‹ Deux histoires 1772-1810 (volume 2)Chapitre 15 sur 31 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Le duc de Bracciano sortit des Tuileries toutà-fait rassuré.

Un moment il avait craint que sa femme ou la princesse de Montlaur n'eussent dévoilé a l'Empereur les ténébreuses machinations auxquelles il voulait employer Jeanne. Mais, réfléchissant au noble caractère de celle-ci , il reconnut combien il avait eu tort de la soupçonner capable d'une telle lâcheté.

Désormais sûr de l'appui de l'Empereur, il ne douta pas qu'avec de la persévérance , et en menaçant sa femme d'une retraite dans une de ses terres , il ne la décidât à accepter la charge de surintendante, qui était, pour ainsi dire, la pierre angulaire de tous ses projets , de toutes les ressources de son ambition.

M. de Bracciano devait avoir le jour même un nouveau sujet de joie.

Il apprit par l'Empereur que Raoul avait quitté Vienne malgré les ordres , malgré la mission

importante qui aurait du l'y retenir ; rapprochant ce départ si subit et si blâmable de la démarche de madame de Bracciano pour obtenir le divorce , l'Empereur était furieux contre le colonel , et voulait le faire enfermer à Vincennes à son arrivée à Paris. Tout concourait à servir les desseins de M. de Bracciano et à calmer ses craintes.

Son âme était trop desséchée par l'ambition et par l'égoïsme pour qu'il ressentît aucun amour pour sa femme. Mais glorieux, mais orgueilleux h l'excès , il eut été profondément blessé de jouer un rôle ridicule.

Il se demandait avec anxiété si les assiduités de M. de Surville auprès de sa femme avaient été remarquées.

Tantôt il espérait que la parenté de Raoul suffirait pour les expliquer convenablement ; tantôt 5 au contraire, celte parenté lui semblait devoir servir de texte aux plus malins propos.

Il se reprochait amèrement d'avoir jusqu'alors reçu Raoul si intimement 5 car, si le duc ne doutait pas de la vertu de sa femme, il redoutait beaucoup les médisances.

Jamais M. de Bracciano n'avait conçu le moindre soupçon contre Herman.

Gomment imaginer qu'une femme puisse

hésiter entre un malheureux enfant, pauvre, obscur, et un homme aussi séduisant, aussi brillant que le colonel?

La princesse de Montlaur elle-même , bien qu'elle connût la générosité naturelle du caractère de sa nièce, n'avait pas songé un moment qu'elle pouvait être éprise d'Herman.

D'ailleurs, Jeanne, dans la scène du divorce, tout en affirmant qu'elle ne s'occupait pas de M. de Surville j n'avait pas dû prononcer le nom d'Herman ni devant sa tante, ni devant son mari, autant par respect de soi que pour ne pas exposer celui qu'elle aimait au dangereux ressentiment de M. de Bracciano.

Dès que la princesse de Montlaur l'eût quittée, Jeanne écrivit à la hâte ce billet à Herman :

(( Tout est perdu... il rCf a plus cPespoù'... vous ne mourrez pas seul. . . Ou vous rapportera cette nuit la croicc de votre mère. ))

Trois heures après qu'Herman Forster eut reçu cette lettre , Pierre Herbin frappait à la porte de l'hôtel de Bracciano.

Il était dix heures du soir.

Malgré cette journée si agitée, si remplie d'événements, M. de Bracciano, doué d'une grande

puissance de travail , terminait quelques rapports destinés à l'Empereur.

Son valet de chambre entra , lui remit une lettre, et lui dit que la personne qui l'apportait désirait être introduite sur-le-champ, ayant h communiquer à Son Excellence des choses du plus haut intérêt.

— Pierre Herbin ? disait le duc, en lisant la signature de celte lettre, Pierre Herbin?... Je connais ce nom, j'en ai un vague ressouvenir... cela doit dater de la révolution... à Dijon... Mais je ne me rappelle rien de particulier... Qu'importe !

Se tournant vers son valet de chambre : — Faites entrer, dit M. de Bracciano.

Un moment après, Pierre Herbin parut.

