‹ Deux homonymes du XVIIe siècle:Chapitre 10 sur 17 · PAR MONSIEUR DF. MAVNAUD · texte numérisé non relu

PAR MONSIEUR DF. MAVNAUD

Cette Ode qui figure à la table du Recueil dea plus beaux vers de 1630, manque à un très grand nombre d'exf mplaires, pour ne pas dire à tous les exemplaires, elle a tUé remplacée par un carton qui contient une pièce et deux sonnets signés du May, (seigneur de Saint-Aubin), et des stances non signées ■• Eloigné de ces lieux où mon inquiétude. »

Cette suppression a probablement été ordonnée en cours d'impression par Richelieu, car on ne retrouve pas cette ode dans l'édition postérieure (Je J638-1fi42, pas même dans les Œuvres de Afai/nard, 1640, in-i".

Tout beau, vieux Tyran de Savoie, Tu mets tes enfants dans la voie (^u du servage ou du tombeau.

Et les excès de ta fnji ?

S'en vont allumer un flambeau, A brûler toute l'Italie.

L'aveugle fureur qui t'agite Veut le désordre et sollicite Toutes les pestes des Enfers ; Je vois ton sort, il se découvre, Tu dois passer cbargé de fers Dessous les fenêtres du Louvre.

C'est en vain que tes injustices Cherchent l'ambre des artifices, Mon roi n'en sera pas déçu ;

Ce prince, le soleil des princes

Sait que ton esprit est bossu

Plus que ton cor[>s, ni tes provinces.

■Te l'avoue, il est véritable.

Le cœur de ce Mars est traitable.

Mais quel autre est si généreux V Il se fâche qu'on le provoque, Et tu sais bien qu'il est heureux A briser tout ce qui le choque.

Mets bas l'insolence et les arau^s, Et te laisse flatter aux charmes D'une ferme tranquillité, La douceur où je te convie Est propre à la débilité De tes peuples et de ta vie.

Tu connais que les destinées Filent tes dernières journées Et tu ne vomis (jue poison.

Celle sans bruit à la nature, Et ne combats plus la raison Sur le bord de ta sépulture.

Desprens-toi de celte espérance Qui te dit que malgré la France Tu pourras demeurer debout, Ne souffre plus qu'elle t'abuse, Notre grand monarque est partout Aussi gMierrier que devant Suze. (1)

(1) Le 11 mars 1629, Louis XIII force le Pas tle Suze et Sainl-Amanl l'crit « le Gobbln ». sur l'ordre, dit-il, de Richelieu. Le 28 avril 1629, Louis XIII repasse les Alpes, i-l à la lin du mois de mai 1629, Richelieu va rejoindre le roi dans les Gi'vpnnes..

Voici le (' Oolihiii •< de Saint-Ainaiit :

Enfm le petit Rodomont

Se volt de nos armes la proie ;

Nous avons détruit le Piémont

Kt rafflé toute la Savoie.

Ses oncles sont roirnés si courts

Tes monts ont beau porter leurs faîtes Près de l'air qui fait les tempêtes Tous leurs abords nous sont connus, Nous irons punir tes menées Quand mêmes ils seraient chenus De la nei^^e de cent annres.

Bien qu'ils soient pleins do précipices, Kt qu'on y souffre les malices Des vents les plus séditieux, Xous en faisons nos galeries, Kt leur glace plaît à nos yeux Comme les Heurs dos Tuil /ries.

La couronne d'une victoire

Qui coûte peu, n'a point de gloii-e

Dont nos courages soient llattés,

Kt l'honneur qui nous accompngne,

Nous empêche d'être arrêtés

Ni de fleuve, ni de montagne.

C'est l'Espagnol que tu consultes Qui te pousse dans ces tumultes, Ta fureur vient toute de lui :

Mais vois l'orage qui s'apprête, Kt prends garde que cot appui Penche pour l'écraser la léle.

