ACTE 1, SCÈNE II
LA MARQUISE
Malheureusement le marquis n’y est jamais !
MOUILLEBEC.
C’est vrai... mais ça m’est égal... j’entre dans son cabinet d’étude... quand le temps est frais, je mets une bûche, je me permets de mettre une bûche dans le feu...
LA MARQUISE
Et vous faites bien!
MOUILLEBEC.
Quand le feu est allumé... je me récite ses leçons... je me dicte son thème...
LA MARQUISE
Comment ! tout seul ?
MOUILLEBEC.
Que M. le marquis y soit ou n’y soit pas... la leçon va toujours !.. je suis un homme consciencieux, moi.
LA MARQUISE
Oh ! très-consciencieux !
MOUILLEBEC.
A dix heures... un de vos domestiques m’apporte mon cachet... je le mets dans ma poche... je me permets de le mettre dans ma poche... je me lève... je salue M. le marquis... comme s’il était là... et je lui donne respectueusement un pensum pour avoir manqué la classe...
LA MARQUISE
Un pensum, au marquis !..
MOUILLEBEC.
Pour le principe ! car, entre nous, c’est moi qui le fais ! ce qui me retarde même beaucoup pour mon jardin... Croiriezvous que mes pommes de terre ne sont pas encore plantées?..
LA MARQUISE, posant son tricot et se levant.
Vraiment!.. Ah çà! monsieur Mouillebec, pouvez-vous me dire quand mon fils aura terminé ses études?
* Dame !.. s’il ne vient jamais... je ne vous cache pas que ce sera un peu plus long...
LA MARQUISE
Encore s’il savait parler sa langue!..; mais il lui échappe quelquefois des énormités... Hier, par exemple, il m’a demandé si ma migraine était guérite.
MOUILLEBEC, indigné.
Guérite!.. Je vais de ce pas lui flanquer une leçon sur les participes!
LA MARQUISE
C’est inutile... puisqu’il n’y est pas!
MOUILLEBEC.
Ça m’est égal! guérite! le malheureux ! permettez-moi de le comparer à une vache espagnole !.. respectueusement !