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Règlement de l'immigration. i° Conclusion

Thèse : Le bien-être des Etats-Unis ne demande pas qu'on décourage l'immigration.

1" Introduction.

La négative de celte question n'implique pas absolument ([u'il faille encourager l'immigration. L'encourager et la décourager sont les deux points extrêmes entre lesquels on peut trouver beaucoup de remèdes contre le mal croissant, mal réel ou imaginaire de l'immigration.

Ces milliers de gens venant de toutes les parties du monde ont formé l'une des nations les plus invincibles et les plus populeuses.

2° Discussion des arguments en faveur de Vaffirmative.

1. Le principal argument de ceux qui soutiennent l'affirmative dans cette question consiste à dire que le mélange de tant de nationalités différentes produit nécessairement la discorde.

Or, en théorie, cet argument est assez plausible. Car il y a entre les diverses nations tant de différences dans les mœurs, dans les coutumes, etc., que l'on pourrait s'attendre à voir naître la discorde. Mais la pratique donne un démenti à cet argument ; c'est ce dont nous pouvons nous convaincre en jetant les yeux sur les différents pays où la discorde existe. Au Mexique, où il y a tous les jours de nouvelles insurrections, la population est entièrement mexicaine. Les instigateurs de la sécession chez nous appartiennent tous à la nationalité américaine. La France, où existent tant de partis et tant de factions, est uniquement peuplée de Français. L'Espagne, où la discorde est à l'ordre du jour, où même la guerre civile existe actuellement, a une population composée d'une seule nationalité. La paix intérieure des États-Unis, comparée à celle de

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tous ces pays, ressemble à un lac des montagnes par un ])ean jour d'été comparé à l'Océan pendant une tempête.

Il y a soixante-dix-huit ans on découvrit de l'or en Californie. Alors, de toutes les parties de la terre, des gens mus, pour ainsi dire, par un pouvoir magique, se dirigèrent vers l'Eldorado. Alors on vit chaque jour des meurtres et des troubles. Mais la Californie d'aujourd'hui est l'un des plus beaux des Etats-Unis. La paix et la trancjuillité y régnent, et cependant il y a des étrangers ! Il y a des riches et des pauvres, des grands et des petits, des heureux et des malheureux. Eh bien, ils ont formé un État qui ne ser;i inférieur à aucun de ceux qui composent cette Union. Est-ce donc là un exemple de cette prétendue discorde produite par l'immigration? C'est plutôt un exemple du contraire.

"2. On a dit que c'étaient les opprimés et les malheureux qui venaient dans ce pays. Mais ce sont précisément les classes dont nous avons besoin. Ces opprimés, ces malheureux sont ceux qui ont le plus vivement senti le manque de liberté, et, venant dans un pays libre, ils font les meilleurs citoyens.

3. On prétend que les catholiques, qui sont presque tous étrangers, enlèvent la Bible de nos écoles publiques. Admettons ceci par hypothèse, la question se réduit à savoir si cette affaire de la Bible a assez d'importance pour contrebalancer l'immigration. Comme nous ne sommes pour ainsi dire plus aux jours du fanatisme orthodoxe et des anabaptistes, nous pouvons envisager cette question au point de vue rationnel. Notre gouvernement tolère toutes les religions, il ne peut légalement donner la préférence à aucune, il ne peut pas non plus en favoriser quatre au détriment d'une cinquième. Les écoles publiques sont entretenues par le peuple, et chaque citoyen, qu'il soit chrétien, juif, athée, méthodiste ou catholique, contribue également à leur entretien, en proportion de ce qu'il possède. On doit respecter les droits de tous ces citoyens. C'est grâce à cette exclusion de la Bible que nous pourrons réellement appeler nos écoles des écoles publiques et non pas des écoles de sectaires. Et, ne serait-ce que pour ce motif, nous devrions être reconnaissants aux catholiques qui apportent dans notre système scolaire cette réforme dont le besoin se fait vivement sentir.

4. On a dit que l'Allemand vient ici établir des restaurants et des jardins-brasseries. C'est là l'opinion d'un ecclésiastique populaire. L'Allemand s'assied et mange son pain avec sa sau-

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cisse, et il boit son verre de bière. Or, c'est là de la tempérance. Chaque verre de bière que l'on boit est taxé; ainsi donc non-seulernenf l'Allemand qui boit sa bière s'approvisionne luimême, mais il ajoute encore au Trésor des États-Unis quelques sous dont l'ensemble forme des millions. L'habitude de boire ne produit pas parmi les étrangers les terribles résultats qu'elle })roduit en Amérique. Cette habitude ne peut pas être attribuée à une nation plutôt qu'à une autre. Les Anglais, les Irlandais, les Français, en un mot tous ceux qui ont contribué à peupler les Etals-Unis, ont aussi contribué à y introduire l'habitude de boire qu'on y remarqua. Dans ce pays on en fait un abus bonteux; et, qui a produit cet abus, si ce ne sont les Américains eux-mêmes?

5. On a fait valoir comme un argument en faveur de l'affirmative ce fait, que de grandes fraudes sont pratiquées dans l'obtention des lettres de naturalisation. Mais ce fait tend-il à prouver qu'il ne faille pas encourager l'immigration? >'on ! Il montre que les lois qui s'appliquent à cette question sont défectueuses et qu'elles ont besoin d'être revues ou complétées. S'il y a un vice de construction dans le toit d'un bâtiment, renverse-t-on tout le bâtiment? Non! On répare ce vice de construction. Eh bien, il en est de même des lois sur la naturalisation.

