ACTE I, SCÈNE
n.OULTTE.
Si 011 se baltait pour de pareils désagréments ! Une lois nous étions trois pour la même stalle.
ROSINE
Non ! c’est qu’Eugénie s’effraie de tout 1
n.ORETTE.
Ça tient peut-être à son système nerveux !... Oepuis ([uelque temps elle est triste et hypocondre !
EUGÉNIE
Moi !... non !... Tu te trompes !
ROSINE
Tu as beau dire , Florette a raison.
FLORETTE
N’est-ce pas, Rosine, tu l’as remarqué aussi ?
ROSINE
Certainement !... et je ne sais pourquoi, car enfin nous ne sommes pas jalouses, mais tu as plus de bonheur que nous !... Il y a deux ans , nous étions de pauvres petites lingères à l’enseigne des Trois Soeurs... sans soutien, sans famille, (lu’un parent très-riche qui ne pense guère à nous !... lorsque tu captives tout à coup un honnête négociant , qui t’épouse , qui ne te refuse rien !
FLORETTE
Qui , tous les ans , dans la belle saison , te fait voyager avec lui pour ses affaires... %
ROSINE
Et qui , dans quinze joure , doit nous conduire tous les trois au Havre !...
FLORETTE
Oh ! Dieu ! comme je me réjouis de barboter dans la mer... Je nageotte ! ,
ROSINE
Il s’est bien présenté des maris pour nous, mais tous des hommes d’un certain âge 1
FLORETTE
Et moi, je n’aime pas les hommes d"un certain âge !
ROSINE
Ni moi !... non pas parce qu’ils sont vieux !
FLORETTE
Non !... parce qu’ils ne sont plus jeunes !
ROSINE, O Eugénie.
Et tu n’es pas gaie, tu n’es pas heureuse ?...
EUGÉNIE
Si fait!... je rends justice â monsieur Saint-Pomard , j’obtiens tout ce que je désire, excepté une chose, pourtant : c’est de changer de quartier... et voilà ce qui me chagrine !
FLORETTE
Mais, ma chère amie, c'est qu'il est là au centre de ses affaires... Et puis, est-ce que ton appariement n’est pas agréa-
A DEUX LIONS UAPÉS.
ble, vasle, commode, avec deux expositions, Tune au nord, l’autre au midi.
EUGÉNIE
Sans doute !... mais une maison qui donne sur deux rues... on a une foule de voisins curieux qui espionnent ce qui se passe chez vous !
FLOnETTE.
Mais j’aime assez les voisins !
HOSINE.
Pas les voisines, par exemple, c’est bavard, indiscret, cancanier.
EUGÉNIE
C’est égal !... celte maison me déplaît, cl si vous étiez gentilles, vous m’aideriez à décider mon mari. {Bruit au dehors.)
nosiNE. *
Qu’cst-ce que c’est que ça?... Du bruit au contrôle !
EUGÉNIE
Ah ! mon Dieu ! la discussion qui s’anime !
FLOHETTE.
Mais c’est donc un enragé que ce monsieur du coupon ?
EUGÉNIE
Oh! allez voir!... allez v#ir, je vous en prie!... moi, je n'ai plus de jambes!
KOSINE.
Eh bien, assieds-toi là... nous revenons dans un instant. ENSEMBLE.
Air : Oui, nous pourrons ^espère.
FLORETTE et ROSINE.
Va, ne crains rien, ma chère.
Dans un moment,
Nous saurons de l’ail’aire,
Le dénoûment.
EUGÉNIE
Allez vile, et j’espère.
Dans un moment,
. Savoir de cette atTaire
JjC dénoûment.
[Florette et Rosine sortent par la droite .)
ACTK (, SŒNE ili.
Iir.
ALEXANDRE, EüdÉNIE, CÉSAR.
EUGÉME, seule, assise sur la banquette.*
Mon Dieu ! quelle sottise d’être impressionnable comme ça. . Je tremble à ne pouvoir me soutenir. (C’^sar parait à dnnte. Alexandre à gauche.)
CÉSAR, impétueusement.
Oh! laissez-moi bénir cette occasion aus.si propice ((u’inopinée !
EUGÉNIE, poussant un cri.
Ah!
ALEXANDRE
Enfin, je puis donc contempler de près votre face adorée !
CÉSAR, déposant une lettre sur la banquette.
Lisez ce petit mot! tout mon cœur y est inclus !
ALEXANDRE, de même.
Ceci vous révélera tous les feux de mon ùme !
CÉSAR
Tiens!
Tiens!
ALEXANDRE
ENSEMBLE
CÉSAR et ALEXANDRE, à part.
Air : Fidèle à la prudence.
On autre! en ma présence!
Ah ! jen suis interdit !
Tout interdit !
Mais point de violence !
Et cachons mon dépit !
Ah ! c’est vrainjent ! Outrecuidant !
El GÉNIE, à part.
One telle insolence !...
Ah! leur amour maudit !
Oui, bien maudit !
A ma triste existence.
Ne laisse aucun répit.
Ah ! c’est vraiment Impertinent 1
•Alexandre, Eugénie, César.
DEUX LIONS KAPÉS.
Ai.RXAifKBF., d part.
C’est lui, dans le cœur de cet ange,
Qui, j'en suis sûr, me fait «lu tort.
Je le vois à son air étrange,
C'est bien lui, mon rival du Nord !
CÉSAR, à part.
Sans avoir jamais vu sa mine,
Je le reconnais aujourd’hui.
Un rival toujours se devine.
C’est bien mon homme du Midi !