I.S l'AK.WEXT XO
Le pauv^re geai déplumé avait compté sans une réplique de ma part.
Quoi qu'il en soit, voici ce que je propose, pour combattre le mensonge que M. Frécliette a mis dans la bouche de son trucliement :
Que Sauvalle ou n'importe qui de son entourage écrive au secrétaire de l'Académie française, et si quelqu'un en obtient une lettre tendant à dire que les registres de cette illustre institution établissent que j'ai demandé aux Quarante ou à l'un d'eux de couronner mes Feuilles <P Erable^ je m'engage à déclarer dans les journaux les plus importants du pays que M. Frécbettc n'est pas un plagiaire, qu'au contraire il est un très honnête écrivain, et que tout ce que j'ai écrit contre lui est faux et mensonger.
Ma proposition est-elle assez raisonnable 1
Elle est si raisonnable, que M. Frécliette et Marc Sauvalle se garderont bien de l'accepter.
Et voilà pourquoi, bien certain de n'être pas obligé de réhabiliter la réputation de M. Frécliette, je dis dès à présent aux deux copains que je me moque de leurs ridicules inventions.
Au reste, tout le monde sait bien que c'est le hnirldt qui a imaginé la conversation qu'un des amis de Marc Sauvalle aurait eue à mon sujet avec un
DF.IX ccrAi>>
membre de VAcadémie ; et Tatrocc calembour écJnipp( iiH /if dans la bouelie de M: Marmier, qui était lapersoiiiiiiication de ce qu'il y a do plus discret, de plus courtois et de plus digue dans le monde des lettres françaises, est la meilleure preuve de la gaucherie et de la mauvaise foi du poète iintional et de sou truchement.
Oui, tout ce que AI. Fréchette fait dire à Marc Sauvalle est de sou invention, et, si le hiuréat avait autant d'imagination dans ses vers qu'il en a pour mentir, je n'aurais, certes, guère beau jeu à prétendre qu'il n'est pas un poète.
Après avoir injurié MM. Chapais elTardivcl pour s'être permis de publier les articles qui composent mon Lxnrédl^ Marc tSauvalle dit ceci :
M. Henri Jîoull:uul a déjà, dans deux articles pul)Iiés dans la Minerve, levé un coin du linge qui recouvre la plaie : il ne m'en voudra pas si je me permets de proliter de son travail en le complétant.
remprunterai même Tordre qu'il a mis dans ses deuxart iclcs ; j"y ajouterai quelques réMcxions par-ci par-là ; et enlin je soiuncttrai les aperçue dont j'ai moi-même fait la découverte.
Je n'ai donc pas à répondre à la réédition et au réchauffage des articles de lioullaud, que j'ai ronv('rs(' comme on renverse un mannequin.
LE PARAVENT XO 2
Je n'ai pas besoin de répondre à ces inepties : le publie sait partaitement cpie je ne suis pas un plagiaire.
Xon, je ne suis pas un plagiaire, et, si j"en étais un, j'aurais assurément tilouté les vers des grands écrivains français préférablernent à ceux de Tauteur de J('<iii S'i.uriol et du Drapeau f<uitôiiu\
C'est son orgueil inconimensurablement stupide qui a rais dans la tête de M. Frécliette Tidée d'essayer d'établir que je l'ai plagié toute ma vie ; et le fait de n'avoir pu signaler un seul hémisticbe que j'aurais pris à Victor Hugo, Lamartine, Musset, Leconte de Lisle, François Coppée, Sully-Prudhomme, etc., que je connais aussi bien que lui, et qui sont mes auteurs de prédilection, prouve le ridicule et la malhonnêteté du paravent numéro deux.
Quant à piller, j'aurais pris des pièces d'or plutôt que des gros sous.
Marc Sauvalle ne s" est pas borné à me reprocher d'avoir volé certains hémistiches qui appartiennent à tout le monde ; Marc Sauvalle, dis-je, ne s'est pas contenté de m'accuser de m'être approprié des banalités, il est allé jusqu'à mettre en relief de mes vers que son ami avait défigurés pour les faire ressembler aux siens.
10 DEUX COPAIXS
Et je défie le paravent numéro deux de trouver dans mes Québecquoiscs et mes FeniUfs iV Erable, aux pages qu'il indique ou dans n'importe quel journal, les alexandrins suivants qu'il m'attribue :
Avec ses pavillons claquant dans la tempête.
Je n'ai jamais écrit ça.
Minuit vient de sonner à la vieille pendule Dans le noir corridor.
Je n"ai jamais écrit ça.
De notre oubli ! — Personne ne le sait.
Je n'ai jamais écrit ça.
Te suivant du regard sur les Ilots écumeux Sombrer dans le lointain brumeux.
Je n"ai jamais écrit ça.
Dans nos cercles du soir .s'était jeté le deuil.
Je n'ai jamais écrit ça.
Son portail est orné d'étranges lloraisons.
Je n'ai jamais écrit ça.
Je n'ai jamais écrit les vers qu'on vient de lire, et en chargeant votre truchement de me les attribuer, vous avez commis, M. Fréchette, un acte dont l'effronterie n'a d'égale que l'impudence des plagiats H l'aide desquels vous vous êtes édifié une réputation de poète.
LE PARAVENT XO 2 11
Xoiis allons continuer k admirer la bonne foi de M. Fréchette en faisant encore parler son truchement :
Je pourrais remplir toute nue brochure, si je voulais seulement indiquer les pièces de Fréchette qui ont été imitées, parodiées et défigurées par Chapman.
