M. Frécliette !
Le compère était à son corps défendant !
Non, il n'y a rien qui approdie pour le cocasse une pareille fumisterie.
Aussi, faudrait-il être revêtu d'une triple cuirasse
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de sottise pour ne pas s'apercevoir que tout ce que disent là Sauvalle et son ami ar été écrit de la propre main de M. Frécliette, que l'entrevue de l'autobiographie et celle des articles du paravent numéro deux ont été inventées Tune et l'autre par le poète national pour tâcher de blaguer mieux le public.
Au surplus, deux expressions typiques, le cœur grand ouvert ou largement oucert^ la m'iln largement ouverte ou largement tendue^ deux expressions qtie M. Fréchette ne lâche jamais, avec lesquelles il est, comme on dit, en amour, vont prouver surabondamment mon assertion à ceux qui savent par mon Lauréat que le poMe national est toujours à bout de ressources et ne cesse de rabâcher.
Dans sa première lettre à M. l'abbé Baillargé le lauréat disait :
C'est au moins ce que M. l'abbé N^antel a paru comprendre, et je ne lui ai pas ménajé (sic) une main linjenient ouvert €»
Dans la biographie de l'honorable M. Laurier, que M. Fréchette a publiée, quelque temps avant la sienne, dans les Hommes du Jour^ on lit :
Dans SCS relations sociales Laurier ne perl rien de son prestige. Aftable et hospitalier chez lui, d'un commerce • charmant chez les autres, la niain. et le ciezir largement ouverts à tons, etc.
Au commencement d'un article que l'auteur
à^OrigtnuHX et Détraqués publia dans la P</^7> du 17 mars de cette année:
L'éclat de rire qui jaillit clair et sonore des lèvres Ixrgenient ouvertes ne peut monter que d'un cœur vibrant et» lui aussi, largement ouvert.
A la fin de la préface écrite par le poète vatlo)uil pour les Bcfralhs de. JeHiussc de M. J.-W. Poitras :
Je salue les Refrains de Jeunesse, et temU une main largement ouverte îI leur très sympathique auteur.
Dans la notice nécrologique de M Jos. Duhamel, publiée dans la Pairie du 27 octobre dernier :
Obligeant à l'extrême, doué d'une charité inépuisable, jamais ami ne fut plus sincère et n'cutlo cœur plus largement ouvert.
Voyons maintenant si les choses qu'on trouve dans la biographie de M. Fréchette, publiée dans les Ho)fnnes du Jour, ne sont pas suffisantes pour établir que c'est lui-même qui a écrit cette biographie :
J'escalade lestement les deux étages, et sur le palier je trouve mon excellent compagnon d'autrefois, qui me tend une main lurgemerU ouverte.
Son émotion, comme sa gaieté, est communicative ; le cœur toujours ouvert, la main promptcment temlue, etc.
Louis, le fils aîné, si délicat et si bien élevé ; Jeanne,
Taînée des fillos, déjà grandelette, aux yeux largement ouverts^ etc.
Mais ce sont les étoiles françaises qu'on y accueille le plus somptueusement et à cœur plus largement ouvert^ etc.
Une autre citation — prise encore dans la première lettre de M. Fréchette à M. l'abbé Baillargé :
Si les coups — et par malheur il ne peut guère en être autrement — ricochent un peu sur certains de vos confrères , ceux-ci ne devront pas s* en prendre à moi, mais à la corneille qui s'est mêlée d'abattre des noix, etc.
Comparons à présent les lignes suivantes, détachées de la biographie du lauréat^ signée, pour la frime, par Marc Sauvalle :
Mais autant il est indulgent pour l'ignorant involontaire et sans prétention, autant il déteste les faux savants ou les pédants qui pataugent devant lui, au milieu des belleslettres, comme dfs corneilles abattant des noix, etc.
Tous ces rabâchages — qui n'appartiennent qu'à M. Fréchette — sont, n'est-ce pas, assez probants pour démontrer que le lauréat a fait son propre élo'sre dans les Honuaes (ht Jour.
Oui, il est évident pour celui qui connaît le style rococo de Marc Sauvalle que c'est le poëte national qui s'est portraituré dans la publication de M. Louis Taché, comme aussi c'est lui-même qui vient de se donner un brevet d'honnêteté comme écrivain dans les deux derniers articles du paravent numéro deux.
En tout cas, quand Marc Sauvalle parle à M.
Fréchette dans la fameuse biographie, il est familier avec lui jusqu'à lui dire qu'il ne se gênera pas de circuler à loisir dans sa maison, de la cave au grenier^ tandis que, dans la derniëre conversation qu'il prétend avoir eue avec le lauréat à mon endroit, il lui parle le front bas et l'échiné courbée.
