‹ Devant la statue de MercierChapitre 3 sur 29 · LE MONUMENT MERCIER · texte numérisé non relu

LE MONUMENT MERCIER

Le monument élevé à la mémoire d'Honoré Mercier a été inauguré le 25 juin, le lendemain de la Saint-Jean-Baptiste. La date avait été bien choisie, car des voix éloquentes ont fait l'éloge du grand patriote Canadien-français.

Le monument, oeuvre du sculpteur français, Paul Chèvre, qui a déjà doté la vieille capitale du monument Champlain, s'élève en face de l'Hôtel du Gouvernement; tout autour s'étendent des plate-bandes couvertes de fleurs. Son apparence est superbe et fait honneur tant à l'art français qu'à l'artiste qui l'a créé.

On a placé des plaques de bronze sur les quatre côtés du socle.

Sur la façade, on lit cette phrase fameuse du grand patriote :

* * Cessons nos luttes fratricides, unissons-nous. ' '

(Honoré Mercier.)

La plaque commémorative est placée en arrière, au-dessous de la femme symbolisant le Patriotisme. Elle se lit <îomme suit :

Erigé à la mémoire De l'Honorable Honoré Mercier Premier ministre de la Province de Québec, Paul Chevré, Sculpteur.

Les bronzes ont été fondus par la Fonderie Nationale des Bronzes de Bruxelles.

La maçonnerie a été exécutée par M. Joseph Gosselin, de Lévis.

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Sur le côté sud du socle, sous les moissonneurs, on a placé une plaque qui se lit comme suit :

''Dès l'instant où le peuple a compris sa liberté, le seul moyen de le gouverner est de l'instruire. Ce peuple libre que nous devons ainsi instruire et éclairer, c'est le vrai peuple, celui qui travaille, c'est la grande famille par excellence, celle des laboureurs et des manoeuvriers du commerce et do l'industrie. Ouvrons-leur toute grande la porte du temple, la porte de l'école. Que sa bienfaisante lumière se répande sur le monde universel, et assurons-nous que ses rayons pénètrent jusqu'au foyer des plus humbles chaumières."

(Extrait d'un discours de l'honorable Honoré Mercier sur le patriotisme.)

Enfin, sur le côté nord se lit l'inscription suivante:

''Nous, de la province de Québec, sommes déterminés à n'avoir d'autre guide dans nos affaires publiques que la justice. Nous croyons en elle en tout et en dépit de tout ; pour elle nous assumons les responsabilités les plus lourdes comme les conséquences les plus graves, non seulement du présent et de l'avenir,, mais encore du passé; et lorsque nous* constatons que dans le fait accompli, les préceptes de cette justice ont été méconnus, ses intérêts négligés, ses droits trahits, alors nous croyons qu'il faut revenir sur ses pas, retourner en arrière, pour redresser les torts et payer la dette''.

(Extrait d'un discours de l'honorable Honoré Mercier au congrès de Baltimore.)

M. Chevré donne l'expjication suivante des hauts-reliefs du monument Mercier.

L'Eloquence, symbolisant le génie de Mercier, en faisant connaître que la vraie fortune d'un pays se trouve dans les produits de la ferme, dévoile l'abondance devant les cultivateurs, et les encourage dans leur labeur.

Sur la face postérieuse, une statue de femme serrant le drapeau sur sa poitrine, symbolise le Patriotisme. A ses pieds, une cartouche avec les armes de la province de Québec.

La Cérémonie du Dévoilement

Il est deux heures et demie. Un soleil ardent éclaire les parterres verdoyants et fleuris du Parlement. De tous les côtés on voit accourir une foule que Ton peut évaluer à dix mille personnes, au bas mot.

Les religieux arrivent dans leur habit noir, rouge ou violet, suivant qu'ils sont prêtres ou monseigneurs, les militaires dans leurs uniformes brodés d'or, les dames dans des costumes clairs et jolis, les ministres et invités, impeccables dans leurs longues redingotes et portant le haut-de-forme.

Mais autour de l'estrade prend place une population moins aristocrate, mais peut-être autant amoureuse de celui dont on voit le magnifique monument, se dresser à quelques pas de là. L 'homme a les mains un peu rudes, la femme porte peut-être une toilette péchant par la mode, mais c'est ceux que j'aime, ce sont eux aussi qui, bientôt, acclameront aussi le grand Mercier, l'idole des ouvriers.

De partout on est accouru sans distinction de parti, de classe, c'est la fête du peuple et tout le monde s'y associe.

Ce n'est pas seulement un chef de parti politique que l'on est venu saluer, c'est le patriote qui aimait le Canada et qui chérissait la Province de Québec.

L'heure du dévoilement approche. Les nombreux équipages viennent s'arrêter devant la grande estrade, élevée pour la circonstance devant le monument et décorée aux couleurs de la France.

Les drapeaux de la vieille mère-patrie flottent à côté de ceux de la fière Albion et dans leurs plis, on y croit voir l'union des deux plus grandes races de la terre qui fraternisent en un jour aussi solennel.

Et pour donner une idée exacte de ce qui va se passer, je ne crois mieux faire que de rapporter textuellement ce qu'écrivait la Presse en cette circonstance :

HAUT-RELIEF DU MONUMENT :\rERCIEK

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**Une foule énorme, sans cesse grossissante malgré le ** soleil implacable, avait envahi les admirables pelouses par ** lesquelles on accède au palais législatif. C'est au bas de *^ leur pente douce qu'est élevé le monument Mercier. Domi- " nant de son geste énergique la vieille capitale de l'Améri- *' que française, le grand tribun, qui entraîna les foules en '* d'irrésistibles élans d'enthousiasme, se dresse dans la ma- ** jesté du bronze.

*' Face à la grande estrade, une tribune a été dressée ** d'où les orateurs, dans un moment, adresseront la parole '* au peuple assemblé: les honorables Turgeon, Devlin, Mac- ** Kenzie, Taschereau y ont pris place. Et aussi un grand ** jeune homme dont la figure rappelle étrangement les traits ** et les attitudes du grand disparu: c'est Honoré Mercier, ** le fils de celui-là même dont on rend aujourd'hui le souve- ** nir impérissable.

'*Sir Wilfrid Laurier, dont on connaît le souci d'exacti- *' tude à tous les rendez-vous de ce genre, arrive, ainsi qu'à ** l'habitude, à l'heure précise. Le grand canadien, qui est ^* aimé à Québec plus que partout ailleurs, peut-être, qui est '* l'idole de Saint-Sauveur, est l'objet d'une chaleureuse *V ovation.

*'Puis arrivent Sir Lomer et lady Gouin; le premier ** ministre est longuement applaudi tandis qu'il prend place.

' ' Tour à tour viennent s 'asseoir à côté du premier minis- ** tre de la Province ou du chef de l'opposition libérale du '* pays, toutes les notabilités de la magistrature et de la poli- ** tique. Tous vont saluer le vieux chef qui ne manque ** jamais de se lever et de s'incliner devant les dames, dont *' les toilettes claires mettent la note de grâce et d'élégance *' à cette fête du souvenir.

''Le lieutenant-gouverneur de la province, accompagné ** de lady Langelier et de son aide-de-camp le capitaine Pelle- ** tier, arrive sur l'estrade et s'assied à la place d'honneur; la *' musique joue le ''Dieu sauve le Roi" tandis que chacun se * * découvre respectueusement. ' '

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