‹ Deux livres de comptes du Cardinal Fesch, archevêque de Lyon [microform]Chapitre 23 sur 23 · LA TOILE D'APPIANI · texte numérisé non relu

LA TOILE D'APPIANI

Dès la première campagne de Bonaparte en Italie (1796), soit h Milan, soit au cliâteau de Mombello, Joseph Fesch avait rencontré André Appiani et visité son atelier. Cet artiste de talent, né le 25 mai 1754, était déjà célèbre, quand Tétat-major français se prit pour lui d'une admiration instantanée et le mit à la mode ; le général se fit portraicturer; ses lieutenants l'imitèrent à l'envi. L'oncle, que de fructueuses opérations dans les fournitures militaires commençaient à peine d'enrichir, dont les goûts artistiques naissaient; remit à plus tard ce plaisir ; il attendra une situation plus haute, la pourpre romaine et sa promotion de grand aumônier de la cour impériale.

La fortune et la renommée du peintre suivront aussi une marche ascendante ; il fut associé à Bertholet, en qualité de commissaire, pour se rendre à Venise et y choisir dans les églises les tableaux, les marbres et les bronzes destinés au musée du Louvre ; le 7 mai 1803, il est élu à l'Institut, membre de l'Académie des Beaux-Arts ; deux ans après; il est nommé premier peintre de l'empereur avec une pension annuelle et viagère de 6.000 francs. Les offres privées, comme les commandes officielles affluent chez lui ; il annonce, dans le cours du printemps de 1804, au cardinal son futur client et admirateur, qu'il est occupé à peindre un grand bas-relief tout autour du salon du Gouvernement, où il représente les trois époques de la République italienne. « Ce gros homme, à la figure bourgeonnée, à la grosse tête, aux yeux un peu petits, noirs, avec de l'expression », comme dit le général Desaix, était à sa manière un triomphateur heureux.

Pendant le séjour de Napoléon à Milan, pour son couronnement comme roi d'Italie, l'archevêque de Lyon, qui l'avait accompagné, eut l'occasion de revoir fréquemment celui dont il ambitionnait depuis assez longtemps de posséder une œuvre remarquable.il lui en exprima le désir et les pourparlers furent courts ; avant que Fesch ne reprit la route du Quirinal, la commande était conclue, le prix débattu, la pose réglée et même les grandes lignes de la toile amorcées. Quelques fragments de correspondance inédite du prélat à son peintre permettront, mieux que nous ne saurions le décrire, de se retracer la genèse de l'œuvre.

Fesch à M. Appiani à Milan

25 Thermidor an XIIÏ (13 août 1S05).

J'ai lu avec un grand plaisir votre lettre qui m'a été remise piir M. Erintani. Je suis enchanté d'apprendre que votre famille jouit d'une excellente santé. Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour ledit Monsieur.

Je vous aurais déjà expédié le rochet à grands ramages, mais j'ai trouvéque mon valet de chambre l'avait laissé à Paris. Cependant je vous en enverrai un autre à la première occasion.

Faites agréer à toute votre famille les sentiments de mon estime et de mon attachement.

Fe^ch à M. Appiani

13 novembre 1805.

Je vous envoie le rochet,que vous m'avez demandé pour achever de peindre mon portrait, par mon courrier Antoine Taner que j'expédie à Milan. Vous pourrez lui remettre le camail, s'il vous est inutile puisque je n'ai pas trouvé à Rome de drap écarlate de la même teinte de couleur qui puisse aller avec la soutane et la mantelette.

Je vous prie de vouloir bien faire agréer mes compliments à votre respectable épouse et à vos enfants.

Viendrez-vous à Rome ? La saison est bonne et |e serais content de vous y recevoir et vous ne doutez pas de mon attachement et de mon estime.

Fesch à M. Appiani à Milan

18 janvier 1806 J'ai reçu votre lettre du 24 novembre; je vous envoie un bon de 6.000 francs sur mon fondé de procuration à Paris, pour les travaux que vous avez entrepris pour moi, en attendant qu'ils soient finis et que vous m'ayez rem s votre compte. Le courrier Taner me remit avec votre lettre les deux miniatures. Je vous prie de faire agréer à M™e votre épouse et à vos enfants mes compliments. J'espère de vous revoir à Milan avant la fin de mai. Recevez, etc.

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M. Appiani peintre à Milan (1)

II juillet 1807.