Le cabinet de travail du duc était une grande bibliothèque. Sur la table il n'y avait qu'une lampe.

Le duc , voulant sans doute aider h ses souvenirs, en voyant plus à son aise ce nouveau personnage, ôta précipitamment l'abat-jour.

Un moment il contempla les traits durs et prononces de Pierre Herbin , éclairés par cette vive lumière... puis il fît un geste qui semblait indiquer qu'il ne reconnaissait pas cet homme.

— Eh bien! citoyen... m'as-tu assez envisagé

OU plutôt ass(3z dévisagé ? dit Pierre Herbin avec un sourire sardonique.

Stupéfait de cette audace et de ces insolentes paroles , le duc se leva vivement , et dit :

— Qu'est-ce que cela signifie , monsieur?

— Cela signifie , répondit Pierre Herbin avec un imperturbable sang-froid , cela signifie que , pour que notre conversation ait du piquant, il faut que mon identité soit constatée , comme tu disais quand tu étais accusateur public à Dijon.

— Savez-vous que je vais vous faire mettre à l'instant à la porte! s'écria le duc, en allant vers la sonnette.

Pierre Herbin ne sourcilla pas, et, montrant au duc une liasse de papiers, il lui dit :

— Prends bien garde, citoyen !.. avant que de faire un éclat, jette les yeux sur les dates de ces papiers. Vois: i'y92-i'yg3. Tribunal j'évolutionnaire. — Dijon. Ces paperasses peuvent être comme la boîte de Pandore, te faire beaucoup de mal ou beaucoup de bien. Ainsi, pas de bruit... pas d'imprudence, ne te fâche pas... Tu n'as pas la conscience fort nette à l'endroit de ces deux années sanglantes. Ce que tu as donc de mieux à faire, citoyen, c'est de ni'écouter patiemment.

Soit qu'en effet M. de Bracciano eût quelque chose à se reprocher , soit que les papiers que Pierre Herbin possédait excitassent , sinon sa crainte du moins sa curiosité, ie duc alla s'assurer que personne ne pouvait entendre la conversation qu'il allait avoir, revint auprès de Pierre Herbin , qui s'était commodément installé près de la cheminée , et lui dit :

— IMaintenant, parlez... monsieur... Que signifient ces airs mystérieux? je vous en avertis , ils ne m'imposent pas le moinsdu monde... mais, dans ma position, je me suis fait une loi d'écouter tous ceux qui me demandent audience. Le bien du pays peut y gagner Parlez donc, monsieur et n'attribuez ma complaisance qu'aux

motifs que je viens de vous signaler.

— Je ne suis pas ta dupe, citoyen... Tu m'é-

coutes parce que ta conscience fait tac. . . . tac

sans cela tu m'aurais déjà fait mettre dehors par tes gens... Avoue que c'est vrai , citoyen...

— Monsieur, cessez de vous servir de ces termes, ou je ne vous écoute pas, s'écria le duc.

— Gomme tu voudras , citoyen , dit Pierre Herbin en se levant et en remettant ses papiers dans une des vastes poches de son large habit carré.

M. de Bracciano haussa les épaules, et dit avec

impatience : — Allons , monsieur, parlez, mais soyez bref.

— C'est difficile, citoyen , car ce que j'ai h te dire est long en diable. Ah ! ça ! pourquoi le tutoiement et ie titre de citoyen te sont-ils si désagréables?... Je t'ai vu dans ton bon temps, monsieur le duc, quand tu étais accusateur public au tribunal révolutionnaire de Dijon , tutoyer et citoyenniser les plus gros bonnets de l'ancien régime ; il est vrai que c'était au moment où leurs bonnets n'allaient plus leur servir à grand'chose, vu que tu leur retranchais la tête.

— Monsieur — il ne s'agit pas de savoir ce que j'ai fait ou ce que j'ai dû faire dans ces terribles circonstances , mais du sujet qui vous amène chez moi à une heure aussi indue...

— Tu as raison , citoyen... Encore une fois, me reconnais-tu ?

— Votre nom, votre figure , ne me sont pas inconnus; autant que je puis m'en souvenir, j'ai eu à Dijon quelques rapports avec vous pendant la révolution, mais ces rapports n'ont pas été de longue durée.

