ACTE TROISIÈME
HENRIETTE
Eli ! moi non plus, je ne comprends pas... Je ne sais pas quoi faire, là, je ne sais pas. . . Je suis inquiète... je suis agacée... Je suis entre deux hommes dont l’un m’ennuie et l’autre m’irrite... et incapable de choisir... Et puis, veux-tu que je te parle sincèrement,, crûment, là, entre nous ? Eh bien ! ils me plaisent tous les deux... L’un a une nature très noble, très élevée. . . il est fidèle, loyal. . . sérieux... il est un peu ennuyeux, évidemment. Mais enfin c’est un homme ! L'autre est tout ce que tu voudras, mais il n’y a pas à dire non plus, il est gai, il est vivant. . . Il a la santé, la sympathie, l’amour !... Ah ! c’est dommage qu’on ne puisse pas vivre le jour avec l’un et... la nuit avec l’autre !
Mme JOULIN
Il te reste encore la ressource d’en trouver un troisième qui serait à la fois beau,
iort, passionné, héroïque et fidèle, qui aurait toutes les vertus et toutes les grâces en même temps... Seulement, de ce êâfibrd-là, je ne sais pas s’il y en a jamais eu, mais ce que je sais bien, c’est qu’il n’y en a pas en ce moment-ci ! Il faut te le faire faBriquerj pour toi toute seule. Non, mais tu es étonnante... Qu'est-ce que tu veux ? Tout !
Voilà, simplement, tout ! Tu veux ce qu’aucune femme n’a possédé encore depuis qu’il y a des hommes : la passion et la sécurité ! 1 le voyage et jamais l’accident ! Un mari exact à l'heure des repas et exact à l’heure du berger ! Eh bien ! ma fille, ce n’est pas possible ! 11 y a d’un côté la vie fantaisiste et de l’autre la vie réelle. Il faut choisir; on ne peut pas mener les deux successivement douze heures par jour. Parbleu ! je crois bien que ce serait le rêve ! Mais la nature n’a pas voulu que nous fissions ce rêve-la ! Laquelle de ces deux existences vaut le mieux ? Ça, par exemple, je n’en sais rien.