J'ai reçu votre très aimable lettre du 30 juin. Je n'ai pas encore de nouvelles des deux tableaux que vous m'avez expédiés, le grand et l'autre pour M^e Cosway ; vous me ferez plaisir de m'expédier l'autre qui sèche parce que je l'ai promis.

Ne m'envoyez pas la soutane ; elle pourra vous servi r pour de semblables tableaux ; je vous prie seulement d'expédier la toile par le courrier de Son Excellence Marescalchri.

J'ai parlé en son temps de ce dont vous m'aviez chargé et j'ai été surpris en voyant que c'était une affaire terminée.

Je vous prie de faire agréer mes sentiments à toute votre famille et d'être convaincu de toute mon estime et de mon attachement.

L'œuvre intéressante de l'artiste milanais est revenue au palais archiépiscopal ; elle occupait sa place, dans la galerie de nos prélats, organiséepar Monseigneur de Bonald ; elle orne aujourd'hui la salle à manger du cardinal Maurin dans son asile de Fourvière.

Quant au portrait offert à M™» Cosway, nous ignorons ce qu'il est devenu, aussi bien que le nom du destinataire de la troisième toile nous échappe.lM™» Cosway, née à Florence, femme d'un miniaturiste anglais fort réputé, miniaturiste elle-même, liée avec M"e Letizia Bonaparte, avait été appelée dans notre ville par le cardinal Feschet, grâce à ses instances, installée au Palais Saint-Pierre comme directrice d'un pensionnat de jeunes filles. L'essai et la bonne entente avec la municipalité durèrent peu : l'école fut transportée, si je ne me trompe, à l'ancien couvent des Carmélites et, en septembre 1809, au premier étage de la maison Billion, dans la cour des Feuillants ; mais bientôt accablée de déboires, la fondatrice se retira à Lodi, où elle ouvrit une nouvelle maison pour les jeunes filles anglaises ; elle y mourut en 1821 et peut-être trouva-t-on, dans son héritage, le tableau qu'elle avait reçu en don du Primat de Lyon.

(1) Cette lettre a été écrite en italien, nous l'avons traduite de notre mieux.

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M. Appiani peintre à Milan (1)

11 juillet 1807.

J'ai reçu voire très aimable lettre du 30 juin. Je n'ai pas encore de nouvelles des deux tableaux que vous m'avez expédiés, le grand et l'autre pour M^e Cosway ; vous me ferez plaisir de m'expédier l'autre qui sèche parce que je l'ai promis.

Ne m'envoyez pas la soutane; elle pourra vous servir pour de semblables tableaux; je vous prie seulement d'expédier la toile par le courrier de Son Excellence Marescalcliri.

J'ai parlé en son temps de ce dont vous m'aviez chargé et j'ai été surpris en voyant que c'était une affaire terminée.

Je vous prie de faire agréer mes sentiments à toute votre famille et d'être convaincu de toute mon estime et de mon attachement.

L'œuvre intéressante de l'artiste milanais est revenue au palais archiépiscopal ; elle occupait sa place, dans la galerie de nos prélats, organiséepar Monseigneur de Bonald ; elle orne aujourd'hui la salle à manger du cardinal Maurin dans son asile de Fourvière.

Quant au portrait offert à Mmecosway, nous ignorons ce qu'il est devenu, aussi bien que le nom du destinataire de la troisième toile nous échappe.'Mme Cosway, née à Florence, femme d'un miniaturiste anglais fort réputé, miniaturiste elle-même, liée avec M^e Letizia Bonaparte, avait étéappelée dans notre ville par le cardinal Fesch et, grâce à ses instances, installée au Palais Saint-Pierre comme directrice d'un pensionnat de jeunes filles. L'essai et la bonne entente avec la municipalité durèrent peu : l'école fut transportée, si je ne me trompe, à l'ancien couvent des Carmélites et, en septembre 1809, au premier étage de la maison Billion, dans la cour des Feuillants ; mais bientôt accablée de déboires, la fondatrice se retira à Lodi, où elle ouvrit une nouvelle maison pour les jeunes filles anglaises ; elle y mourut en 1821 et peut-être trouva-t-on, dans son héritage, le tableau qu'elle avait reçu en don du Primat de Lyon.

(1) Cette lettre a été écrite en italien, nous l'avons traduite de notre mieux.

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