— C'est ça... c'est ça... lu y arrives, citoyen, et, pour te mettre tout-à-fait sur la voie , je te dirai que j'ai été pendant un mois, pas plus...

— Greffier du tribunal révolutionnaire ! s'écria le duc. Je me le rappelle maintenant...

— Allons donc... allons donc, citoyen... ta as la mémoire diablement paresseuse^ il paraît. Mais est-ce là tout ce dont tu te souviens?

— Voilà tout... S'il existe d'autres circonstances, elles m'échappent , dit le duc en paraissant chercher dans sa mémoire.

— Vraiment , citoyen ?

— Eh sans doute, vous dis-je...

— Tu ne te souviens pas d'un nommé Jacques Briot, .. que tu fis condamner à mort et à qui tu coupas vingt fois la parole, au lieu de le laisser se défendre ?

— Non , monsieur , je ne me rappelle pas cela.

— Tu ne te rappelles pas cela?... Tu as raison... Quand on peut oublier ses crimes... ça vaut mieux...

— Un jugement... quelque sévère qu'il soit, n'est jamais un crime, monsieur.

— Jacques Briot n'a pas été jugé... il a été assassiné, s'écria Pierre Ilerbin , dont la physionomie, changeant tout-à-coup d'expression, prit un air sinistre , qui remplaça l'ironie brutale

qu'il avait jusqu'alors affectée. Jacques Briot était mon ami , il était pour moi un frère... Tu cédais à une haine infernale en le poursuivant avec tant d'acharnement, car jamais homme plus loyal j plus pur , n'avait embrassé la cause du peuple... Le crime de ce malheureux avait été de favoriser la fuite de deux royalistes... Pour cet acte de générosité , digne de l'admiration dans tous les partis, tu demandas et tu obtins sa tête... pour satisfaire ta vengeance.

— Je ne me souviens pas de ces circonstances, dit M. de Bracciano , évidemment troublé.

— Tu ne te souviens pas... je vais te mettre sur la voie... Les deux royalistes que Jacques Briot fit évader étaient le comte de Grandpré et le baron de Nérolles... avec eux se trouvait un nommé Montbard, ancien soldat aux gardes: ils s'étaient échappes de Lyon lors du massacre des prisons et étaient arrives aux portes de Dijon après des dangers sans nombre; mourant de fatigue et de faim , ils s'arrêtèrent chez Jacques Briot et eurent l'heureuse idée de se confier à sa générosité... En effet, il les sauva. Montbard, épuisé par les privations, ne put les suivre.. . on le découvrit caché chez Jacques Briot ; pour avoir le droit d'accuser mon malîieureux ami , lu requis la peine de mort contre Montbard... sa tête

tomba... Trois jours après, sur un nouveau réquisitoire de toi, Jacques Briot périt sur l'échafaud.

— C'est possible, je ne me souviens de rien... s'écria le duc... mais encore une fois, pourquoi évoquer ce funeste passé?

— Tu vas le savoir tout h l'heure... J'étais greffier du tribunal , je résignai mes fonctions après cette exécution d'une si épouvantable injustice... car je savais la cause de ta haine contre Jacques Briot...

— La loi voulait que tous ceux qui donnaient asile aux ennemis de la nation fussent punis de mort... je n'ai été dans cette occasion guidé par aucun motif de haine...

— Par aucun motif de haine? et wilhelmine BUTLER !.. s'écria Pierre Herbin d'une voix terrible... Le duc baissa la tête sans répondre... Pierre Herbin continua : — En sortant du greffe, par une sorte de pieuse vénération pour la mémoire de Jacques Briot , j'emportai les pièces de son procès... je fis mal , sans doute, mais je tenais à avoir en main de quoi réhabiliter un jour sa mémoire... Dans le procès se trouvaient jointes les pièces du procès de Montbard , cet ancien soldat aux gardes... Au milieu de l'encombre-

ment des dossiers , on ne s'aperçut pas de cette soustraction... Pendant plusieurs années je vovageai. Lors de ta récente élévation , je pensai cjuc le moment était venu de flétrir ta conduite d'autrefois , je parcourus de nouveau les pièces du procès... mais que devins-je en y trouvant plusieurs papiers qui , sans importance pour toi en 92, pourraient à cette heure te porter le coup le plus douloureux, et renverser toute ta fortuiic ?