Je me contenterai d'un exemple court mais éloquent.
Voici une petite pièce publiée dans la Patrie du 14 juillet 1883, et que l'auteur a incorporée plus tard dans l'épilogue de la IJfiende d'un Peuple. EUe.était intitulée: France.
Quand des antiques jougs riuunanité se lasse, Quand il est quelque part un peuple à secourir, Qui donc à l'horizon voyez-vous accourir? A genoux, opprimés 1 c'est la France qui passe !
Sans espoir et sans Dieu, l'enlant de la l'orét ïraîne-t-il sa misère à l'autre bout du monde. Qui donc va lui verser la lumière féconde ? Xations, saluez 1 car la France apparaît !
De l'immense avenir resplendissante aurore. Pour vous joindre en faisceaux, peuples de l'univers, Faut-il percer les monts ou rapprocher les mers, Faladin du progrès, la France arrive encore!
Voilà, n'est-ce pas, de fortes pensées haljilement condensées, sobrement exprimées. Eh l>ien, voici maintenant la paraphrase, l'amplitication banale. Presque point d'effort pour déguiser l'emprunt.
Marc Sanvalle n'a pas dit que M. Fréchette avait
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volé le dernier vers de la première strophe qu'on vient de lire, à Cremazie, qui a écrit :
Peuple, inclinez-vous ! c'est la France qui passe.
Il a oublié cela, je suppose.
Mais laissons- le me citer :
L'huniaiu!.c gémit sous des jougs centenaires : La France tout à coup fait gronder ses tonnerres, Et, volcan qui vomit une lave d'airain. Elle secoue au vent les tours de la Bastille... Et l'astre de juillet à l'horizon scintille, La sainte liberté rouvre son vol serein.
L'enfant de la nature, au.K limites du monde, Tîampe sous le fardeau de sa misère immonde : La France à son grand C(eur sent la pitié venir... Elle élève la v<»ix...et ses missionnaires Vont évangéliser les tribus sanguinaires, Et font sur les déserts tlamboyer l'avenir.
Les grandes nations, f[ue le progrès enivre, Veulent faire tomber tout ce qui peut survivre Des obstacles nuisant à leur fraternité : Elle prend son compas, son pic et sa truelle... Et les monts affolé.s s' ent'rouvrent devant elle. Et l'océan la .*!uit comme un lion dompté.
Voilà ! Qu'en dites-vous ".'
.Te pourrais citer plus «le vingt pièces dont le lauréat déconfit a accouché de la même façon.
J'ai expliqué dans mon L'utréat comment M. Fréeliette m'avait escamoté les idées dont il s'est
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servi pour faire les vers que son truclioment vient de mettre en regard des miens.
Marc Sauvalle vient de me fournir une nouvelle preuve à l'appui de ce que j'ai écrit sur le sujet dans mon livre, et, pour montrer, une fois de plus, la probité de M. Frécliette, je vais comparer l'explication du paravent numéro deux avec celle que le lauréiit donnait, dans la Patrie du 26 juillet de l'année dernière, à^I. l'abbé Baillairgé, qui l'accusait de m'avoir volé les idées de la pièce servant d'épilogue à la LégeinJc (^ an Pcirplc
Relisons donc ce que vient de dire le bon Marc :
Voici une petite pièce publiée dans la l'alrie du li juillet 18S3, et que l'auteur a incorporée plus tard dans l'épilogue de la Légeude <Piii) Peuple. Elle était intitulée: France.
Lisons maintenant la réponse de M. Frécliette à M. l'abbé Baillairgé :
Ainsi, d'après M. l'alilié Baillairgé, il y a plagiat. C'est aussi notre avis.
Seulement le plagiaire n'est pas celui iiue M. ral)bé pense;— nous sommes assez charitables, quoique misérables laïques, pour ne pas l'accuser d'une canaillerie qui ferait peu d'honneur à l'habit qu'il porte.
Non, le plagiaire n'est pas celui qu'il pense, car la pièce de M. Fréchette n'a pas été publiée pour la première fois dans la Légende d'un Peuple, mais a été composée et publiée pour la fête du 14 juillet 1883.
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Le poète en a retranché une strophe et l'a. mise en tote <io la pièce r^ui sert d'épilogue à .«on volume.
Nous nous rappelons même que, lorscpie Cliapman lut la sienne au banquet VcrmoncI, les gens disaient : " Mais c'est la paraphrase de ton Qua'orze Juillet, Fréchette. "
Comme on voit, M. Fréchette se contredit.
Tous les coupables, si retors qu'ils puissent être, finissent toujours par se contredire.
L'année dernière, il prétendait que la poésie dans laquelle j'avais puisé les idées de la mienne était intitulée Lr Quatorze Jaillrt, qu'il l'avait mise à la fin de la Légcridc. tVmi PcKplr. ; et maintenant il dit qu'elle portait pour titre France et qu'il n'en a pris qu'une seule strophe pour la mettre dans le livre que l'Académie a jeté au panier.
Décidément, M. Fréchette et son fidèle Marc sont mêlés, et voici ce que je propose encore, en face du mensonge du soutfieur et du soafflé :
Si Marc Sauvalle ou l'un de ses amis me montre dans la Pairie du 14 juillet de n'importe quelle année une pièce de vers de M. Fréchette intitulée Frahce, je consens à payer ii la société Saint- Vincent de Paul, de Québec, la somme de $100. En outre, je m'engage à payer une égale somme à la même société, si l'on me fait voir, dans le journal de M. Beaugrand, à la date du 14 juillet 1883, ou à n'im-