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Deux mots au public sur l'homoeopathie

îïiiOMŒOPATHiE commence à se glisser à Genève; on s’en occupe, on en parle : déjà des malades sont traités par cette méthode. Les médecins qui la connaissent et l’emploient ont en elle la plus grande confiance; ceux qui ne la connaissent qu’imparfaitement sont dans le doute et ne l’emploient point ; ceux qui ne la connaissent point du tout haussent les épaules lorsqu’on leur en parle. Au milieu de ce conflit d’opinions, le public flotte incertain ; donnera-t-il sa confiance aux médecins homœopathes , ou la leur refusera-t-il? Préférerat-il d’être traité homœopaliquement , ou persis-

tera-t-il dans l’ancienne vole, el ne se conllera-l-il qu à la inedecine vulgaire? C’esl dans celle incertitude, aussi bien que par esprit de curiosilé bien légitime, que quelques personnes m’ont manifesté

le désir d être éclairées à ce sujet. Je ne crois point devoir leur donner les explications scienliFiqucs et détaillées destinées aux seuls médecins; ceux-ci trouveront tout ce qu’ils pourront désirer dans un journal homœopatbique qui paraîtra sous peu de jours. C’est donc au public non médecin que ces Deux Mots sont adressés, à cette classe honorable et nombreuse que l’inventeur de riiomœopathie

désigne par le nom de làiques.

Et d’abord, qu’est-ce que Vliomœopathie , et que signifie ce nouveau terme? Il est formé de deux mots grecs qui emportent le sens de semblable affection maladive, ou maladie pareille. \^}iomœopathie , ou plutôt la médecine hornœopathique ^ la doctrine médicale homœopatbique, est la science qui enseigne à traiter et à guérir les maladies par l’administration de remèdes capables de donner chacun la même maladie dont le malade est affecté.

Comme ceci doit paraître singulièrement paradoxal, peut-être même inintelligible, il est absolument nécessaire, pour me faire comprendre, que je donne ici, très en raccourci, l’histoire de / homœopathie.

Son inventeur, (ju’il faut se hâter de nommer, le Hahne/narin , médecin prodigieusement savant, érudit, et profond penseur, en même temps (]ue chimiste liabile , s’adressa à lui-même, il y a bientôt trente ans, cette singulière mais grave question : Pourquoi et comment un remède guérit-il? Juseju’à lui, on ne s’était guère occupé de cette question , et on avait suivi la très-ancienne méthode, origine de la science médicale, d’administrer un remède dans tous les cas à peu près oh il avait réussi jusqu’à ce moment; ceci soit dit sans faire injure aux grands hommes, passés et présens, dans î’art de guérir. Molière seul donc avait répondu à la question susdite, lorsqu’il avait mis dans la bouche d’Argan ces paroles :

Opium (àcit clormire, Quia est in eo Yirtus dormitiva Cujus est natiira SensLis assoupire.

Mais Hahnemann ne put pas s'accommoder de cette réponse, et il en chercha une autre. Elle n’était point très-facile à trouver; le quelque chose (jui distingue une substance remède d’une substance qui n’est pas remède échappe aux sens ; ce n’est ni un goût, ni une couleur, ni une odeur; beaucoup de substances onl des rapports de goût.

(lo couleur et d odeur, (jui ii’en ont aucun dans leur propriété médicatrice ou guérissante ; donc les sens étaient de mauvais indicaleurs. Les effets généraux ne fournissaient pas de meilleurs indices ; il y a tant de substances qui purgent, tant qui font 7)omii\ tant (|ui font suer! A quoi donc s’adresser? . Ilahnemann pensa d’abord aux remedes

