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LETTRE DE L'UNION

UNION TYPOGRAPHIQUE DE QUEBEC, No. 302.

Salle d ^Assemblée: 261 rue St-Joseph,

Québec, 12 juin 1912.

A Phonorable Sir Lomer Gouin,,

Premier ministre de la Province de Québec,

Hôtel du Parlement, Québec.

Monsieur le Premier Ministre,

Entr 'autres classes de la société, les typographes de Québec ont voué à l'honorable Honoré Mercier, à la mémoire duquel on vient d'élever un monument qui doit être dévoilé le 25 juin courant, une reconnaissance toute spéciale.

L'Union se rappelle le bien qu'il a fait particulièrement pour les typographes; ils apprécient les attentions qu'il a eues pour eux et la part qu'il leur a donnée dans son oeuvre si grande et si belle. L'encouragement que nous avons reçu de cet éminent homme d'Etat, nous a permis de former une organisation prospère et bien que l'association qui porte aujourd'hui le nom d'Union Typographique Internationale No. 302, de Québec, soit puissante, elle n'a pas perdu de vue ses bienfaiteurs. C'est pourquoi elle sollicite de vous la permission de pouvoir en ce grand jour de démonstration populaire, où l'on dévoilera la statue de celui qui fut l'idole des ouvriers et de notre belle population, la permission de déposer au pied du monument une couronne de fleurs, comme humble tribut d'hommages d'un corps reconnaissant de ce que l'on a fait pour lui.

Veuillez nous croire, Monsieur le Premier Ministre,

Vos très humbles serviteurs.

Les membres de l'Union Typographique de Québec.

Les Ouvriers et Mercier, ieur liienfaiteur

Le Conseil Central National du Travail du District de Québec a déposé trois couronnes de fleurs au pied du Monument Mercier, en signe de reconnaissance, pour ce cher disparu qui s'est toujours montré heureux de placer le patriotisme avant la politique.

Le Conseil, il est vrai, n'a pas cherché à annoncer, à son de trompe ce qu'il voulait faire, dans cette occurrence à jamais mémorable; mais ce qu'il a fait mérite des félicitations.

Au Conseil Central, à toîis les amis ouvriers qui ont généreusement souscrit, et en particulier à M. Joseph Cathara, qui s'est dévoué pour faire de cette manifestation un succès de patriotisme ouvrier, je dis un grand merci avec toute la population de Québec.

Au Conseil Central National des Métiers et du Travail de Québec, et à M. J. E. A. Pin, le chroniqueur ouvrier du '* Soleil", doivent être adressées de cordiales félicitations pour une autre couronne déposée.

On a vu dans ce respectueux hommage la gratitude de nos amis pour la mémoire de celui qui fut l'ami et le bienfaiteur des Ouvriers.

Honoré Mercier a plusieurs titres à la reconnaissance des ouvriers, comme le disait M. Pin.

Le plus important, lui semble-t-il, est celui d'avoir été le fondateur des écoles du soir, où ouvriers et enfants d'ouvriers, vont apprendre ou perfectionner des connaissances et une instruction, aujourd'hui, si nécessaires.

En donnant un témoignage de gratitude à Mercier, les ouvriers ont prouvé qu'ils savent se souvenir de leurs bienfaiteurs.

Le président Grenier a fait noblement les choses au nom de son Conseil et les applaudissements qui ont salué la déposition d'une couronne à Mercier, ont dû démontrer aux ouvriers, que toute une population les remerciait.

Devant la Statue Mercier

La patrie aux grands morts sait demeurer fidèle: S 'inspirant du passé qu'elle doit retenir, Au tombeau de ses fils c'est une sentinelle Qui relit sur l'airain le chant du souvenir.

Le Temps détruit l'argile et respecte les âmes Dont le cri se transmet aux échos solennels; Les aubes de nos jours héritent de leurs flammes, Et nous gardons l'adieu de leurs départs charnels.

Dormez ô défenseurs dont s'honore l'histoire, Il brille en votre nuit un astre radieux ! Quand notre coeur s'émeut c'est sur votre mémoire: Le Canada revit du souffle des aïeux.

Pour rallier leur peuple ils ont usé leur vie; Vaillants, ils ont lutté pour assurer nos droits; Plus loin l'égoïsme, et plus forts que l'envie, Ils ont vu l'avenir, nous ont transmis leur voix.

Parmi ces grandes voix du peuple retenues. Dont Québec se souvient plus attentivement. Il en est une encore dont la fierté connue Sème dans tous les coeurs un attendrissement.

