Deuxième notice sur les travaux scientifiques
En publiant ce Supplément à la Notice sur mes travaux que j'ai eu l’honneur de soumettre, en 1870, à MM. les membres de l’Académie, je demande la permission de rappeler d’une manière générale et sommaire les principaux résultats de ces travaux. Pour atteindre le but que je me propose, je parlerai successivement des recherches auxquelles ont donné lieu de ma part plusieurs des grandes divisions du règne animal, et j’essayerai de faire voir comment elles ont pu contribuer aux progrès de la science. Ces recherches sont à la fois anatomiques et zoologiques, et celles qui ont trait aux animaux supérieurs s’étendent aussi aux fossiles envisagés dans leur comparaison avec les êtres actuellement existants : je crois en avoir tiré des données à la fois utiles aux différentes branches de la zoologie et à la géologie.
J’ai fait (connaître un nombre considérable de mammifères non encore décrits bu incomplètement observés par les naturalistes, et j’ai ajouté à ces descriptions des remarques de géographie zoologique lorsqu’il s’est agi des espèces propres à l’époque actuelle, ou, pour les espèces fossiles, des remarques de géologie stratigraphique, ainsi que des conclusions relatives aux faunes dont
des chéiroptères américains.
Quelques autres mammifères, particuliers à l’Inde et à l’Afrique, y sont également décrits, et il y est aussi question du Tarsipède, animal très-singulier de la Nouvelle-Hollande, signalé par moi pour la première fois.
La cétologie s’y trouve enrichie de plusieurs découvertes que je crois impor-
été de ma part l’objet d’un Mémoire étendu consacré il l’exposition des résultats fournis par un nouvel examen de la belle série de pièces relatives à ces gigantesques animaux que possède le Muséum. Malgré les nombreux travaux dont l’anatomie et la classification des Baleines ont été l’objet dans ces derniers temps, principalement de la part de MM. Eschrieht, Van Benedën, Flowér, etc., j’ai pu ajouter des faits importants à ceux que la science doit.àces savants. Il en est résulté, en particulier, la démonstration que les ossements de ce genre qui ont été trouvés dans Paris et que l’on a décrits sous lé nom de Balœna Lamanmi, ne sont pas fossiles comme on l’avait cru. Ce Mémoire a été présenté à l’Académie ; il a paru dans les Nouvelles Archives du Muséum.
Je m’occupe 1 en ce moment de l’histoire des Cétodontes ou Cétacés à dents persistantes, tels que les Cachalots, les Hyperoodons, les Platanistes, les Orques, les Dauphins, etc., en les envisageant principalement, comme cela a été fait pour les Baleines par M. Vàn Beneden, dans l’ouvrage que nous publions ensemble, sous le rapport de leur ostéologie, ce qui est le seul moyen de se faire une idée exacte des caractères distinctifs de ces animaux. Ces recherches ont paru en partie, ainsi que lés planches qui s’y rapportent, dans l’Ostéogi-aphie des Cétacés, publication qui est la continuation du grand ouvrage que M. de Blainville avait entrepris sous le titre A’Osléograpkie des animaux ver-
succès l’époque de l’apparition de l’homme dans nos contrées. C’est un sujet que j’ai également traité en me guidant sur l’observation attentive des faits zoologiques et paléontologiques. J’ai ainsi été conduit à rattacher par des observations plus précises la faune mammalogique actuelle à celle del’époque dite quaternaire et j’ai contribué à montrer que la disparition de certaines des espèces que celte population animale. a perdues en Europe ne remonte pas aussi loin qu’on l’avait d’abord supposé. Les unes sont entièrement détruites,
Un des résultats les plus curieux de cette recherche a été la démonstration
ais, la Limagne, le Velay, etc. Lt en grande partie confirmés par 1( s mêmes questions. Il en est résull i, pendant la période tertiaire, d’es
Gàriama et du Savacou, quatre genres très-singuliers d’oiseaux américains (t) f
et ce mémoire est suivi de remarques sur les affinités naturelles des différents,
groupes de la môme classe, complétant à plusieurs égards les résultats aux¬
quels de Blàinville et Lherminier étaient arrivés antérieurement.
La comparaison des animaux de cette classe qui vivent sur les différents points du globe avec ceux qui ont existé pendant la période tertiaire, période si riche en mammifères et en oiseaux, ou pendant la période secondaire, laquelle, n’a possédé, au contraire, qu’un petit nombre d’espèces appartenant à ces deux derniers groupes, conduit à des résultats qui intéressent aussi la zoologie méthodique, l’anatomie comparée, la notion des manifestations de la vie durant la succession des âges géologiques et la stratigraphie des couches constituant l’écorce du globe. J’ai essayé d’étendre.les résultats déjà obtenus sous ces différents rapports par Cuvier, H. de Meyer, M. Owen et quel? ques autres encore, et mes travaux à cet égard sont consignés dans plusieurs mémoires ainsi que dans des ouvrages spéciaux (2).
