‹ Deux merles blancs comedievaudeville en trois actesChapitre 58 sur 84 · SCÈNE ITI · texte numérisé non relu

SCÈNE ITI

MOUILLEBEC, ALIDOR.

AL1DOR, assis sur le banc et à part.

Allons, plumons!., plumer pour elle c’est encore du bonheur!

(il plume son poulet.)

MOUILLEBEC, reprenant sa botte et venant s’asseoir A côté d’Alidor. — - Il cire, — A part.

Pauvre garçon, il me fait de la peine!.. (Haut.) Eh bien t monsieur le marquis, vous ne voulez donc pds que nous retournions en Bretagne?

Père Mouillebec, ne inc parlez pas... Tenez, vous n’avez pas pour deux liards de poésie dans le cœur; vous ne comprenez pas l’amour!

• MOUILLEBEC, furieux.

Je comprends. ..je comprends que je cire des bottes... et que Ça m’ennuie!

Je fais bien la cuisine, moi !

MOUILLEBEC.

C’est-à-dire que vous la faites mal! vous nous servez de monstrueuses ratatouilles !.. hier encore cette pouje au riz...

Je me suis trompé... j’ai versé le riz dans les pruneaux.’., et la poule dans le panier au charbon...

MOUILLEBEC.

De façon que nous n’avons eu ni poule, ni riz, ni pruneaux! c’est insupportable de dîner comme ça.

ALIDOR, se levant.

Eli bien! qu’est-ce que ça prouve? (n pose son poulet sur i e

banc.)

MOUILLEBEC. A

Ça prouve que vous ne savez pas faire la cuisine.

ALIDOB, passant à gauche *'*.

Non, ça prouve que j'ai un petit dieu qui ti^p de l’arc dans ma poitrine!., j’ainte, enfui !.. Cette fdme!., je la vois partout!

* Mouil. mad. Taup. Alid.

*' Mail. Taup. Mouil. Alid.

Alid. Mouil.

Je l’aspire, je la respire et je la soupire!.. Je guette ses mies de pain pour les manger... Je dévore les feuilles de radis qu’elle laisse dans son assiette... car je lui filoute ses feuilles de radis!

MOUILLEBEC.

Malheureux !

lit, dans ce moment, je cherche un roux digq§ d’assaisonner les gants qu’elle a portés !

MOUILLEBEC.

Et vous comptez me faire manger de ça?

Oh! non, pas vousj ce sera pour moi... pour moi seul!., au fond des bois ; je mêlerai mes soupirs d'amour aux roucoulements des bêtes féroces',.

MpUILLEBEC, se levant.

Voyons, calmez-vous... calmez-vous!.. Ne parlons plus de ça! 11 est neuf heures... voulez-vous que nous prenions une petite leçon ?

AUDOR, à lui-même.

Du pain noir... et son cœur!

MOUILLEBEC.

Tenez, nous allons nous régaler d’un joli petit verbe déponent...

AL1DOR, passant à droite.

Non! je ne veux plus lire que La Cuisinière Bourgeoise... et la Nouvelle Héloïse!

MOUILLEBEC, insistant*.

Rien qu’un petit... sur le pouce?..

AUDOR.*

Père Môuillebec, je ne voudrais pas vous contrarier... mais M. Track attend ses bottes...

MOUILLEBEC.

C’est juste!.. Allons! du courage! et rappelez-vous cette parole de Cicéron : Sapientia... (s’interrompant.) Est-elle de Cicéron?

AUDOR.

Allez-y !.. il vous ficherait une raclée !

MOUILLEBEC.

J’y cours!., il en serait capable l’orang-outang! (il entre dans

le pavillon en emportant les bottes.)

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