ACTE I, SCÈNE IV
eiTGéMIB.
* Do quoi ?... ah ! si vous connaissiez ma position !
FI.ORETTE.
Il y a donc autre chose?
F.UCÉ.NIE.
Au fait... ça me p('*se... depuis trop longtemps!. . je vous dirai tout! ^
FLORETTB.
J’écoute î
Nous écoutons!
ROSINE
FLOBETTE.
Parle!
Oh ! parle!
Quand vous aurez lini !
Voilà!
J’v suis!
ROSINE
EUGÉNIE
FI.ORETTE.
ROSINE
EUGENIE.
Vous ignorez pourquoi je ne puissoulTrir mon appartement, avec les deux expositions?
FI.ORETTE.
Oui.
ROSINE
Oui.
EUGÉNIE
C’est à cause de deux hommes!... qui ont de grandes moustaches, de grandes barbes, de grands favoris !..
FLOBETTE.
Deux lions, deux jeunesse dorée!
EUGÉNIE
Ils sont elfrayants ! .
ROSINE
Chacun son goût.
FLORETTE
Je ne méprise pas les barbus !
ROSINE
Eh bien, ces deux lions?...
EUGÉNIE
Il y en a un au nord et l’autre au midi, en face de mes fenêtres î
FLORETTE
OÙ est le mal?... ça vaut mieux qu’un mur avec des jours de souffrance!
Depuis trois mois, tous les deux me font des signes !
DElJXiLIONS RÂPÉS.
FLORETTE
Ahîahl
ROSINE
Oh! oh!
EUGÉNIE
Et si encore ce n’était que ça... mais ils me suivent partout !
FLORETTE
Sont-ils gentils?
EUGÉNIE
Je ne pourrais pas trop vous dire...
Air de Ma tante Aurore,
Leur figure est un peu sauvage,
Leurs traits n’ont rien de gracieux,
C’est un pelit bout de visage Au milieu d’un tas de cheveux !
Leur aspect que je trouve horrible,
]\”est pas fait pour m’en inspirer.
Ils sont beaux, dit-on, c’est possilile.
Je ne veux pas les dénigrer ;
D’autres peuvent les admirer,
On peut même les adorer.
Mais dans un bois [bis], je craindrais de les rencontrer.
ROSINE
Et ils ont eu le front de te parler?
EUGÉNIE
Us l’ont eu !
FLORETTE
Us sont d’une témérité! avec les femmes mariées!...
EUGÉNIE
Au spectacle, au concert, partout, et malgré la présence de mon mari, il m’arrive souvent d’entendre une voix qui me dit tout bas ;... C’est moi !... ne soyez pas méchante !
FLORETTE
Je voudrais bien que cela m’arrivât âmoü... le lion verrait...
ROSINE
Je le recevrais bien !
EUGÉNIE
Ce n’est pas tout!... ils ont osé m’écrire !
Quand ça ?
EUGÉNIE
Tout à l’heure!... â peine m’aviez-vous quittée qu’ils sont
ACTK I, SCÈNE IV. 9
apparus!..., toujours l’un au nord et l’autre au midi!... etcliarun a déposé son billet!... Tenez, les voici!
ROSINE
Donne... {Elle en prend un.)
FLORETTE
Nous allons voir... (Elle prend l'autre.)
ROSINE
En voici un qui fait des pattes de mouches... il doit être clerc d’avoué.
FLORETTE
Celui-ci fait des pattes d’oie... il doit être dans la banque !
ROSINE, lisant.
« Madame! » (Parlant.) Madame... vois-tu, il sait que tu n’es pas demoiselle, et il a l’audace!... Ces femmes mariées, il n’y en a que pour elles !
FLORETTE
Va toujours ! ’
« Madame, vous n’avez daigné répondre à aucun de mes signes !... »
FLORETTE
Tiens, comme si on était des télégraphes !
ROSINE
« El j’ai depuis hier l’explication de vos dédains. 11 parait » que de l’autre côté de votre appartement, au midi, il y a un » quidam qui vous fait des mines à travers scs carreaux ! Ce » n’est pas à travers des carreaux que je vous fais des si- » gnes, moi; je ne suis pas frileux, moi!... Si je m’enrhume, » ça m’est égal, à moi !... J’ai assez de teu dans le cœur pour
» n’avoir pas froid, moi! Décidez de mon sort! Si je
» n’ai pas de réponse , vous n’entendrez plus parler de » moi !... Votre voisin du nord !... «— Pas d’autre signature !... 11 est drôle avec son rhume.
FLORETTE
Écoutez celle-ci à présent. (Lisant.) « Madame ! » (Parlé.) L’autre scélérat sait aussi que tu es mariée... il parait que ça les attire.
ROSINE
Va toujours !
FLORETTE, Usant.
*t Madame, j’ai été enrhumé, et voilà pourquoi , depuis une » semaine, mes fenêtres sont fermées; mais malgré la fièvre » qui me dévore, le désir de vous voir. Madame, me tient collé » à mes carreaux. Et pourtant j’ai un rival. Madame! car il y » a huit jours, à travers vos deux croisées ouvertes, j’ai vu » dans la maison d’en face, au nord , un homme que je n’ai » pu bien distinguer, et qui , au moment où vous avez fermé » la fenêtre, de son côté... a ôté son cigare pour vous envoyer » un baiser !... Quand vous êtes venue fermer l’autre fenêtre, » qui fait face à la mienne, Madame, vous avez dô remarquer
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» mon désftspoir. Madame! Je vous ai montré un poignard, » Madame ; el si vous repoussez mon amour, ce poignard, Ma- » dame, me délivrera d’une existence à jamais décolorée... » Votre voisin du midi. » Pas de signature !
ROSINE
Ils sonls amusants tous les deux!
EUGÉNIE
Vous voyez si j’ai raison d’être tourmentée... mais mon parti est pris!
FLORETTE
J’espère que tu ne vas pas montrer ces lettres à ton mari?
EUGÉNIE
Oh! Dieu !... ça occasionnerait peut-être deux duels! Je frissonne rien que d’y penser!... Non, je veux prier Saint-Pomard d’avancer l’époque de notre voyage au Hêvre ; quand ces deux insensés ne me verront plus ils deviendront plus raisonnables!
FLORETTE
Oui !... ils s’adresseront à d’autres !
Voici ton mari !
SCEIVE V.