AMUSEMENTS INNOCENTS
(( Les opinions sont différentes » et les amusements que les uns considèrent comme innocents peuvent être regardés par
d'aiitres comme des pièges affreux, invenlés tout exprès pom' tromper les jeunes gens.
Nommons quelques-uns des amusements sur la nature desquels on n'est pas d'accord : la danse et le jeu de billard sont les principaux.
Occupons-nous de la danse. Eh bien, c'est un bon exercice qui fait circuler le sang, qui colore les joues et qui donne de l'animation aux yeux. « C'est bien, lorsqu'il ne s'agit que de quadrilles, disent certains personnages ; mais lorsqu'il s'agit de danses tournantes? » Oui, il n'y a rien à dire contre les quadrilles. Un quadrille est une danse très-grave et qui, selon moi, convient admirablement aux vieilles personnes, dont les membres sont engourdis et dont les forces soiit restreintes. Presque toute cette danse consiste à se tenir debout, à causer, à marcher et à se donner des poignées de mains.
Mais quant aux danses tournantes, il y a des pères et des mères qui disent : « Nous ne voulons pas que tous les danseurs du bal mettent leurs bras autour de la taille de nos lîlles. »
Mais beaucoup de dames fort respectables se laissent mettre les bras autour de la taille pour la valse et pour la scottish. Eh bien, si cela est immodeste, pourquoi le font-elles? C'est l'habitude, et l'habitude des personnes respectables, dans le monde entier. Dira-t-on que le monde approuverait une chose qui ne serait pas parfaitement convenable ?
Reportons- nous aux siècles de Chaucer et de Spencer. Nous savons, par leurs écrits, qu'il était d'usage qu'un monsieur prît une dame dans ses bras et qu'il l'embrassât pour la saluer. Nous n'en faisons pas un reproche à nos ancêtres, parce que c'était Vumije. La bienséance ne fait elle-même ni ses règles, ni ses lois. Elle est entièrement gouvernée par l'usage, et il en sera toujours ainsi.
Maintenant parlons du jeu de caries. La seule critique que j'aie entendu formuler à ce sujet, c'est qu'en jouant aux cartes on se passionne insensiblement pour le jeu.
Je crois que c'est l'absence des amusements domestiques, parmi lesquels les cartes tiennent le premier rang, qui engage surtout les jeunes gens à quitter la maison. Ils voient des personnes jouer aux cartes, s'y intéresser et s'y amuser, ils rentrent chez eux le soir, fatigués et ennuyés, on leur offre une brochure religieuse pour se reposer et pour se fortifier l'esprit (ce qu'ils font, nous n'en douions pas). Et quel est le résultat? Les jeunes o-ens fuient les brochures religieuses, connue ils
fuiraient du poison, et ils courent au preniier endroit de divertissement (qui est trop souvent une maison de jeu). Us passent la soirée hors de la maison paternelle et en mauvaise compagnie. Comme on pourrait facilement prévenir tous ces maux en mêlant judicieusement les cartes et la religion!
Il en est de même du billard. Si vous n'avez pas le moyen d'avoir un billard, il ne faut pas permettre à votre fils d'apprendre ce jeu. (Je ne parle pas des filles, car tout le momie sait que les (illes sont parfaites, ou peu s'en faut.) Rendez votre foyer domestique agréable, introduisez-y d'autres amusements, et votre fils ne leur préférera pas le billard.
II y a une chose dont je n'ai pas encore parlé. C'est la musique. Quelques personnes se rappellent encore la vertueuse indignation avec laquelle les vieillards voyaient autrefois introduire des orgues dans les églises, et maintenant nous avons à peine une église qui n'ait pas un orgue grand ou petit, coûtant de 50 à 100000 dollars.
Et lorsqu'un homme, fatigué par les heurts et les cahots de la vie quotidienne, entend retentir dans l'église les notes majestueuses et sublimes de l'orgue, et les voix claires et vibrantes du chœur, son âme ne s'élève-l-elle pas plus directement vers son Créateur?
Il y a des personnes qui mcUtent une telle rigidité à s'abstenir de musique le dimanche, qu'elles ne veulent ni écouter, ni jouer une valse ou un air de danse ce jour-là. Mais comme je sais que l'une des hymnes favorites de l'église anglaise était chantée autrefois sur une mesure très-rapide et d'après les paroles du « vieux gentilhomme campagnard », je me contenterai de dire que si « une rose a toujours son parfum, de quelque nom qu'on la nomme », l'air d'une hymne est aussi criminel sous un nom que sous un autre.
Maintenant, j'espère avoir démontré ce que j'avais à démontrer; et j'y tiens, car je joue au billard, je joue aux cartes, je danse et je joue l'air du « vieux gentilhomme campagnard ». Ce sont, je pense, des raisons suffisantes pour désirer que ma démonstration soit faite en bonne et due forme.
Katie p.
Age : quinze ans.
Milwaiikee (Wisconsinj.