‹ Devant la statue de Mercier; discours et récits de l'inauguration du monumentChapitre 30 sur 31 · LE CLAIRON DE ST-HYAGINTHE · texte numérisé non relu

LE CLAIRON DE ST-HYAGINTHE

(Journal liebdomadaire)

Le peuple de la Province de Québec tout entier vient de rendre un suprême hommage à la mémoire de feu Honoré Mercier en commémorant sa mémoire dans le bronze.

Désormais sur cette place du Parlement de Québec, té. moin de ses luttes homériques, sa statue s'élèvera pour dire à tous ceux qui viendront qu'il fut un de ceux qui fit le plus pour Pavancement de notre race et pour laquelle il a su conquérir plusieurs libertés.

Sa statue sur cette place du parlement d'où ses adversaires tentèrent tant de fois de le chasser sera pour ainsi dire comme un dernier défi que leur lancera le grand patriote. Sa voix virile semblera leur dire: Vous avez pu me faire beaucoup de torts et me calomnier odieusement, mais aujourd'hui toutes vos attaques sont vaines et vous êtes impuissants, car j 'ai tout le peuple de ma province à ma suite.

Cette inauguration de la statue Mercier a donné lieu à une démonstration grandiose à laquelle assistait tout l'élite de la race canadienne-française.

Les immenses pelouses de la place du parlement pouvaient à peine contenir toute cette foule accourue de tous les coins de la province pour rendre hommage au grand disparu.

En érigeant une statue à Mercier la province de Québec s'honore elle-même et ce bronze qui désormais s'élèvera sur la place du parlement de la vieille capitale sera un tribut de reconnaissance envers l'un de ses fils les plus illustres. Il sera une réparation publique à la mémoire du vaillant patriote que ses ennemis conduisirent prématurément au tombeau. \î 4

Mais le temps s'est lui-même chargé de guérir toutes ces blessures et de venger Mercier qui survivra aux opprobes de ses adversaires, et, cette statue que l'on vient d'inaugurer révèle tout un monde de souvenirs en même temps

qu'elle perpétuera une des plus belles pages de notre histoire.

Au cours de son bref ministère, Mercier a réussi à régler la bouillante question des biens des Jésuites et fait reprendre la marche des relations financières entre la province et le marché français, et, sans la noire conspiration de ses adversaires, elle lui devrait certainement d'avoir changé sa dette en un revenu très considérable.

Mais le peuple de la province reconnaissant tout le mérite du grand canadien-français ne veut se rappeler que de son bouillant patriotisme qui, s 'étendant au-delà des limites de notre province, lui faisait dire aux ennemis de notre race : ** Halte-là! mes fils, partout oii ils sont allés s'établir, au Canada, ont droit à ma protection et on n'y pourra toucher qu'après m 'avoir passé sur le corps!"

Et c'est sous cet aspect que Mercier passera à la postérité, et c'est ce geste enflammé du plus pur patriotisme que se rappelleront toujours les fils de la province de Québec.

"LA JUSTICE" Ottawa

(Journal hebdomadaire)

Une fois de plus, le souvenir d'Honoré Mercier a remué le coeur, des foules.

A Québec, dans la lumière immaculée d'un jour ardemment ensoleillé — vrai décor des apothéoses — vient d'avoir lieu le dévoilement de la statue de ce grand patriote. Quelle joie profonde pour nous, Canadiens-français, de voir se dresser sur le granit de son piédestal l'un de nos plus vaillants champions !

Des milliers de voix ont acclamé son nom. D'éloquentes paroles ont été prononcées en cette occasion par ses anciens compagnons d'armes, par de jeunes admirateurs, par son fils

Et, après avoir lu le récit de cette inoubliable démonstration, après avoir vu planer sur cette multitude la grande ombre de Mercier, il nous a semblé que le patriotisme des nôtres ne pouvait manquer de s'accroître.