Les mémoires que j’ai consacrés à ces importantes questions traitent de l’ostéologie du grand Chélonien d’espèce marine connu sous le nom de Sphar-r gis luth, qui présente des particularités tout à fait exceptionnelles, ainsi que de l’ostéologie des principaux genres de la famille des Amphisbènes, de celle du Moloch, de la Nouvelle-Hollande, et de celle de VHéloderm, du Mexique. Ce dernier Saurien est considéré comme venimeux; la structure de ses dents est comparée dans mon mémoire à celle des Ophidiens.
Je dois aussi rappeler, à propos des Reptiles, les recherches que j’ai entreprises pour expliquer les conditions anatomiques qui donnent au Caméléon la propriété de changer de couleurs, sujet déjà traité par M. Milne Edwards,
rapportent aux serpents venimeux méritent aussi d’être signalées (3).
Mes travaux consacrés aux Reptiles fossiles portent sur l’ensemble de ces animaux. 11 en résulte une démonstration plus complète de ce fait remarquable que les Vertébrés de cette classe qui ont été contemporains des Mammifères et des Oiseaux durant la période tertiaire, appartenaient à des familles
(1) Inséré dans l’Expédition de M. Castelnau dans l’Amérique du Sud.
Zoologie et paléontologie françaises. - Zoologie et paléontologie générales.-Reptiles vivants
dont il s’agit, et, dans ces dernières années, il m’a été possible d’ajouter des remarques encore inédites à celles que j’avais précédemment publiées. Ainsi, j’ai établi les caractères des Reptiles enfouis dans les calcaires lithographiques de Girin (département de l’Ain), d’après l’examen des pièces réunies au musée de Lyon par M. Jourdan ; j’ai signalé la présence du Protorosaùrus Speneri, des schistes cuivreux de laThuringe, à Gorges, près Moissey (Jura); celle du Z anclodon , du trias wurtembergeois, à Lodève (Hérault), et celle du Thécodontosaure, des dépôts pénéensde l’Écosse, au Chappou, près Saint-Rambert (Ain).
attribuer à leur véritable genre certains fossiles du muschelkalk de la Lorraine appartenant à l’ordre des Simosaures qu’oii regardait comme indiquant la présence dans ce terrain des Chéloniens, des Plésiosaures et d’Ich-
Un des reptiles également nouveaux pour la science, qui a été rapporté de l’Afrique australe, est devenu le type d’un genre à part, sous .le nom de Mesosaurus; il appartient aux dépôts secondaires anciens, et j’ai décrit, en
Un mémoire est consacré aux poissons qui habitent les eaux douces et séléniteuses de l’Algérie. La comparaison de leurs espèces avec celles de régions avoisinant aussi la Méditerranée, m’a montré qu’elles constituaient un ensemble analogue au leur, mais auquel s’ajoutent ici, comme éléments nouveaux, le prétendu Spare de Desfontaines,'propre aux environs de Tunis, et le Bolti, poisson d’un genre également particulier, que l’on relroùve dans plusieurs cours d’eau africains. En continuant cette comparaison des poissons algériens avec ceux qui ont vécu en Europe pendant la périodé tertiaire et dont lès dépouilles se ^rencontrent fréquemment en France, dans les dépôts lacustres,
qui ont voulu voir dans les poissons rejetés par les eaux artésiennes du Sahara sons appartiennent à des genres encore aujourd’hui fluviatiles, comme ils l’ont
La branche de l’entomologie qui s’occupe de ces trois groupes d’animaux articulés a été longtemps négligée par les naturalistes; aussi devait-elle fournir, lorsqu’on s’en occuperait sérieusement, des remarques aussi intéressantes qu’utiles au progrès de la science. C’est ce qui n’a pas tardé à avoir lieu, et aujourd’hui l’aptérologie, ainsi qu’on l’appelle quelquefois, est arrivée à un degré de perfectionnement qui ne le cède point à celui des autres parties de l’histoire des Insectes. L’auteur de la présente Notice s’est associé à ce mouvement, et les notions qui en sont résultées sont en partie son œuvre. Les
Je ne citerai ici, parmi mes publications consacrées à cette grande division des animaux sans vertèbres, que le mémoire dans lequel, je discute les notions relatives' aux Céphalopodes qui sont consignées dans Aristote et mes recherches destinées à faire connaître les Bryozoaires, mollusques d’une organisation très-inférieure, qui vivent dans les eaux douces des environs de Paris,
qu’Aristote a connu ces animaux à un degré vraiment étonnant. Cette remarque à laquelle il avait été conduit par l’étude embryogénique des Sèches, l’a conduit à rectifier la traduction inexacte donnée par Camus, du passage dans lequel ce sujet est traité par le grand philosophe. Plus récemment, M. le docteur Boulin a rappelé qu’Aristote a aussi parlé d’une manière fort exacte du bras reproducteur des Poulpes auquel Rondelet ne croyait pas et dont les caractères ainsi que les fonctions ont cependant été reconnus dans ces derniers temps. Mon Mémoire montre qu’Aristote n’a parlé que des Céphalopodes propres à la Méditerranée, et que les notions qu’il nous a
bien qu’à leur structure et à leurs différentes espèces, ne sont pas moins précises qu’elles portent sur les Sèches, les Calmars ou les Poulpes.