qui paraissent jouir de la propriété spéciale de guérir certaines maladies spéciales aussi ; le nombre n’en est pas très-grand; j’en citerai deux, le kin kina et le soufre, dont l’un arrête la périodicité des fièvres dites tierces , et l’autre fait disparaître les éruptions psoriques. Pour savoir à quoi s’en tenir sur leur compte, ce médecin jugea que le moyen le plus sûr était de les administrer à un homme jouissant de la plénitude de sa santé, et d’observer avec soin tous les cbangemens qui résulteraient de leur action, Comme il se portait trèsbien lui-même, il se choisit pour sujet d’une série d’expériences. Quelle ne fut pas sa surprise et sa joie à la fois, lorsque le kina lui eut fait parcourir toutes les phases et les périodes de la fièvre , et que le soufre lui eut produit une éruption pa reille à la gale ! Nouvel Archimède , il s’écria : eurêka! je r ai trouvé! Et de cette première donnée jaillit toute la science homœopathique qui n’avait plus besoin que d’expériences répétées. Je m’explique.

Un remède, un médicament, que Ton considère vulgairement comme un réparateur de la santé, n’est en réalité qu’un dérangeur de cette santé lorsqu’elle est bonne; un remède est une substance plus ou moins nuisible , qui rend plus* ou moins malade. Mais, dira-t-on , comment alors se fait' il qu’il guérisse? Ici commence la théorie honiœopathiqjie laquelle est peut-être très-judicieuse, laquelle donne une haute idée de la sagacité d’Hahnemann , mais qui ne sera pas la portion la plus utile et la plus applicable de son immense découverte , dont les faits pratiques font le vrai mérite, aux yeux surtout du public. Cette théorie ne saurait être expliquée en peu de mots; elle n’est donc pas du ressort de ce petit écrit; je dirai seulement qu’elle consiste en ce que, lorsqu’une maladie a été introduite dans le corps vivant par une cause indépendante du pouvoir et du savoir du médecin, comme un miasme, un changement subit de température, un accès de colère, etc., elle ne saurait être combattue plus efficacement que par la même maladie introduite à volonté par le fait d’une substance propre à la produire; laquelle imprime aux organes affectés une secousse légère, mais suffisante pour rétablir leurs fonctions dans leur équilibre naturel. — La manière dont ceci s’opère est un mystère que nul ne saurait percer. J'en reviens aux faits homœopathiques.

Ilahncmann donc, ayant découvert que quelques substances propres à guérir donnent la maladie qu’elles chassent, pensa qu’il pourrait bien en être de meme de tous les autres médicamens, et il continua de les éprouver d’abord lui seul, puis il s’associa des expérimentateurs parfaitement sains d’esprit et de corps, et doués d’autant de bonne foi que de jugement; c’est avec ces aides qu’il a fait plusieurs dizaines de milliers d’expériences avant de publier sa découverte.

Mais apres avoir trouvé que, pour chasser une maladie, il fallait, au moyen d’un remède, inoculer, pour ainsi dire, la meme maladie, et attaquer les organes déjà affectés, il a pensé que cette attaque devait être d’autant moindre que les parties étaient déjà plus souffrantes ; il a donc clterché à réduire les médicamens à la plus petite parcelle que l’art mécaniqiie pût produire; et en opéiant graduellement sur cette échelle, il est parvenu à obtenir des résultats aussi surprenans qu’inatlendus. Ainsi, il a observé qu’une substance quelconque, administrée homœopatiquement, conservait son action , lors meme que la fraction de grain pesant qu’on en donnait était augmentée, au dénominateur, d’un nombre presque incroyable de zéros, par exemple, trente et plus. Pour obtenir ce résultat, il a commencé par la trituration des substances solides et sèches; puis, mélangeant un grain de cette

poudre avec cent grains d'une poudre inerte, il a recommencé et long temps prolongé la trituration ; ensuite il a pris un grain de ce mélange qu'il a trituré avec cent autres grains de la même poudre inerte; répétant plusieurs fois cette opération , il a pu obtenir une fraction de grain très-minime de la poudre médicamenteuse primitive. En opérant mécaniquement de cette manière, il a fait une autre découverte bien importante; c’est que la trituration développe prodigieusement la propriété, la vertu de la substance triturée; de telle sorte qu'un grain de chaux , par exemple, broyé, trituré pendant une heure avec un peu de sucre, aura au bout de ce temps bien plus que cent fois plus d’activité qu’il n’en avait avant cette opération.