(Ju'à la houle tln beau sfcours F.l de rKmpire el de rKspaiîiis.

r.c roi des Alpes aiijoiiril'liiii Ne possède aiiciiin' iiio;ita>;iie Que relit' qu'il | nrlc sur lui.

A \oir s;i i^ibbe, on le pi'i-ruli'all

l'ouf un avoiioM «l'Hucflade,

Oui, uu'llaul iiioul sur ruoul. vuiulralt

l'iésenler aux cieux l'escalade.

Mais, eu l'éUl de jiauvrelé

OÙ l'a \\:^'^^Ù\, su vuuiU',

Ce tigre a dés fraiides sans nombre,

Ceux qu'il a couverts de son omltre

A la fin il les a trahis,

Et quelque secours qu'il t'envoie

Il ne regarde tes pays

One comme sa future proie.

Il est grand, sa puissance est forte, Et les divers sceptres qu'il porte Font bien loin révérer ses lois, Mais sera-t-il ce qu'il veut être Tant que l'Europe aura des rois Dont il ne sera pas le maître ".'

L'amliition (jui le di'-vore

Lui persuade que l'Aurore

Est voisine de l'Occident,

Il court les terres et les ondes,

Et son désir le plus ardent

Est de chercher de nouveaux mondes.

Mais où que son orgueil aspire, Ce n'est pas contre cet empire Qu'il lui faut tourner ses efforts.

S'il ose en menacer les calmes Le Tage verra tous ses bords Pleins de nos lys, et de nos palmes.

Qui cliange sa fête en vinile, Sous ce tertre de chair et d'os On dirait d'un pueiix qui tait gile La besace dessus le di>s.

Il s'est retiré dans un val Avec luie mesquine troupe.

Qui soit à pied, soit à clieval, A toujours le malhetn- en croupe.

Cependant son l'este d'orgueil N'est pas mis encore au cercueil, Quelques discours qu'on en fagolle.

Soldats, il faut s'en dtfier ; Je pense qu'il porte la hotte Afin de se fortifier.

A quelque fortune qu'il monte Nous le mettrons ave^que honte Au rar.'pf des petits pot -ntals, r,t irabonl il nous e t facile Do lotranchor de ses états Milan, Naples et la Sicile.

Où (|iie notre valeur se montre

Peut-elle faire de rencontre

(Jui ne soit conforme à nos vo'ux,

A celte heure que la Discorde

Dans ses elTroyahles cheveux

N'a plus de serpent qui nous morde ?

La France n'est plus divisée, i'ia frénésie est apaisée, Ses mutins sont tous renversés, Aucun trouble ne l'importune, Et ses voisins sont insensés S'ils ne respectent sa fortune.

O iniinstn- lail lîii liinaroii.

Dont raiidace iiViit point de honips.

It'iiiiH ridicule fai;oii

Vetil <»nco;'e nioiiUvr le-; corne-;.

!l ranipp, il bavp do dépit,

M s'allonge el se racrini|iit,

Traîne sa voùle, s'évei-lni',

Kt, comme il es-l lier <i ruse,

ï-"0 is nos pieds l'ei-a 1 1 torine

.Iiisqn'i ce ipi'il soil éciasé.

Poni- défen lie so i pen de iiieii tloiétie I.' urand sire de^ Canli s, Ainsi qu'un cliat devant un eliien.

Il l.o.ilTe el hausse les épauli-s.

Depuis I lus de se| laide hivers, Il aspirait à l'univers, Aiilivmenl la ronde machine ; Mais il montre à tous les humaine Que, po'ir lavoir dessus réchine, Ou ne l'a pas eiilri' les inaiiis.

Les fortes murailles des villes D'où sortaient nos rages civiles Sont ouvertes de toutes parts, (1) Et l'on trouve à peine les marques ]'e ce grand nonihre de remparts Elevés contre nos monanjues.

