LA VIE DE COLLÈGE SOUS LANCIEN RÉGIME
pond son mari, de notre temps on nous éveillait bien à 4 heures I »
Comme il faut réagir contre Tignoble saleté, contre la crasse des collèges au xvi^ siècle , Tarticle xiv de V Appendice à la Ré formation de la Faculté des Arts enjoint aux maîtres de chambre de faire peigner et débarbouiller les élèves (1) ; mais, comme aucune pensée mondaine ne doit distraire de l'étude ces jeunes esprits, l'Université n'admet de cheveux frisés que ceux qui frisent naturellement. Bientôt les écoliers descendent, revêtus de la longue robe, serrée à la taille par une courroie, qui les distingue des externes ; les humanistes portent des toques, les philosophes ont l'insigne honneur du bonnet carré. Je dois à la vérité de dire que déjà, dans certaines maisons, les caméristes ont introduit illicitement et généralisé des toilettes beaucoup moins universitaires ; car, en 1666^ le règlement du collège de Beauvais est obligé de rappeler aux boursiers que le pieux fondateur du collège, Jean de Dormans, évêque de Beauvais, les a destinés à l'état ecclésiastique, et de leur interdire « les habitsde couleur apparente, les rubans rouges ou autres de couleur sur leurs habits ni sur leurs chapeaux, les pourpoints ouverts, les manches de chemises bouffantes et les grands collets ». Après la prière commune, à la chapelle, chacun remonte dans sa chambre, et y travaille jusqu'à l'heure de la messe, à laquelle on assiste tc-us les jours, avec « Heures ou autres livres de prières ».
Les exercices religieux tiennent une très grande place
(1) « Qui me parlait de propreté se déclarait mon ennemi », avouera encore le Francion de Sorel ; et son pourpoint, qui n'a plus de boutons, est attaché avec des épingles sous sa robe toute délabrée, tandis que son caleçon retombe sur ses souliers.
dans la journée des écoliers; et cela, non seulemenl à Beauvais, où, vers 1660, les boursiers ont été séparés des pensionnaires et réunis dans une sorte de séminaire, non seulement à la Marche, qui relève de l'archevêque (1), mais dans tous les collèges de l'Université de Paris. C'est au lendemain même des guerres de religion que les nouveaux statuts de l'Université ont été dressés, et elle n'admet dans ses collèges que des catholiques. Tant que dure l'ancien régime, les fonctions ecclésiastiques figurent les premières sur la liste des fonctions auxquelles prépare l'Université. Il ne faut donc pas s'étonner si l'accomplissement de tous les devoirs religieux est prescrit avec tant de soin par les règlements de ces collèges, où nombre de régents ont d'ailleurs la tonsure.
Après la messe, déjeuner, et, à 8 heures, boursiers, pensionnaires, caméristes, externes, tout le monde se rend dans les classes. Le mobilier en est très sommaire. Sans doute, ce n'est plus la jonchée de paille ou d'herbe, dans laquelle on faisait vautrer les écoliers du xv*' siècle sous couleur de leur enseigner l'humilité, et qui a tant surpris nombre de spectateurs, quand le rideau de rOdéon s'est levé sur le premier acte, si amusant et si pittoresque, des TruandsàeM. Richepin ; cette jonchée — j'ai failli écrire cette litière — est très avantageusement remplacée par des escabeaux beaucoup moins favorables au développement de la vermine ; mais si les écoliers ne sont pas aussi fréquemment troublés par un impérieux désir de se gratter, il faut reconnaître qu'ils ne sont pas plus commodément installés pour prendre des notes ; car l'absence de toute table dans
(V Meindre, Histoire de Paris.