Arrivé à un terme avancé de trituration, et ayant augmenté, par exemple, un million de fois l’action d’une substance , il a cherché à l’atténuer en la dissolvant dans l’esprit-de-vin. Mais, autre découverte, les substances insolubles dans l’esprit-devin à l’état ordinaire, acquièrent la solubilité par la trituration , et communiquent à ce liquide toute leur propriété médicale; de manière qu’il est de- ' venu nécessaire, avec diverses substances, de répéter plusieurs fois l’opération, de mélanger une goutte d’esprit-de-vin chargé de chaux , par exemple, avec cent gouttes d'esprit-de-vin pur; certains remèdes ont exigé qu’on parvînt ainsi à

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ohlciiir, dans une goutte de liquide, la quarantiU liouième (qu’on me permette ce mot barbare) partie du grain primitif soumis à la trituration.

On trouvera peut-ctre que j’entre ici dans des détails superflus, tant ils sont minutieux; mais j’en agis ainsi parce que la presque invisibilité des doses bomœopathiques a été jusqu’à ce jour l'occasion de risées, qui n’avaient leur source que dans l’ignorance où étaient les rieurs des belles et grandes decouvertes d’Hahnemann , dont chacun peut maintenant apprécier la réalité, soit au moyen de son palais, en goûtant les préparations liomœopathiques , soit au moyen de ses yeux, en voyant leurs effets sur les malades, dans tous les cas visibles. Ce n’est que par ces différens travaux, long-temps prolongés, qu Habnemann a pu reconnaître et l’intensité et la dui ée d’action de chacun des remèdes qu’il a expérimentés et qu’il expérimente encore tous les jours, malgré ses soixante-seize ans. Dans des livres savans et déjà nombreux, qui ont eu plusieurs éditions, il a déposé et décrit toutes ses expériences, en invitant les médecins à les répéter et à les poursuivre ; el, en faisant connaître tous les symptômes de maladie que produisent les remèdes dont il y parle, il a mis tous les praticiens en état de combattre, chez leurs cliens, les memes symptômes au moyen ’ ' méînes remèdes.

voilà , 1res en raccourci , le point ou en est la science hoinœopalhique , dans ce qui peut inléresser le public. J’ai deux mots à ajouter concernant la diète.

La rigueur des expériences faites par Ilalineinann lui a manifesté des vertus médicales Irèsprononcees dans une foule de substances végétales, où elles étaient restées inconnues. Qui se doutait, par exemple, que la camomille ïnX, un des remèdes les plus actifs? Partant de là, ce grand médecin a dû interdire à ses malades en traitement, l’usage d’une foule de choses que les praticiens leur permettraient avec la médecine vulgaire. Les règles de diète homœopathique sont même si sévères , que plusieurs personnes sensées ne craignent pas d’affirmer que c’est à cette rigueur seule de régime que rhomœopathie doit ses succès. C’est une erreur; sans doute la diète sévère change le mode d’action de la cause maladive, morbifique, sur le corps vivant; mais elle ne saurait opérer seule dans la pluralité des cas. Que fait-elle, par exemple, dans ces guérisons presque instantanées, subites, qu’on voit suivre l’administration d’un remède infinitésimal dans sa petitesse, guérisons dont Genève offre des exemples, et dont j’ai eu finexprimable bonheur d’être témoin dans ma naissante pratique? Encore quelques jours, ei les rieurs seront du côté des médecins homœopa-

lîies, parce que les faits se seront multiplies sous leurs pas.

Mais , peut-on me dire , en quoi l liomœopatbie intéresse-t-clle le public? Pourvu qu on le guérisse, lui importe-t-il que ce soit par une metbode ou par une autre? Voici ma l’éponse.

î. L’bomœopatbie guérit des cas que fautre médecine ne guérit pas ; il en existe des exemples des plus intéressans à Genève.

IL L’ homœopatbie guérit réellement des maladies qui souvent ne sont que déplacées, rallenties ou palliées par Fautre méthode.