Louis a tout riieur qu'il désire, Le Ciel ne cesse de lui rire, Il en "st chèrement aimé, Et les l)ieu.\ sciaient en colèie Si les Destins avaient formé LTne loi qui put lui déplaire.

Où iju'il marche, tout lui fait place.

Ses lauriers naissent danb la glace Des plus incommodes hivers :

(1) Le 28 juin 1629, Louis XIII do:iiie à Alais l'édit de grâce, reprend le 26 juillet la route de Paris, et le 20 aoùl Richelieu se rend à Montauban, pour s'assurer par lui-même delà démolilion des murailles de cette seconde capiUtle du protesliuitisnie. Le Caidinal est de retoui- à la coiu- le li septemljre 1629.

Enfant d'Esope malheureux, Voilà que c'est que de la gloire, Voilà comme un sort rigoureux Change notre fable en histoiie :

La montagne accouche- d'un rai.

Vous écumerez en vénal D'être en butte aux tiaits que ju lire. Farce, tirons donc le rideau ; Des bosses il ne faut pas rii-e :

Chacun porleia son faidea'.i.

Nous t'ii iiiiurrion> faire fui-agei' Le double sommet du Parnasse, Même j'y vois plus d'un danger.

Et Cybèle nous en menace.

Son chai', dû di'ux nobles li(jn.N L'un .'i l'autre nnns allinns.

S'csl alh'N' de druinadaircs :

Ellr roule en gloln- dessus, Et de cailloux orbiculaires Eroade déjà poiu' les bossus.

— liu —

Au vent dont sa barque est poussée La conquête de l'Univers Doit faire toute sa pensée.

Grand honinio, le plus Li,rand des lionimes,

Et sans qui IKtat où nous sominos

Se verrait encore affligé,

Richelieu, Ijutte à cette guerre (1)

Ton esprit est trop peu chargé

S'il no soutient toute la terre.

(1) L': 21 iiovi'inbre Iti'il, Uidielieu iiarl du l'aiis avw la Commission ili- LieuliMiaiilflériéral des Armé»-'; du Iloi en PiémonI, ayanl sous ses oi-dres directs les niaiveliaux de Citkiui, de S'IiontïbtTu et de la Force. C'est don'- en décembre 1i>2!» ou janvier KïlO i|ue Maynard a écrit cette pièce, |iuisr|u'il n'y a aucime allusion aux lAéncmenls de la guerre i|ui allait commenct-r.

I^'i nMrt di- Cliarli's-Knuiianui'l. qui porlail depuis cuicjuanle ans, L'iSO-KkW, la rouronn*' ducale di* Savoie cl de Piémont, arrivée le 2ri juillet 10:«), explii|ue d'aul.nid plus facilement que nidielieu ail voulu laiie disparaître I (Me de Maynard et le Cobhiii de Saint-Amtrd. que le canliiial i-spéiail altirei' dans lalliance liançaise le nouveau duc VI toi-Am-dée. maiié axe. CIni-lniode France, lille de Henri IV et -o,-ur de Louis XIII.

Pièces nouvelles de Monsieur de Maynard. Tolosô. 1638 in-16.

KPIGRAMME.

Tu penses avoir rafliné

L'art d'écrire de bonne grâce,

Et prétends être couronné

Du plus Jjeau laurier du Parnasse,

Défais-toi de ta vanité,

Prends des sentiments légitimes,

Euterpe est une Déilé

Qui ne veut point de tes victimes.

Le Dieu qui montre aux yeux de tous Ce que la Coquette demande, Robin ne i^arde plus nos chous Que pour t'en faire une guirlande.

ÉPIGRAMME

Pierre estime qu'il aurait tort D'appréhender la sépulture, Et que son livre est assez fort Pour vivre autant que la nature :

Il dit qu'on n'admire que lui Et que ses vers sont aujourd'hui Les plus doux que la France lise, Je pense que le confiseur Dont ils couvrent la marchandise Jjeur a donné cette douceur,

Nouveau recueil de divers rondeaux, Paris, 1650.

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