‹ Deux statues [microforme]Chapitre 2 sur 2 · LE SCANDALE DE TREGUIER · texte numérisé non relu

LE SCANDALE DE TREGUIER

Quelques Journaux ont déjà reproduit le remarquable article de Juies Le MAITRE S4Y ‘LE SCANDALE DE TRÉGUIER. ” Pour qu'on puisse Le MUEUX conserver à loisir nous Le Publions de no celle petite Orochure, ainsi qu'une

cel article adressée à une de nos Montréal.

L le relire eau ‘dans

Nous ’&Ommandons ces judicituses 0- Servations aux catholiques tntellio

autres ne les FHÉrendraient Pas.

OI. CRC (JO

(eo)

Heureux Renan! Malheureux Taine !

Taine et Renan passaient pour les deux colonnes de l'esprit critique au dix-neuvième siècle. L’un était comme le Eossuet de la libre pensée, l’autre en était comme le Fénélon. Tous deux ensemble formaient l'intelligence de la jeunesse lettrée. L'un, avec sa figure de fakir, son regard tourné en dedans et sa logique chirurgicale, l’au:re avec son énorme face de moine et son ironie à triple fond, ils étaient les deux saints laïques des étudiants de mon temps. On avait pris l'habitude de ne plus les séparer. On pouvait prévoir que‘la démocratie, qu’ils avaient tous deux si profondément méprisée, ou bien les oublierait ensemble ou bien continuerait de les honorer pareillement à cause de leur anticléricalisme. Mais ce qu’on ne pouvait deviner, c’est que leur destinée serait si différente après leur mort.

Vous connaissez la récente aventure de leur deux statues.

Les “ bleus de Bretagne ” ont eu l’idée d'élever dans la religieuse ville de Tréguier, une statue à Renan, pour glorifier son génie à coup sûr, mais aussi pour ennuyer les vieilles dévotes et faire pièce au catholi, cisme breton. Ils ont sans doute pensé que Renan, “ si quis piorum manibus locus,” avait dû recevoir, de l'exécution de la loi contre les congrégations, une grande satisfaction posthume, qu'il était ‘avec eux,” et qu'il se réjouirait d’être gratifié d’une statue par les

mêmes hommes éclairés qui venaient de jeter ar vé tant de nonnes, sœurs en Superstition d’là Kosilis. L'entreprise est devenne officielle, Les

bloc ” ont figuré sur les listes de s cription. L'inauguration du Moñument sera une | belle fête Magonnique. Le Renan de bronze tendra des discours qui ne manqueront pas de le vertir, Il y apprendra, sur son prope compte, choses qui l'étonneront Peut-être. Renan est dev l'idole du régime, un des Patrons de l'irréligion | maire,

Pendant ce temps-là, le pauvre Taine est COnSF Par la “ défense républicaine. ” Un groupe de : Compatriotes ayant projété de luiélever un monum à Vouziers, il s’est trouvé que le comité de patron:

sourient de sa documentation et

s entendent honore € lui, ce n’est Pas précisément l'historien ni l’écr

Vin, mais ‘Je laborieux Ardennais ” ! Bref, tandi

vec Homais, il con fond Taine avec le Père Loriquet,

Le “bloc” est ingrat. Il oublie que Taine à “tom qu'il a été le plu:

ter au pa-fdécidé des déte::ninistes ; qu’il a écrit que le vice et à d'Émmalla vertu étaient des produits ‘“‘comine le sucre et le vi- Les plus {triol”; que, s’il + été peu ébloui par ja Révolution, il +s de sous. ! ne l'a pas été davantage par l'Ancien Régime, et qu’en- Lune bien | fin, né catholique, il s’est fait enterrer selon le rite pronze yfen-| testant, ce qui devrait lui valoir l’indulgence d’un parde le di-| ti où /'on dit que les disciples de Calvin sont en assez apte, des { grand nombre. Mais non: le “bloc” veut seulement st devenu À se souvenir du jagement que Taine a osé porter sur Igion pri- } la Révolution. Avant ce fâcheux écrit, Taine paraissait aux polititiens de la Troisième un libre-penseur

conspué } de plus de carrure que Renan, qui avait, lui, des soue de ses | riresinquiétants pour les inbéciles. Mais, du momert Onument { que Taine, appliquant à l'étude de la Révolution les atronage mêmes méthodes qu’il avait employées dans d’autres bloc: ” £ sujets, s’est permis de ne pas l'admirer et a jugé cridhésion | minels des hommes qui furent criminels en effet, ça © pas à | été fini, et Taine n’a plus été qu’un bedeau ténébreux,

de four- {Et pourtant je cherche en quoi il fut plus coupable à ne lui { que Renan.