Par un mouvement machinal, le duc avança la main vers les papiers que Pierre Herbin lui montrait.

Celui-ci les retira vivement , les cacha en disant: — Patience... et sache que tu les prendrais que tu ne tiendrais rien encore. Tu comprends bien que je ne me suis pas aventuré sans précaution chez un seigneur de ta trempe , qui n'a qu'un mot h dire au grand Napoléon pour envoyer les gens à Yinccnnes. Ces papiers sont des

copies des originaux déposés en lieu sûr

Ainsi, tranquillise-toi !.. lors mêmq qu'à l'instant tu expédierais un messager à ton maître pour lui demander contre moi , comme qui dirait une lettre de cachet de rancien régime , un ami que j'ai a l'ordre, s'il ne me revoit pas demain malin, d'agir contre toi avec les originaux.

— Mais me direz-vous à propos de quoi vous

voulez agir? s'écria M. de Bracciano , troublé malgré lui ?

— A propos (Je quoi!... tu vas le savoir , dit Pierre Herbin , en cherchant une pièce dans la liasse de papiers...

L'assurance de cet homme confondait M. de lîracciano.

Il se rappelait , en effet, que de honteux motifs , une rivalité d'amour auprès d'une femme étrangère, avaient causé sa haine et ensuite excité ses sentiments de vengeance contre Jacques Briot , mais il ne concevait pas quelle inlkience pouvaient avoir sur son sort actuel ces faits depuis si long-temps passés.

Reprenant courage, le duc dit à Pierre Herbin avec hauteur: — Finissons, monsieur... il est tard. . .

— Il est tard ? Tu trouveras tout à l'heure qu'il est trop tôt !.. . répondit Pierre Herbin d'un air sombre. Procédons par ordre. Te souvienstu... d'un officier autrichien prisonnier à Dijon en 92, nommé Butler...

— Je m'en souviens vaguement, dit le duc en pàhssant...

— Vaguement ? Et Pierre Herbin sourit d'un

air sardonique, et de sa fîlie Wilhelmine... t'en souviens-tu?

— Oui , dit le duc d'une voix brève et émue.

— Jacques Briot était passionnément aimé de Wilhelmine Butler^ reprit Ilerbin , il l'aimait tendrement... Tu vis cette belle fille , tu en devins épris; elle te repoussa avec dédain... en te disant qu'elle aimait Jacques Briot... Tu juras la mort de ce malheureux... Tu as attendu l'occasion... tu as tenu ton serment.

— Ah! cet homme... toujours cet homme!

s'écria le duc avec une sorte d'épouvante...

— Oui , toujours cet homme , répéta Pierre Herbin , et il ajouta d'une voix presque solennelle :

— Écoute, Jérôme Morisson... ni toi ni moi nous ne croyons à rien... tu es un ambitieux elfréné. Tous les moyens te sont bons pour parvenir, tu as le cœur desséché par l'égoïsme... tu as été un meurtrier juridique , la pire espèce de toutes , parce qu'elle est la plus lâche. Sans être à ta hauteur... je suis plutôt méchant que bon... La pauvreté m'a dépravé... Quoique nous méprisions tous deux ce que les autres craignent et révèrent, tout scélérats que nous sommes, prosternons-nous devant certaines fatalités providentielles. Tu as fait tuer Jacques Briot... Eh bien !

par un concours de circonstances inouïes , c'es!. de la tombe de Jacques Briot que vont sortir tous les malheurs qui vont fondre sur toi... Tu as donc raison de dire avec effroi : — Toujours cet homme...

M. de Bracciano fut frappé des paroles de Pierre Herbin. Un pressentiment l'avertissait que quelque vérité terrible allait se dégager de ce chaos inextricable.

Les événements de la journée, l'heure avancée de la nuit , la figure sinistre de Pierre Herbin , les souvenirs sanglants qu'il évoquait, tout concourait à augmenter la terreur involontaire du duc.