J’ai été amené à revoir le texte d’Aristote et à en vérifier l’exactitude sur l’observation des Céphalopodes eux-mêmes, par la rédaction à laquelle je me livrais alors d’une histoire complète de ces Mollusques destinée aux
2. Quant à mes Mémoires sur les Bryozoaires, ils sont au nombre des premiers que j’ai été conduit à publier (18,37 à 1839) et sont spécialement consacrés
Crislatelle, l’AIcyonelle, la Plumatelle et deux genres différents de ceux-là que j’ai le premier distingués.
Lorsque ces travaux ont été publiés, le récent Mémoire de M. Raspail laissait, confondues sous une dénomination unique et comme ne formant qu’une seule espèce les différentes formes de Bryozoaires fluviatiles observées par Trembley, Roêsel, Vaucher, Lamarck, etc. Ce sont non-seulement des espèces particulières, mais des genres distincts, dont j’ai donné la caractéristique et refait l’histoire en me basant sur l’étude des particularités propres à chacun décès petits êtres et sur celle de leurs œufs. Il est résulté de cès observatioris la confirmation des espèces précédement établies et la distinction de dèùx genres nouveaux qui ont reçu le nom de Frédéricelle et de Paludicelle, ainsi que la démonstration de ce fait non moins curieux que la Difflugie de Leclerc, confondue par M. Raspail avec les animaux précédents sous la dénomination d’Alcyonelle est un animal d'une tout autre structure et qu’il faut réunir aux Rhizopodes.
Des êtres très-inférieurs en organisation à ceux dont il vient d’ètre question m’ont également occupé, et parmi eux les Hydres ou Polypes à bras de Trembley, les Foraminifères (partie des Rhizopodes), ainsi que les Spongilles ou éponges d’eau douce. Les Notes que j’ai publiées à leur égard sont
11 résulte^de la seconde, parue en 1847, alors que je rédigeais une histoire générale des Foraminifères qui est restée manuscrite, que ces animaux, plus particulièrement les Milioles, regardés comme étant des êtres d’une structure extrêmement simple, ont très-probabiement les sexes séparés et portés par des individus distincts. — La troisième, présentée à l’Académie en 1835, fait connaître le mode de multiplication des Spongilles, d’après des observations alors nouvelles pour la science,
Tératologie.
L’anatomie des animaux affectés de monstruosité se lie intimement à celle des êtres appartenant aux mêmes groupes naturels dont le développement a
lieu suivant les règles ordinaires, et, dans la plupart des cas, ces deux manières d’envisager les corps organisés s’éclairent l’une par l’autre. Aussi, ai-je recueilli, pour en faire le sujet d’études spéciales, les principaux cas téra¬
tologiques que j’ai pu me procurer.
Plusieurs Mémoires sont consacrés à ces questions. Celui qui a paru dans ces derniers temps (1873) renferme des observations relatives aux monstres polygnathes du. genre Desmiognatbe complétant celles qu’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a présentées à l’Académie en 1851 ; elles sont tirées de l’espèce bovine.
Il y est également question d’un cas très-curieux d’inclusion ovarique dans lequel un énorme kyste opéré parM. le docteur Péan a fourni, outre des poils, de la graisse et du tissu fibreux, plusieurs centaines de dents, implantées sur des os difformes qu’on ne peut comparer qu’à des mâchoires également très-nombreuses.
Ainsi que cela a été rappelé dans la précédente Notice sur mes travaux scientifiques, j’ai sollicité la chaire d’anatomie comparée du Muséum pour me livrer d’une manière exclusive au classement scientifique et à l’accroissement des collections qui dépendent de cette chaire et j’ai poursuivi ce travail avec dévouement. Des documents considérables ont été mis delà sorte à la dis¬
position des savants dé tous lès pays qui visitent ce grand établissement, et j’ai facilité leurs travaux de tout mon pouvoir en même temps que j’ai, grâce au bienveillant concours dè l’administration, enrichi nos galeries'publiques de pièces hors ligne que les musées étrangers possédaient seuls jusqu’alors, ou qu’ils ne possèdent pas encore.
Si je réussis dans mes efforts, les riches collections fondées par Cuvier conserveront de la sorte le rang qui leur appartient et elles continueront à offrir la même utilité qué par le passé.
Qu’on me permette, en terminant cet exposé général, de rappeler que mes publications et mon enseignement non discontinués pendant près de trente ans, soit à Montpellier, soit à Paris, n’ont peut-être pas été sans influence
un grand nombre des ouvrages qui ont paru pendant le même temps à l’étran-