‹ Deux misères (volume 2)Chapitre 30 sur 37 · CINQUIÈME TABLEAU · texte numérisé non relu

CINQUIÈME TABLEAU

On voit un i ocher couvert de grands nids ; c'est la ville natale de Moïse, la capitale des crocodiles.

Ceux-ci s'agitent autour de leinrs demeures et vaquait à leurs devoirs domestiques. Les mères soignent leurs petits, les pères de MiiUe partent pour la pâche ou la chasse. Les jeunes caïmans entrdnent à l'écart les jeunes caîmanes. Telle est la perfection de la mise en scène que l'on croirait voir un peuple civilisé. * Séparée de tout ce mouvement , Àstarbé se tient mélancoliquement assise aux bords du rocher. Moïse vient de la quitta pour quelques visites de famille. Elle pense à son époux , dont elle tient la miniature, et , après avoir versé im torrent de larmes et de vers , elle s'enveloppe dans son burnous en déclai'ant que.

Ne voyant plus Kléber, elle ne veut rien voir !

L'aigle chauve parait alors dans les nuages , descend lentement, saisit dans ses serres les quatre coins du burnous et emporte la jeune fille à travers les airs !

Moïse, qui arrive dans ce moment, s'élève en vain sur sa queue en tendant vers elle des pattes éplorées; Âstarbé disparsdt dans les nuages!

Ici commence un monologue pantomime du caïman, qui exprime sa douleur par tous les moyens à son usage : il pousse des gémissements , saisit sautes à deux pattes

comme s'il voulait s'arracher les cheveux, se roule à terre , où il reste enfin suffoqué de douleur.

Mais il est arraché à cette espèce d'évanouissement par le bruit du tambour : c'est l'armée française qui vient de débarquer à l'île des caïmans.

On voit bientôt arriver l'avant^garde , tambour-major en tête. Le crocodile court à sa rencontre, et, par ses gestes , il engage les soldats à le suivre pour délivrer leur général. Mais les Français, qui ne comprennent point son langage, et que l'expérience a rendus défiants à l'endroit des crocodiles, croisent la baïonnette. Moïse, désespéré , veut s'échapper; on en conclut que c'est un trwtre, et il est arrêté. Au même instant, un officier aperçoit la miniature échappée aux mains d'Astarbé et* dit :

Le portrait de Kléber!... plus de doute possible. Ce monstrie a dévoré notre chef invincible.

Les soldats, furieux, poussent des cris de mort, et Moïse est emmené pour être fusillé.

Sortie militaire sur Tair : On va lui percer le flanc.

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