Et d'autre part, si le bruit des applaudissements arrive jusqu'à l'éternel silence des disparus; si les bronzes élevés aux grands morts peuvent être vus par leur prunelle éteinte, Mercier — du fond de son tombeau — a dû revivre un instant son angoissant passé. Il a dû tressaillir de joie, en écoutant battre au pied de la statue le coeur même du peuple qu'il a tant aimé.

Et cette statue qui fixe à jamais l'éloquence de son geste, Mercier la méritait à plus d'un titre. En effet, la justice et la reconnaissance ne se devaient-elles pas à elles-mêmes de poser un socle sous ses pieds? C'est ce qui a été fait et c'est ce qui demeurera.

Mais voici qui est étrange. Malgré la fuite des années, malgré l'abandon déjà lointain des luttes,— disons plus—

malgré la vengeance de l'histoire impartiale, quelques cris haineux se sont fait entendre contre celui qui passait à l'immortalité.

Il s'est donc trouvé des esprits assez médiocres, des coeurs assez bas pour faire revivre — à la vigile du dévoilement solennel — de vieilles et fielleuses rancunes.

Quel spectacle pénible, pour nous Canadiens-français, que celui de ces êtres (non patriotes) rivés au boulet d'un parti! Plaignons-les pour ne pas nous abaisser à les stigmatiser.

Sans doute. Mercier a eu ses torts, mais que celui d'entre nous qui sent battre en sa poitrine un coeur plus patriote que le sien se lève ! Cherchez autour de vous — mettant à part le génie de Mercier — quels sont ceux qui sont prêts à se dévouer comme lui, pour les mêmes causes.

Où sont-ils ceux qui par amour de la Patrie voudraient gravir les mêmes calvaires?

Que si la gloire lui tressa d'éphémères couronnes, voyez de quel prix elles furent payées ! Jamais Canadiens-français n'a été abreuvé de plus d'humiliations.

Après le coup de foudre qui renversa son ministère, il y a vingt-deux ans passées. Mercier était mis en accusation. La voix de la justice ne put que déclarer innocent ce calomnié. Mais l'idole de toute une race venait de finir son rôle politique et rentrait dans l'ombre. Chacun sait le reste.

Anéanti sous le poids de l'ingratitude, le coeur brisé, Mercier — malgré sa puissante vigueur physique — ne devait pas résister longtemps. Le deux novembre 1894 — jour des Morts — il s'éteignait à Montréal.

L'on se rappelle quel deuil national la mort de Mercier causa, et quelles obsèques lui furent faites. Aucun Canadien-français n'a été plus sincèrement et plus universellement regretté de la masse. Et c'est, en effet, dans le peuple que son souvenir est resté le plus profondément empreint.

Peu d'hommes ont eu sur les foules une emprise comparable à la sienne. Et d'où venait donc cette force mystérieuse et magnétique? La réponse est facile-/* de la sincérité de son patriotisme".

Quelques syllabes vous feront voir tout son idéal: *' Pères de famille", a-t-il dit, ''versez sur la tête de vos enfants les bienfaits de l'éducation, vous leur devez ce baptême". On le voit, l'éducation du peuple était un de ses rêves. Il en avait un autre, aussi vaste : l 'union de tous ses compatriotes.

Répétons ici cette phrase sur laquelle nous ne méditerons jamais trop: ''Cessons nos luttes fratricides, unissons-nous" Ne cherchons pas Mercier en dehors de ces deux formules.

Education et union: quels phares lumineux pour nous! Dirigeons notre barque vers d'aussi rayonnantes clartés.

Aux jours difficiles, tournons les yeux vers l'horizon de Mercier et demandons-lui un peu de sa force à combattre, de sa sincérité, de son patriotisme.

Pour l'heure présente, saluons avec respect sa statue et rappelons-nous qu'elle nous enseigne de vivre en patriotes et de mourir en croyants.

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