n. On le Ce Renan, acclamé, aujourd’hui par le “bloc” et

jésuite. À que les Apaches du gouvernement doivent considérer le titre E comme un vieux frère ‘“‘un vrai, un bon”, était fort 1ormale suspect de religiosité ; il était furieusement idéaliste, n petiie enclin même à une sorte de mysticisme, avec des reéduits à À tours de sympathie pour les croyances qu’il avait quit- 10norer { tées. Sa conception du monde était beaucoup moins

| l'écri- nue, moins arrêtée, moins brutalement “scientifique” tandis que celle de Taïne, et beaucoup moins propre à séil con- duire ies penseurs des Loges. Îlavait dès attendris- F sements dangéreux sur les religions. Et, si Taine à tom- écrit les “Origines de la France eontemporaine, Re-

le plus nan a écrit la ‘Réforme intellectuelle et morale” et la

a M. Claretie’

» QUE quelques- Peut être Pas t . actes, des do

; tous deu

Ph he

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se passe en France depuis quelques années. Pourquoi donc le “bloc” ne les excommunie-t-il pas tous les deux ! et pourquoi fait-il grâce ‘à Renan ?

C’est, pensez-vous, que le ‘‘bloc” n’est pas très intelligent. C’est aussi que ce gouvernement waniaque ne songe qu’à la persécution religieuse et que Renan lui plaît particulièrement parce que le prinripal ouvrage de Renan le pose, tout en gros, comme ‘“ anticatholique” militant. C’est enfin que Renan fut le plus respectable des ‘‘défroqués”, mais un défroqué tout de même, et que /e “&/0c” Les adore.

Il eût eté raisonnable de couler en bronze Taine et Renan uniquement et simplement parce qu'ils furent de grands écrivains et de nobles esprits. Cela est devenu impossible, et voilà qui est fâcheux. Mais j'ajoute qu'il doit leur être fort indifférent d’être “‘statufiés” ou non, s’ils songent, dans leur repos éternel, à quelques-uns de ceux qui, de nos jours, ont obtenu

des statues.

JULES LEMAITRE

Iques- EurS contempo-

rains; je vous eN8age À réserver l’un de vos plus beaux

bage remarquable que Jules Lemaitre X Statues, ” C’est un morceau choisi de haute

amis et admirateurs du “bloc” trouver Saveur piquante de VEngeance inoffe Pour les nombreuses victimes de Co qui constituent le “bloc.”

Saveur, que les ittrès âcre, mais nsive et permise mbes et consorts

:i les autres Piéces que vous

COnservez, avec tant de soin, pour le Plaisir des yeux,

du cœur et de l'esprit,

OUS avez déjà, j'en suis Sûr, la délicieuse Causerie sur Veuiliot Par le même auteur?

; PaS toujours dire &rand'chose... un Peu d’esprit- pour certaines gens. c'est déjà trop.

En tout cas, il y a beaucoup d'esprit dans ces réexions mordantes Sur cette trinité qui n’est pas Sainte de Renan Taine et le “bloc.”

€ DE Sais pas si je me trompe, mais il me semble qu'il ne saurait y l

Iques- MPO- Eaux aître

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on —

Oui, Lemaître a beaucoup d'esprit, mais jamais plus que quand il a raison. | . En lisant cette belle page, je me dis que si elle avait été écrite par un clériral, elle aurait couru graud risque de n'être pas remarquée. On n'aurait jamais songé à la reproduire ; ou bien, si on en avait parlé, c'eut été pour ia comdamner, et de la belle façon.

‘“ Comment ! un français qui se moque de ceux que ‘ la France elle-même a choisis pour la représenter et ‘ qu’elle maintient au pouvoir ! Un catholique quelle ‘ horreur ! qui ose vilipender le gouvernement, qui ne “ craint pas de le vouloir tourner en ridicule. De quel * droit pourra-t-il jamais, après cela, nous parler du ‘“ respect pour l'autorité... et patati, patata...voilà notre pauvre et spirituel catholique “enfoncé.” Le mot d'ordre est donné—on n'en parle plus.

