ACTE I, SCÈNE IX
LA MARQUISE; allant à Mouillebec avec empressement.
Mon ami, voulez-vous me rendre un grand, un éminent service?..
MOUILLEBEC.
Parlez, Madame la marquise 1 %
LA MARQUISE
Mon fils part dans un instant pour Paris... vous allez l’accompagner!
MOUILLEBEC, stupéfait.
Moi? aller à Paris!
MONTDÉSIR ? à part, montrant sa lettre.
Tiens!., j’ai envie d'ajouter un post-scriptum pour le précepteur!
MOUILLEBEC.
Et mes pommes de terre qui ne sont pas plantées! et mon école!
« MONTDÉS1R.
C’est demain dimanche, vous serez de retour lundi.
MOUILLEBEC.
Mais, Monsieur, partir dans ce négligé...
MONTDÉSIR
VOUS VOUS habillerez en passant chez VOUS. (La marquise va tirer un cordon de sonnette à gauche: deux domestiques arrivent par le fond à gauche; elle 1 remonte et leur donne tout bas quelques ordres. — Les domestiques s’éloignent par où ils sont venus.)
MOUILLEBEC.
C’est ça... Quelles sont mes instructions!..
MONTDÉSIR
Vous déposerez chez mon neveu... votre élève, cette lettre et ce portefeuille garni de billets de banque... (u lui donne un portefeuille et une lettre.)
MOUILLEBEC.
Mais...
MONTDÉSIR
Vous n’avez pas besoin de comprendre !
MOUILLEBEC.
Ça suffit... (a part.) C’est une mission secrète! (n gagne la gauche.)
ALIDOR; il est habillé et entre par la gauche*. .
J’ai mis mon beau gilet à ramages!
IA MARQUISE, courant à lui et l’embrassant.
Ah! mon fils ! mon enfant !
MOUILLEBEC, s’essuyant les yeux.
C’est déchirant !
Qu’est-ce qui est mort?
LA MARQUISE
Personne ! mais tu pars! tu vas me quitter!
* Mouil. Ali. la marq. Mont.
ALIDOR, tranquillement.
Tiens ! liens ! tiens I
LA MARQUISE
Heureusemen|^jue Mouillcbec t’accompagne...
ALIDOB.
Tiens! tieas! tiens! (a Mouiiiebec.) Et où allons-nous?..
MOUILLEBEC, avec importance.
Monsieur le marquis, je ne peux pas vous le dire, c’est une
mission secrète! (Les deux domestiques rentrent par le fond à gaucRe et apportent plusieurs fioles et paquets. — La marquise les leur prend des mains et les donne à son fils, qui en met une partie dans ses poches et donne le reste à Mouiiiebec.)
LA MARQUISE
Alidor, pas d'imprudence!., soigne-toi bien... Voilà du vulnéraire... du chocolat... des biscuits... des pruneaux I
alidor. *
Des pruneaux! Pauvre mère! elle pense à tout!,.
MONTDÉSIR
Allons, allons, ne perdons pas de temps.
ALIDOR, prenant la main de la marquise et avec expression.
Adieu, maman... je vous recommande mes chiens! (ils s'embrassent.)
MARIE, qui est entrée par la droite, bas à son père*.
Il part! mon mariage est donc rompu?
MONTDÉSIR, bas.
Nous en reparlerons dans quinze jours !
ENSEMBLE
Air A’IIaydée.
LA MARQUISE
Quand à partir tout les engage,
Je dois ici réprimer ma douleur;
Sopmettons-nous, si ce voyage Peul à jamais assurer sou bonheur.
MONTDESIR.
Quand à partir tout les engage.
Il faut ici réprimer sa douleur;
Soumettez-vous, car ce voyage Doit à jamais assurer son bonheur.
ALIDOR ET MOUtLLEBEC.» ■ - <i
Puisqu'à partir on nous engage,
Pourquoi montrer ici de la douleur?
Je pressens que dans ce voyage Nous trouverons et plaisir et bonheur.
MARIE
Puisqu’à partir on les engage,
Tout est rompu, sans doute... quel bonheur!
* Mouil. Ali. la marq. Mont. Mar.