LES LAVANDIÈRES
Les environs de Flessingue , un des ports de mer les plus considérables des Pays-Bas, sont, au printemps, comme (ouïes les* campagnes de Hollande, de la plus verdoyante fraîcheur.
Aucun accident de terrain ne vient rompre les lignes calmes et planes de ces sites monotones.
Au milieu d'immenses et grasses prairies encore à moitié inondées par les pluies d'hiver, s'élèvent çà et là quelques fermes construites eu briques. Ailleurs, un moulin à vent peint en rouge, avec son toit couvert de plomb, se détache sur un horizon de plaines bleuâtres, chargées d'humides vapeurs, ou sur un ciel aux nuages blancs et floconneux, rarement argentés par le soleil.
Vers le commencement de Tannée 1772, aux portes de Flessingue, le hasard avait présidé à l'arrangement d'une scène à la fois igrolesque et champêtre,
digne du pinceau de Breughel, de Teniers où d* Wouvermans.
Un petit ruisseau coulait au pied d'un tertre coutert d'une herbe si haute que trois magnifiques Taches blanches à taches brunes, qui la paissaient, s'y enfonçaient jusqu'au poitrail.
Un bouquet de frênes et de blancs de Hollande d'une végétation riche, touffue, dessinait ses masses verles et fraîches sur le seul coin d'azur qu'il y eût au ciel , presque entièrement couvert de grandes nuées grises aux contours lactés ;- enfin , au loin on voyait la mer, alors d'un bleu sombre et unie comme un miroir.
Velues de corsages de drap rouge et de jupes de bure brune, trois jeunes filles aux jambes et aux bras nus, agenouillées sur le bord du ruisseau, lavaient et savonnaient le linge que leur avaient confié les ménagères de Flessingue.
Rubens eût admiré la carnation rose et blanche, les cheveux dorés de ces joyeuses et robustes lavandières qui accompagnaient leurs chansons du bruit mesuré du battoir.
A chaque pas des vaches dans les hautes herbes, les clochettes de cuivre qu'elles portaient au cou tintaient légèrement ; de temps à. autre, au lieu de paître elles poussaient un vagissement plaintif enfournant la tète du côté de la ville avec une sorte d'inquiétude.
« Berthe est aujourd'hui en retard , ses vaches l'appellent, dit une des lavandières; puis, regardant autour d'elle, elle ajouta :
— Tiens, où est donc Follette, sa génisse noire?
— Est-ce que cette capricieuse petite bête peut