Mais du Jules Lemaître! c'est différent. ‘ Jules ‘ [Lemaître n’est pas encore passé du côté des faibles. ‘“ Il est encore de la littérature laïque et profane ! Il ‘ est vrai qu'il n'aime pas les francs-maçons,— mais ‘© pas du tout, —ni les calvinistes : qu’il croit sincé- ‘ rement que ceux qui gouvernent la France devraient ‘ être intelligents, même s'ils sont républicains ; qu’il ‘ ne veut pas que la canaille ait la haute main dans ‘ les affaire du pays ; que, pour lui, des religieux fran- ‘© çais sont toujours des Français, au moins jusqu’à ‘ Jeur mort, et il veut qu’on leur permette, s'ils le dé- ‘ sirent, d'être enterrés chez eux ; il est encore vrai ‘ qu'il a fait de fort beaux discours sur la liberté con- ‘“ tre les persécuteurs à outrance ; que depuis deux ‘ou trois ans, il semble revenir tous les jours de son ‘! fade optimisme de critique indécis ; que. depuis ‘ quelque temps, il fait très fréquent usage de la cra- ‘ vache, avec un air de pince-sans-rire, au lieu des

PS | os

‘ petites égratignures dont il était coutumier, et que ‘sa patte de velours se faisait facilement pardonner. *“ En un mot, il devient inquiétani...mais, enfin, il ne ‘* faut pas le jeter pardessus bord trop tôt. Il n’a j a: “ encore fait le grand pas. Il est encore loin de la ‘ démarche de François Coppée.— Puis il est à crain- ‘* dre ! et, qui sait. on peut probablement le sauver. “ Citons-le toujours, les sots croiront qu'il est toujours ‘ des nôtres. Citons même cette page...malheureuse. “ Tâchons qu’elle passe pour une boutade d'enfant “ terrible. Répétons partout qu’il a de l'esprit à re- ‘‘ vendre. Peut-être en recueillerons-nous les miettes » Pour la grande cause. Oui, nous espérons voir un “ jour cet enfant prodigue de la libre-pensée revenir “ à nous et retomber dans nos bras |.

Eh hien ! non, madame ! Pour moi, je ne le crois Pas. Ju es Lemaître a viré de bord pour toujours. 11 envisage “avec effroi et un dégoût infini ce qui se passe en France depuis quelques aunées,:: il a en horreur les polititiens, les anticléricaux selon les loges, ” il en a assez de ses anciens confrères en impiété, de ses confrères en utopies anti-religieuses, antifrançaises —il en a plus qu'assez, il en a trop. Que voulez-vous qu'il fasse avec un gouvernement maniaque |”

Dieu aidant, il sera peut-être un jour, à la fin de sa vie, ce qu’il était au cr , “éncement, un catholique pratiquant, Vous priez -- -f lui, n'est-ce pas ? Son article sur l’auteur du ‘ Parfum de Rome” lui a porté bonheur. N'est-ce pas étrange qu’on puisse lui appliquer aujourd’hui à lui-même, ce qu’il disait si bien, il y a quelques années, du “ bon” et “tendre” Louis Veuillot ?

“ Les querelles de famille sont les plus âpres et, “ quand ce sont des frères égarés que l’on combat, le

“Its

Propres principes.

Oui, voilà où en est Jules Lemaitre ; il enrage d'avoir raison contre les siens ; cette bonne colère vient

un cœur où il Y à trop de solide bonté Pour qu’elle

de toutes même temps que l’irrécon “bloc ”, Puisse-t-il, à tous ces sentiments généreux et éclairés, joindre un jour le sentiment profond et Sûr du vrai en toutes choses humai

Etant ce qu’il est, nous voudrions qu’il redevint des nôtres.

Allons, Madame, Pardonnez-moi ma longue lettre; mettez bien vite les Deux Statues ” dans votre ca. » €t dites-moi, sans tarder, que

Pas le “ bloc ” très intelligent.

IT est temps qus tous les gens d'esprit se hâtent de

ciliable Contempteur du

oujours, Madame, pour vous servir, Le mème,

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