LES ENFANTS d'AUJOURD'HUI
On ne professe pas toujours la même opinion à l'égard des enfants. Lorsqu'ils ont environ deux ans, tout le monde les trouve charmants, ce sont vraiment de délicieuses petites créatures, dit-on. A sept ans ils sont bien incommodes. A douze ans ce sont de petits tapageurs. A seize ans ce sont des freluquets, et à vingt ans ce sont des jeunes gens qui ne connaissent rien de la vie. Ils restent dans cet état jusqu'au moment oii ils se marient.
On peut diviser les enfants en une demi-douzaine de classes environ. Peut-être la plus nombreuse de ces classes est-elle celle du bon petit garçon. Il semble qu'il ne soit pas possible qu'il existe un bon garçon dans la littérature de l'École du dimanche ; peut-être qu'un spécijnen si phénoménal de quintessence de bonté ne dépasse jamais l'âge de dix ans, époque à laquelle il meurt de quelque maladie de langueur, entouré de tous côtés des présidents, des majors généraux, dos nègres et de tous les autres qu'il a arrachés à leur mauvais genre de vie.
Le bon petit garçon est ordinairement un jeune petit être qui a le bonheur de porter le nom de Ébénezer, Matthieu ou William. Il porte ordinairement un col de piccadilly, une cravate bleue et a toujours les oreilles propres. Il emploie la plus grande partie de son temps à lire le Repos des Saints, de Baxter, ou à parcourir un recueil d'hymnes. F^e spectacle d'enfants que l'on fouette est presque la seule distraction dont il jouisse, si Ton en excepte celle de chiquer du tabac.
Une autre division de notre sujet contient le favori des dames. C'est ordinairement un petit individu qui a bonne mine ; il a les cheveux blonds, la peau blanche, les yeux bleus et un visage régulier. Ses cheveux, toujours proprement peignés, encadrent sa tète, et il connaît la plupart des petites lilles à plusieurs milles à la ronde. Il est ordinairement « tendre », et il aimerait mieux se promener avec Bella dans la Grande-Rue que de jouer à la balle avec ses camarades. .Neuf fois sur dix vous verrez qu'il s'appelle Charles, Auguste ou Henri.
Celui qui vient immédiatement après lui est l'enfant timide, pour qui la vie est une série continuelle de circonstances embarrassantes. C'est lui qui court contre des vieilles dames, qui s'excuse auprès des réverbères, qui appelle une demoiselle Monsieur, et un vieux monsieur Mademoiselle.
Celui qui lui est directement opposé est le jeune effronté. Ce spécimen de l'humanité ne se soucie de rien. Il causerait familièrement avec l'ombre d'Élie et l'appellerait « vieux bonhomme ». 11 a la plus grande confiance dans son incapacité et entreprend avec ardeur toutes les besognes, depuis celle qui consiste à imprimer des cartes de visite jusqu'à celle qui consiste à gouverner un royaume. En un mot, c'est un individu qu'on ne peut pas démonter et qui se redresse comme ces
diables qu'un ressort fait mouvoir dans une boîte, sous les rebuffades les plus dures.
Ensuite vient ie mauvais garnement. S'il y a quelque cliose que j'aime au monde, c'est le mauvais garnement. Je n'entends pas par là un petit être bas, vil, sournois, qui attache une casserole à la queue des chiens et qui fait cent tours semblables; mais je veux parler d'un enfant franc et généreux qui est ordinairement méchant, non pas parce qu'il veut l'être, mais seulement à cause de l'exubérance du sang, qui le pousse toujours h faire une chose ou l'autre ; un enfant qui fait toujours quelque malice, redressant par exemple une épingle courbée et la mettant sur le siège de Chariot, non pas fju'il veuille faire du mal au susdit Chariot, mais seulement pour le voir faire des bonds désespérés et l'entendre pousser une série de cris affreux lorsqu'il viendra s'asseoir.
Aucun des grands hommes dont le monde entier reconnaît la haute valeur intellectuelle n'a été une poule mouillée : Shakespeare était un mauvais garnement ; il en était de même de Goldsmith, de Napoléon et du général Putnam.
William \V.
Age : seize ans.
Comté de Gloucester (New Jersey). District n" 1.