Pierre Herbin reprit d'une voix grave :

— Jacques Briot était pauvre. Le capitaine Butler , quoique pauvre aussi , lui avait refusé la main de Wilhelmine ; la malheureuse fille n'avait écouté que son cœur. Trois mois après la mort de son amant , elle mit au monde un fils. Ce fils a aujourd'hui dix-huit ans, ce fils... est Herman Forster , ton secrétaire.

• — Herman! le fils de Jacques Briot! s'écria le duc avec épouvante ; Herman !

— Lorsque tu eus quitté Dijon pour vonîr accusateur public à Lyon... Wilhelm.ine Butler retourna à Vienne... vSon père y mourut.. Elle

<}leva son iils sous le nom de Butler jusqu'au moment où un événement que tu n'as pas d'inléfét à connaître la força d'envoyer ce fils en France sous le nom d'Herman Forster... Il y a de cela six mois environ... J'appris, par hasard^ que tu avais besoin d'un secrétaire... Je fis tant (le manœuvres souterraines que je parvins à faire ^idmettre Herman Forster chez toi , sans que tu te sois un instant douté que ce beau cadeau te venait de ma main.

— Misérable!... s'écria le duc, vous agissiez ainsi dans l'espérance de me surprendre quelque secret d'état! Introduire dans mon intérieur un homme qui se croit sans doute le droit de me haïr , d'être mon ennemi mortel , sans doute , disiiit le duc en marchant à grands pas; empoisonner l'àme de cet enfant par vos abominables calomnies...

— Des calomnies ! . . . Il te savait le meurtrier de son père... Je n'avais pas besoin de te calomnier.

— Mais c'est un tissu d'infamies... de ruses jjîfernales!...

— Ah ! tu vois bien que tu avais raison de dire toujours cet homme!!... Écoute encore, Jérôme Morisson. .. tu n'es pas au bout. .. Maintenant, laissons Herman Forster établi chez toi...

comme ton secrétaire... Revenons à Montbard , que tu as fait aussi guillotiner , et qui a été la cause involontaire de la mort de Jacques Briot... Sais-tu qui était ce Montbard, monsieur le dit,i?

— Un ancien soldat aux gardes... Vous l'avez dit vous-même... Mais, terminons cette scène, monsieur... Je suis fatigué... Demain , je pourrai vous entendre...

— Demain... s'écria Pierre Herbin , avec un éclat de rire sauvage. Demain ! et tu ne sais rien encore... Tu connais la cause, et tu ne connais pas encore l'effet... Toujours cet homme , te dis-je; Montbard est la clé de Ténigme... Montbard n'élait pas ce qu'il paraissait être... Montbard était un noble, un émigré rentrant sous un faux nom...

— Eh! que m'importe ? s'écria le duc...

— Que t'importe?... que t'importe ? J'aime à te voir dans cette sécurité. . . Tout à l'heure , ton réveil sera plus terrible. . .

M. de Bracciano regarda Pierre Herbin d'un air stupéfait ; celui-ci continua :

— INÎontbard était un noble , un grand seigneur déguisé sous un nom de soldat... Dans ta précipitation à le faire condamner à mort, pour asseoir ton accusation capitale contre Jacques Briot, tu ne t'es pas donné la peine d'examiner

le dossier que voici... (Et Pierre Herbin montra les papiers qu'il tenait à la main.) Pourtant ces actes prouvent quel était ce Montbard... Et, maintenant, vois-tu , peut-être donnerais-tu ta fortune... pour anéantir ce document...

— Eh mon Dieu! dit le duc, avec plus d'impatience et de colère que de crainte 5 finissez , monsieur, et dites quel est cet homme... Tout ceci a déjà trop duré.

— Vois s'il n'y a pas une Providence ! répondit Pierre Herbin. Ce prétendu Montbard qui a servi de prétexte à la mort du père d'Herman... est

— Parlerez-vous! s'écria le duc hors de lui.

— Montbard. . . c'était le marquis de Souvry . . . c'était le père de ta femme ! ! . . .

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