6. Dans presque tous les pays européens il existe un système d'éducation obligatoire, et cependant l'opposition crie toujours contre les étrangers qui ne sont pas instruits. Il va de soi que dans tous les pays il y a des ignorants. Le pays des écoles libres ne fait pas exception à celte règle générale. 3Iais faut-il juger d'un peuple par les ignorants qui y sont toujours en minorité! Faudra-t-il exclure la masse parce qu'il s'y trouve quelques personnes illettrées.

7. On a encore dit que beaucoup des étrangers qui viennent aux États-Unis sont des criminels. Peut-être ceux qui soutiennent l'affirmative n'ont-ils jamais entendu parler des lois d'extradition qui existent entre les États-Unis et la plupart des nations d'Europe. Vu criminel qui s'échappe de sa patrie peut être saisi dans tous les pays où ces lois existent. Mais admettons qu'un criminel étranger sera plus en sûreté aux États-Unis : un criminel d'Amérique ne trouvera-t-il pas la même sûreté en pays étranger? Ainsi donc, si toutes les nations interdisaient l'immigration, le nombre des criminels qui resteraient chez nous serait bien supérieur à celui des criminels qu'y introduit l'immigration.

3° Arguments ai faveur de la négative.

1. Une augmentation dans notre population amène une augmentation proportionnelle dans notre commerce et dans notre revenu. En eflet, plus il y a d'habitants dans notre pays, plus il faut importer de marchandises pour subvenir à leurs besoins. De là une augmentation dans nos droits de douane, et comme une grande partie des productions de ce pays va sur les marchés étrangers, notre commerce d'exportation se trouve aussi auginenlé.

2. La Chine est de deux mille ans en retard sur nous, et pourquoi? Parce qu'elle s'est enfermée chez elle, se séparant du reste du monde, et qu'elle a interdit aux étrangers la résidence sur son territoire. Ainsi elle n'a pas pu profiter des progrès faits par des nations plus civilisées et plus avancées.

Pourquoi la Chine fait-elle maintenant des progrès rapides? C'est parce qu'elle a annulé la plupart de ces restrictions qui nuisaient à ses relations avec les étrangers. Aujourd'imi elle adopte presque toutes les coutumes et tous les perfectionnements des nations qui lui sont supérieures. Sans cela elle aurait pu rester plongée dans son sommeil léthargique pendant deux mille ans encore.

L'absence d'encouragement est le premier pas vers l'exclusion, et c'est là qu'elle aboutit. Or, avec l'exemple de la Chine sous les yeux, cesserons-nous d'encourager l'immigration des étrangers dans notre pays, ou en d'autres termes les re[»ousserons-nous? Poser la question, c'est la résoudre.

3. Voyez les milliers d'arpents qui composent nos prairies de l'Ouest; sur qui comptons-nous pour coloniser ce- vaste territoire? Principalement sur l'élément étranger. Par qui les pays de l'Ouest sont-ils déjà colonisés, peuplés? Principalement par des étrangers; et ces pays qui, avant leur arrivée, étaient une charge pour le gouvernement, sont maintenant une source de riches revenus sous la forme d'impôts.

J'avance que tout citoyen américain qui estime un homme d'après le pays oi!i il est né n'a pas plus de principes que celui (jui laisse influencer son jugement par des considérations religieuses dans un pavs où l'on n'exigera jamais le serment du test{\).

(1) Allusion à l'histoire d'Angleterre le I^arleiiient de 167^2 décrétn que tout oflicier public devrait jurer qu'il ne croyait pas à la trans-

i. La plupart de nos ouvriers et de nos travailleurs sont étrangers. Le travail aboutit au capital, et le capital est d'une importance vitale pour la promulgation des nouvelles entreprises et pour le soutien de celles qui existent déjà. Et quoique ce capital soit dans les mains des résidents étrangers, il n'en est pas moins dan^; les mains des citoyens américains. Je ne parle pas tant pour le capital en lui-même que pour les bienfaits produits par le capital. C'est le capital qui construit nos écoles au moyen desquelles nous répandons l'instruction dans le pays. C'est le capital qui entretient nos bibliothèques publiques et toutes nos institutions charitables.

5. Je n'hésite pas un instant à penser qu'il faudrait réglementer l'immigration. On sait qu'un homme qui se noie s'accrocherait à des pailles. Mes adversaires s'accrochent à une paille bien mince lorsqu'ils disent que par réglementer on entend ne pas encourager. Dans nos écoles publiques tout est réglementé : l'tàge auquel les élèves peuvent y entrer, les lois auxquelles ils sont soumis, le cours d'études qu'ils doivent suivre, l'époque et la durée des sessions, les appointements des professeurs, enfin tout. Cependant nous sommes loin de ne pas encourager nos enfants à fréquenter nos écoles. Les règles auxquelles nous soumettons les professeurs ne signiiîent pas que nous ne les encourageons pas à faire leur devoir. Et c'est ce que nous ferions si réglementer était synonyme de ne pas encourager.

On peut demander exactement le contraire, c'est-à-dire que l'immigration soit encouragée par des règlements convenables, et assurément nos honoraliles législateurs du Congrès sauront trouver les moyens de le faire de telle sorte que la quantité des immigrants qui seront repoussés par ces règlements soit amplement compensée par la qualité de ceux qui seront encourasfés à venir chez nous.

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