ACTE 11, SCÈNE lli
C’est là que je soupe depuis trois semaines... mais si celle maison décline, j’irai ailleurs...
ALEXANDRE
Monsieur, je ne connais pas de race plus ingrate que la race restaurante.
CÉSAR
nt la race habillante !
ALEXANDRE
Et la race ^^alante !... On se ruine pour ces gens-là !... on les enrichit !...
CÉSAR
Et au lieu de vous taire une pension, ils ont le front de vous demander de l’argent ! ^
ALEXANDRE
Il faut avoir celui de ne pas leur en donner!... ce qui est lacile... quand on n’en a plus!
CÉSAR
Ils m’ont dévoré quatre cent mille francs, Monsieur!
ALEXANDRE. '
Et à moi six cent mille. Monsieur !
CÉSAR
Et avec ça point de parents!... pas la moindre succession !
C’est comme moi'... El je ne suis bon à rien !... Etes-vous bon à quelque chose, vous ?
CÉSAR
Moi?... Â rien du tout I
ALEXANDRE
C’est dans celte situation perplexe qu’une femme m’est apl^rue!... une femme vertueuse. — Ce qui m’a lait dire ; Ah!
CÉSAR
Un ange de tldélité 1 ce qui m’a fait dire : Pas possible !
ALEXANDRE
Sa froideur m'a incendié !... j’en suis fou !
CÉSAR. ’ >-
J’en suis toqué !...
ALEXANDRE
Et comme je me suis aperçu que vous étiez le seul obstacle à mon bonheur !
CÉSAR
Comme j’ai observé que sans vous je pourrais être un mortel assez fortuné...
ALEXANDRE
Je me suis dit ; 11 m’cccira ou je l’occirai.
CÉSAR
Je me suis dit : Il faut qu’il me supprime ou que je le supprime.
PEUX [JONS RÂPÉS.
âO
AI.RXANORE.
Ainsi, mon cher, le jour va hienlôt paraUro... Votre )tisloloi est-il charg»^?
CéSAII.
Comme un mulet !
AI.BXANDRE. ••
Le mien aussi... Ah !...
CÉSAR
Quoi?
ALEXANDRE
Dites donc un peu... si nous allions nous blesser tous les deux?
CÉSAR
Ça s’est vu!... même que nous nous tuio... que nous nous tuiô... que nous nous tuions tous les deux !...
ALEXANDRE
(’e serait bête !... Eh bien ! je crois que ça peut s’arranger.
Arrangeons.
ALEXANDRE
Voici le moyen : nous laisserons un seul pistolet chargé à halle... et nous tirerons à bout portant !
CÉSAR
Ça me va!... tout me va!... il n’est rien qui ne m’aille !
ALEXANDRE
Ça m’aille aussi !... Et je vas retirer la balle du pistolet !
CÉSAR
Vous le voulez; c’est dit : je retire la balle de mon pistolet.
ALEXANDRE
Après ça, nous mêlons les deux pistolets... nous les déposons dans un coin... nous allons en prendre chacun un au hasaiil, «d nous en finissons tout de suite!
CÉSAR , à part.
J’extirpe la balle de mon! pistolet, il laisse la balle dans le sien... nous mêlons... Ah! j’ai le front brûlank... eh! eh! eh! c’est drôle ce phénomène... la fraîcheur fait descendre l’esprit de vin dansJes thermomètres, et dans les hommes, ça le lait monter... Pourquoi ça? — Il faut que je demande à un opticien !
ALEXANDRE
Voici la balle !
CÉSAR
Voilà le plomb !
ALEXANDRE
Y êtes-vous?
Avec plaisir !
ALEXANDRE
Ces imbéciles qui coupent les arbres, ils laisseni toujours des chicots !
AOt lI.SCliNI-: III.
CtSAH.
Ail! Dieu! en ai-je rencontré de ces cliicots !
AUiXANDnK.
Mettons nos pislolcts-là par terre !
céSAR.
(la y est !
ALEXANDRE
Et puis mêlons.
CÉSAR
Mêlons !
ALEXANDRE
Maintenant tournons!...
A pi'ésent, cherchons !
ALEXANDRE
Sapristi !... je vois trente-six mille chandelles!
CÉSAR
J’ai le bourdon de Notre-Dame dans les oreilles !
ALEXANDRE
Si nous n'allions pas trouver à présent !
CÉSAR
Oh ! que si ! — Ah ! j’en tiens un !
ALEXANDRE
A moi l’autre ! {Il le prend.)
CÉSAR
Ah ! ah ! voilà le moment décisif.
ALEXANDRE
Vous avez mon billet à la dame ?
CÉSAR
Oui... vous avez le mien?
ALEXANDRE
Parfaitement !
CÉSAR
Le vainqueur enverra la lettre du défunt!
Convenu... et maintenant...
CÉSAR
Aimons!
ALEXANDRE
C'est fait !
CÉSAR
Appuyez voire arme sur ma poitrine.
ALEXANDRE
tt vous la vôtre sur la mienne !...** [Ils cherchent, finissent par se tourner le dos et appuient leur pistolet contre un arbre.)
CÉSAR
Là!
* Cé«ir, Alexandre, le garde cnduriiii au fond.
*' Alexandre^ le garde eiidoruii, Cuéri.
ALEXANDRE
Là!
CÉSAR , à part.
Il ne me louche pas, tant pis pour lui!
ALEXANDRE
Je ne sens pas son pistolet, tant mieux i)our moi !
CÉSAR
Feu!... {llf tirent.)
ALEXANDRE, à part.
Je l’ai tué !...(/! se sauve à pas de Imip par la gauche.) CÉSAR , à part.
Il est mort! {Il se sauve du côté opposé.)
SCEIVE IV.
LE G.\RDE , s'éveillant à demi.
Qu’est-ce que c’est que ça!... il me semble que j’ai entendu éternuer!... non. ..ce nW rien 1... Je faisais un si beaurôve!... j’étais changé en chien... et je poursuivais un chevreuil, j’allais même lui mordre les pattes... Mais il ne fait pas encore jour... je vas tâcher de le rattraper!... {Use rendort.)
SCEME V.
ALEXANDRE, LE GARDE, endormi.*
AI.BXA.NDRE.
Non!. ..je ne peux pas m’en aller commeça!... tuer un homme quand on n’en a pas l’habitude... je n’aü rais jamais cru que i;a me fit cet effet-la! Mais il respire peut-être encore... il faut m’en assurer !... et s’il y a moyen de lui porter secours!... {Il clierche.) Où diable est-il allé tomber?... Monsieur?... Monsieur!... il ne répond pas!... {Il cherche.)
«ICEVE Vf.
LES MÊ.MES, GÉS.àR.
CÉSAR
C’est plus fort que moi!... j’ai des remords!... avoir à se reprocher le massacre d’un homme !... après ça. je ne l’ai peutêtre pas tué roide, et si je pouvais le secourir !...i[/I appelle bas.) Eh ! Monsieur?
albxandre.
N’est-cepas lui qui m’appelle!... (Se heurtant contre le garde.) -Ah ! le voici \{ll le soulève.)
* Alexandre, le garde endornù.