III. L’bomœopatbie guérit quelquefois avec une étonnante rapidité des maladies très-graves, qui, outre les douleurs et les angoisses, entraîneraient une grande perte de temps et de forces.

IV. L’bomœopatbie n’empioie qu’un très-petit nombre de remèdes dans la même maladie , et en très-petites doses, parce qu’elle attaque immédiatement le mal dans sa source.

V. L’bomœopatbie n’administre que des remèdes insipides ou agréables au goût ; et certes on ne niera pas que le dégoût des remèdes n'entre pour beaucoup dans la crainte qu’on a des médecins.

Si ces raisons là ne sont pas suffisantes pour déterminer le eboix du public, il ne serait pas difficile d’en trouver plusieurs autres; j’en vais pre-

sentcr deux prccieuses à Genève, ville éminemment bienfaisante.

Au moven de riiomœopathie , les pauvres, ceux qui ne gagnent pas tout-à-fait le strict necessaire, pourront être à Favenir médicamentés gratiiitcment; car la quantité de remèdes qu’un médecin pourra, s’il le veut, leur administrer lui-même, n’aura pas une valeur qu'on puisse représenter a\ecde l’argent. Il est certain que pour une soîiime moindre de 5o francs, Fhomœopathie pourrait traiter toute la ville de Genève pendant plus de dix ans.

Une autre raison majeure, qui plaide en faveur de Fhomœopathie , mais qui résultera d’une étude approfondie et d’une pratique habituelle de ses préceptes, c’est qu’elle aide éminemment à découvrir, au travers des symptômes actuels d’une maladie, les tristes produits de maladies antérieures, si anciennes quelles soient. Or, comme la santé des individus résulte très-souvent de celle de leurs proches , et de celle de leur propre enfance; qu’en particulier, les maladies dites cArO' niques ne sont, le plus souvent, que la conséquence du mélange, dans un corps, de plusieurs maladies antécédentes mal guéries; on a droit d’espérer que l’application judicieuse et générale de Fhomœopathie diminuera notablement le nombre de ces désordres corpoi'cls , qui sont véritablement

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le fléau, la teneur des malades et merne des médecins, et augmentera même la probabilité de vie et la population absolue.

Il devrait suffire de celte dei niêre considération pour que le public priât, conjurât scs médecins, sans exception , de s’enquérir diligemment de l'bomœopatbie, et d’y devenir versés et babües ; ebose qui, je dois le dire, est loin d’être facile. En ellet , riiomœopalhie n’est point un moyen commode de pratiquer la médecine; ce n’est point un nouveau remède Le Roy, applicable à tous les maux; elle n’emploie point, comme on l’a prétendu, les poisons de préférence; non, cent fois non; elle y a recours cjuelqueJ oi s , lorsque l’expérience lui a appris qu’ils sont applicables avec un succès avéré; mais tandis que la médecine vulgaire les ordonne par quart ou huitième de grain, ou davantage, elle ne les emploie, au plus, que par trillionième de grain , et même , je le répète , par quai antiUionième de grain. Laissons donc là ce reproche, qui tombe de lui-même. Mais insistons sur ce que l’homœopathie demande des remèdes à une foide de substances réputées inertes, le lycopode. , la plombagine , la houille, le charbon , les sucs d’une grande quantité de plantes méprisées ou négligées , etc.

L’étude donc de Thomoeopathie doit être profonde , savante , prolongée, son application exige

inic mémoire vaste et sure, un jugement exquis^ une attention scrupuleuse et une méditation continuelle. Partant de là , tout docteur qui ne se sentira pas capable d’un travail réel de sa vie entière fera bien de ne pas se livrer à rhomœopathie; il n’y obtiendrait pas de, succès ; il discréditerait la science. Heureusement, la supposition n’est pas applicable à Genève , ma patrie ; les docteurs y sont tous aussi zélés qu’instruits; et je ne mets nullement en doute que, dans un très-petit nombre d’années, tous mes honorables confrères seront médecins homoeopathes.

Ce 25 février i832.

Charles PESCHIEPi, docteur^

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