‹ Deux écoles; comédie en quatre actesChapitre 155 sur 168 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

ESTELLE

Nous allons nous séparer; c’est convenu depuis hier. Nous ne nous entendons pas, nous avons des caractères trop différents... Si Edouard m'aimait encore, je ne l'aurais peut-être pas quitté, pour ne pas lui faire de la peine: on est si bête!... Mais comme il ne m/aime plus et que moi je ne l’ai jamais aimé, vouscomprenez, ça va tout seul. Edouard m’a offert de l’argent; c?est une justice à lui rendre, il est très généreux. J’ai pris juste ce qu’il faut pour avoir le temps de réfléchir, de me décider. Et c’est justement à ce propos-là que je me suis permise de venir vous le demander, le conseil en question.

LE HAUTOIS

Votre situation m’intéresse beaucoup, chère Madame... oui.. . elle m’intéresse vivement; mais je vous assure que je suis

assez embarrassé... Je n’ai pas l'habitude de ce genre de consultation... D’autant plus queje ne suis pas au courant de votre existence.

ESTELLE

Oh î mon existence... En deux mots je vous la dirai, si vous voulez. J'ai été mariée avec un relieur qui m'a quittée pour la caissière d'un petit café près de chez nous... Mon mari s’appelait Boivin, Jules Boivin ; moi, je m'appelle Estelle. Quelque temps après, j'ai rencontré M. Maubrun, je me suis mise avec lui. J'oublie de vous dire que dans l’intervalle j’avais divorcé. J'ai donc eu en tout, un mari et un amant ; ce n’est pas énorme. Aujourd'hui, par exemple, je ne sais plus où je vais. Je crois bien, sans me vanter, qu’il ne tiendrait qu’à moi d’être unefemmechic, de me lancer; j'ai songé aussi à prendre un état honorable et à travailler. Je ne suis pas

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