Mais laissons donc piîrler les deux copains, pour juger de cela :
M. Sauvalle, — Je me suis permis devenir vous demander quelques nouveaux renseignements au sujet du livre de Ghapman. Est-ce qu*un interview vous ennuierait ?
M, Fréchette.— Aucunement j mais je ne crois pas avoir rien â ajouter aux documents imprimés que j'ai déjà mis entre les mains de M. RouUaud et des vôtres relativement îiu même sujet. Ne sont-ils pas suffisants?
3/. Sauvalle. — Suffisants pour démontrer que le Ghapman s'est gavé dans vos livres comme un étoumeau dans un boisseau d'avoine, c'est vrai ; mais n'auriez- vous pas un mot A dire des accusations do plagiat i^ortéos contre vôus-inCmo mr -cet individu et par l'abbé Baillargé ?
3/. Fréchette, — A quoi bon ? j'ai fait connaître pour ce qu'il est l'abbé Baillaigé, dont tout le monde rit aujourd'hui. Pauvre agresseur battu, il se venge comme il peut, le saint prêtre! Quant à l'autre, si vous étiez du pays, vous sauriez qu'il est assez connu à Montréal etâ Québec, depuis nombre d'années, pour être tout à fait inoffensif.
Si Sauvalle était du pays, il saurait que je suis
assez connu à Québec et à Montréal pour être tout à fait iooffensîf !
Mais Marc me connaît depuis six ans; et, pas plus tard que le deux ou trois avril dernier, nous nous sommes rencontrés, à Montréal, en face des bureaux de la Minerve, et là le compëre m'a félicité d'avoir mis M. Fréchette à sa place ; il m'a même remercié d'avoir fait que depuis quelque temps le lauréat dégonûé a cessé à^ éclabousser — ce fut son mot — les gens qui ont le tort d'avoir moins de tokens que lui. '
Mais revenons à nos deux copains, et prêtons l'oreille à ce charmant duo :
3/. Sauvalle,— Eh bien, ^Monsieur, c'est précisément parce que je suis étranger que je viens vous prier de parler^ ne serait-ce que pour la satisfaction de la colonie française au Canada, qui n'est pas au courant du pîissé, et qui vous a, vous le savez, en si haute estime.
M. Fréchette. — En ce cas, Morsieur, vous pouvez interroger ; malgré mes répugnances à m'occuper d'un pareil sujet et d'un pareil oiseau, je suis prtt à vous répondre.
J/. Sauvalle. — D'abord, savez-vous ce qui a pu déterminer chez l'individu cette haine féroce?
3L Fréchette. — Rien de précis, Monsieur ; ce n'est pas ma faute si l'on s'est moqué de lui à l'Académie française, où j'avais réussi, la dernière fois qu'il m'a parlé,^il se traînait à genoux,..
M. Sauvalle. — A genoux ?
Suivent quelques insinuations qui déshonorent celui qui les formule et auxquelles un homme bien élevé ne répond pas.
Après s'être ainsi soulagé quelque peu de la bile que mes critiques lui ont fait faire depuis quelque temps, M. Fréchette coutiime :
Il m'appelait *' grand cœur," dans ces circonstances-là. comme il m'appelait " grand poète " dans ses pièces. Et, confiant dans mon indifférence au sujet de mes vers, il ne se ^ônait point. Chaque fois que je publiais une pièce, on était «ûr d'en voir apparaître la doublure, quelque temps après ; c'en était devenu une farce. Il me suivait à la piste — adoptant par derrière moi non seulement mes expressions, mes idées, mais encore mes sujets, mes opinions, mes titres, jusqu'aux rythmes dont je me servais, le cadre, la charpente, tout. Si je divisais mes pièces par des chiffres, il divisait les siennes par des chiffres. Si je les divisais par des étoiles, il les divisait par des étoiles. Si je faisais des strophes, il faisait des strophes. Si j'écrivais en rimes plates, il écrivait en rimes plates. Un hiver il me prend envi-i de ciseler des sonnets, voilà mon homme à gâcher des sonnets. Quand j'ébauchais (lu paysage, il barbouillait du paysage; quand j'abordais l'épître, il se lançait dans l'épître. Et quand j'essayai du récit, il fit comme moi... il essaya.
Il est vrai que j'ai écrit sur des sujets analogues à ceux qu'avait déjà traités M. Fréchette ; mais je n'y ai certainement pas plagié le poète national; et quelques-unes de mes pièces, que je vais mettre en regard des siennes, vont prouver que l'accusation
qui vient d'être portée contre moi est absolument fausse.
Qu'on en juge :