‹ Deuxième collection Camille LecuyerChapitre 62 sur 77 · PLANCHE LXII · texte numérisé non relu

PLANCHE LXII

1 et 3. Jeune femme en portant une autre dans l’attitude de l’encotylé. — Elle paraît marcher a grands pas, car le vent plaque sa draperie contre ses jambes et la fait ballonner par derrière. Les deux jeunes femmes sont, vêtues de la simple tunique, ce qui est pour ce genre d’exercice le costume le plus commode, avec l 'apoptygma serré par une ceinture ; chez l’une la tunique est à manches demi-longues, attachées par six fibules rondes, chez l’autre sans manches avec une seule fibule sur l’épaule. La porteuse a la chevelure soutenue par une opisthosphendonè , avec une houppe ramenée d arrière en avant; sa compagne a un chignon hardiment dressé surmontant un haut bonnet de cheveux où une ténie a laissé sa trace. — Hauteur : o m. 285.

Ce qui fait l’intérêt de notre groupe, c’est d’abord le naturel des attitudes : la porteuse fléchit sur les genoux et se raidit, car elle soutient un lourd fardeau; l’autre se laisse aller et s abandonne; c est ensuite et surtout le contraste de ces deux jeunes et frais visages qui semblent aller a la rencontre 1 un de 1 autre, l’un se renversant, l’autre s’inclinant, comme si les deux jeunes femmes causaient amicalement entre elles.

On connaît l’attitude de l’encotylé1, et l’on sait que, dans certains jeux d’enfants, le vaincu était tenu de porter ainsi le vainqueur pendant une certaine distance, en témoignage de sa défaite. Cette explication suffit pour un certain nombre de groupes, lorsqu’il s’agit, par exemple, de fillettes. Peut-être ailleurs doit-on

1. Collection J. Gréau , 1891, n" 716. — ». Première Collection Lecuyer, pl. C et D.

TERRES CUITES ANTIQUES TROUVÉES EN GRÈCE ET EN ASIE MINEURE. 53

la modifier un peu, tout en laissant à la pose sa signification fondamentale. L’une de nos jeunes femmes tient à la main un disque rond qui me paraît être un miroir. N’y a-t-il pas eu entre elles une sorte < de concours de coquetterie ? N’est-ce pas la victoire de la beauté que le coroplaste a voulu représenter

ici? Et le miroir n’est-il pas entre les mains de l’une le symbole de son triomphe? Triomphe qui n’a pas altéré ses bons rapports avec son amie.

2. Satyre portant une femme dans l’attitude de l’ encotylé. — Le Satyre est nu; il a le corps robuste, le visage large, encadré d’une couronne de cheveux. Il incline la tête vers sa droite, tandis que la jeune femme penche la sienne à gauche; il en résulte pour le haut du groupe un rythme original. La jeune femme s’appuie, du reste, avec confiance sur l’épaule du Satyre. Elle est vêtue d’une tunique longue qui laisse un de ses seins nus. — Hauteur : o m. 16.

A propos d’un groupe analogue de la première Collection Lecuyer ', j’émettais l’idée que la jeune femme pourrait bien être Ariane. La même explication s’offre ici; s’il ne s’agissait que d’une simple nymphe ou bacchante, il n’en faudrait pas moins voir dans le groupe le symbole de la victoire de la beauté sur les instincts farouches des suivants de Dionysos.

Un poète de X Anthologie Palatine ' décrit ainsi une fresque d’une maison de Rome : « Quatre Nikés portent sur leur dos aux longues ailes un nombre égal d’enfants des immortels : l’une, Athéné la guerrière; 1 autre, Aphrodite; la troisième, Alcide; la quatrième, l’intrépide Arès.... Elles se dirigent vers le ciel. » L’intention de triomple est ici manifeste.

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