Un tribun s'est levé pour protester, naguère. Devant Québec en deuil d'un supplice outrancier; A sa parole chaude, à sa justice fière, Québec applaudissait la valeur de Mercier!

Mercier, c'est en ton nom que la foule est venue, C 'est encore en ton nom que notre âme a chanté ; Notre ferveur à nous jamais ne diminue; Reconnais tes amis, c'est la postérité!

C'est la postérité qui grandit, qui t'acclame, C'est notre peuple ému, c'est Québec souverain Qui, par le souvenir, vient réchauffer ton âme, Autour de ta statue, autour de ton airain.

Devant la paix des morts les rancunes sont mortes: Tu n'as plus d'ennemis, il n'en existe plus! Les voix du souvenir sont les voix les plus fortes, Nous voulions t 'acclamer, et nous sommes venus!

Oui, nous sommes venus saluer ton image

Dont le profil d'airain bravera les autans.

Nous te reconnaissons, reçois donc notre hommage.

L'hommage de nos coeurs et l'hommage du temps.

Ah! nous sommes contents, ta grande ombre console. Et rappelle en ce jour tes triomphes anciens; Car ton geste était beau, chaude était ta parole Qui charma tant de fois le peuple canadien.

Notre province un jour par toi fut agrandie, — Tout agrandissement veut un bon ouvrier — Lève ton front. Mercier, puisqu'on te remercie, Et ce remerciement te vient d'un peuple entier...

Un jour qu'on lui parlait de vengeance sans borne, Tout en le provoquant dans un geste effaré: — **Ma vengeance est chrétienne à moi, je vous

[pardonne.

Et c'est ainsi, dit-il, que je me vengerai"

Et, noble, il ajoutait, dans un geste splendide Devant la foule émue à ses accents charmés: — **0 peuple, cesse donc tes luttes fratricides. Amis, cessons enfin nos combats acharnés ! ' '

Louis-Joseph Doucet.

Le grand Mercier à son apothéose

Sous ces titres, le ''Soleil", organe du parti libéral de Québec a publié ce qui suit :

Ce fut la fête du patriotisme, hier, à Québec, une seconde fête nationale qui le cédait en rien à la première qui eut lieu à Toccasion du dévoilement du monument Mercier. Des milliers de Canadiens-français et de leurs concitoyens de toutes les nationalités se pressaient sur les vastes terrains du Parlement de très bonne heure, pour assister à cette démonstration d'hommage à la mémoire d'un des fils les plus illustres de la terre de Québec.

De partout on est accouru sans distinction de parti, sans distinction de classe, c 'était la fête du peuple et tout le monde s'y associait. Nous avons vu des conservateurs, des nationalistes, fraterniser avec les libéraux pour célébrer la mémoire de celui qui n'est plus reconnu comme un ancien chef de parti, mais un patriote ami de tous, aimé et respecté de tous ceux qui aiment leur province.

Le Congrès de la langue française avait suspendu ses délibérations pour permettre à ses membres de prendre part à la démonstration. La foule a vécu des moments d'émotion patriotique dont elle gardera longtemps le souvenir. Des incidents se sont produits qui ont fait frissonner d'une joie très vive tous ceux qui en furent les témoins: ceux qui ont vu Sir Wilfrid Laurier se lever soudain à la fin de l'admirable péroraison du discours de l'hon. M. Turgeon, n'oublieront jamais cette scène d'enthousiasme; ceux qui ont assisté à la scène qui s'est produite quand l'hon. M. Devlin, tirant une leçon sublime de la démonstration du jour, disait en portant sur Sir Wilfrid Laurier ses regards bien significatifs : ' ' Ne détruisons donc pas nos grands hommes quand nous les avons", n'oublieront jamais de quelle façon le peuple de la province de Québec a répondu à cette grande pensée. Que dira-t-on des autres incidents qui ont permis de

juger combien l'âme du peuple était en harmonie avec les orateurs qui célébraient la mémoire de Mercier et combien facilement on applaudissait à chaque fois que l'on prononçait son nom !

De toutes les classes de la société on voyait des représentants se presser autour du monument.

^ ^ # Le journal donne ensuite tous les détails de la patriotique démonstration et nous lui devons plusieurs extraits de ce volume.

Le lendemain, dans un article éditorial, le même journal répondait de la façon suivante, à un article mal inspiré de ''L'Evénement", tentant d'amoindrir le prestige de Mercier.

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