‹ Devoirs d'ecoliers americainsChapitre 262 sur 330 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Cartilage. La Citadelle. Didon, du haut des tours, voit la flotte troyenne faire voile vers la haute mer.

DiDOX. (Elle frappe à coups redoublés son beau sein et arrache ses blonds cheveux.)

0 Jupiter ! m'échappera-t-il ? Cet étranger bravera-t-il mon pouvoir royal? Personne ne prendra les armes, personne n'arrachera les vaisseaux des chantiers et personne dans toute la Tille ne les poursuivra ? Allez, arrachez les torches enflammées, prenez les armes, faites force de rames... Que dis-je ? Où suis-je? Quelle démence m'égare ? Infortunée Didon ! Maintenant ton impiété te fait horreur. C'était lorsque tu donnais ton sceptre à Énée qu'il fallait les détruire. Vois la main droite et la foi de celui qui, dit-on, emporte avec lui les dieux de son pays et qui porta son vieux père sur ses épaules ! ^'"aurais-jo pas pu saisir son corps, le mettre en pièces et en disperser les membres sur les flots? N'aurais-je pas pu massacrer ses compagnons et servir Ascagne lui-même comme nourriture sur la table de son père? Le résultat de ce combat eût été incertain? Et quand il l'aurait été ! Qu'avais-je à craindre, puisque j'étais résolue à mourir? .J'aurais pu porter la flamme dans son camp. J'aurais pu incendier ses vaisseaux. J'aurais pu anéantir le père et le fils avec toute la race : et après eux j'aurais pu me jeter dans les flammes. 0 soleil ! qui éclaires toutes les actions des hommes avec tes rayons ; et toi, Junon, auteiu- de tous ces maux; et toi, Hécate, appelée pendant la nuit par des hurlements dans les carrefours; Furies vengeresses, et vous, dieux d'Élisa mourante, vengez mes injures par votre pouvoir divin, car je l'ai mérité. S'il est nécessaire que cet impie entre dans le ciel, si c'est le décret des destins de Jupiter, et si cet ordre de choses est immuable, je demande du moins qu'il soit tourmenté par des guerres avec un peuple ennemi, qu'il soit exilé de ses domaines et arraché aux embrassements de Iule. Qu'il soit réduit à mendier du secours et qu'il voie massacrer cruellement ses concitoyens^ et lorsqu'il aura accepté les conditions d'un traité désavantageux, qu'il ne jouisse pas de son royaume ou de la lumière désirée ; mais qu'il meure avant le temps et que son cadavre, privé de sépulture, gise sur le rivage. À'oilà

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ma dernière prière, voilà le dernier vœu que je laisse échapper avec mon sang. Et vous, ô Tyriens ! poursuivez d'une haine mortelle sa postérité et toute sa race ! Voilà le sacrifice que vous devez offrir à mes mânes. N'ayez pas d'affection pour cette nation ; ne lui demandez rien. Surgis de ma cendre, ô mon vengeur ! loi qui poursuivras les Troyens avec le feu et le fer, maintenant et dans la suite, tant que tu en auras la force. Je supplie que nos rivages soient opposés à leurs rivages, que nos flots soient opposés à leurs flots et nos armes à leurs armes : qu'ils soient en guerre eux et leurs descendants.

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