NOTRE ÉCOLE
Notre école occupe le numéro :27 et est connue sous le nom de Su'cetman's Lane School. Elle fut ainsi appelée parce qu'une famille nommée Sivectman jiossédait toute la terre qui est autour de la maison d'école-. Les vieillards des environs disent que le plus vieux membre de cette famille avait l'habitude de s'enivrer et quelquefois, lorsqu'il était ivre, il faisait courir ses chevaux çà et là sur les routes, et c'est pour ce motif qu'on a appelé la route Siceetman's lane (1).
Notre maison d'école est à environ sept milles au sud-ouest de Freehold, chef-lieu du comté, et à neuf milles au sud-est de High-Town. Elle n'est pas très-éloignée du champ de bataille de Monmoulh. On dit souvent que dans cet endroit nous sommes au centre du monde; je ne sais pas jusqu'à quel point cela est vrai, mais je sais bien que nous ne sommes pas loin d'une colline qu'on appelle l'épine dorsale du monde.
La plupart des gens du voisinage sont des farmei s. Quelquesunes des fermes sont très-fertiles et les fanuers font de bonnes récoltes. La terre était très -pauvre autrefois, mais on a fait un grand usage de marne, ce qui a bonifié la terre, qui est maintenant si riche que, si l'on y sème du blé, il se forme en gland avant d'avoir un j)ied de haut. La punaise des pommes
(I) Lane, ruelle, sentier.
LA VIE DE l'école DÉCRITE PAR LES ÉCOLIERS. 133
lie terre (1) nous ennuie beaucoup. L'un des fanners demande pourquoi Noé a pris cette punaise dans son arche.
Notre maison d'école a environ vingt pieds de large et trente de long, elle n'a qu'un étage. Elle a vu de meilleurs jours. Il y a quarante ans qu'on l'a hàlie. Dans le plancher et dans les murs il y a de grands trous qui laissent entrer beaucoup d'air frais. Nous avons beaucoup de mal à nous garantir du froid en hiver. L'une des portes intérieures est démolie et l'autre le sera bientôt. La porte extérieure est brisée et ne peut pas se fermer complètement. Il y a longtemps que nous avons besoin d'une autre maison d'école, mais je suppose qu'on a voulu que celle-ci vécût assez pour voir le Centenaire.
Notre cour de récréation est très-grande, il y a quatre arbres qui nous doiment beaucoup d'ombre l'été. Les garçons jouent au jeu de paume dans un des champs voisins de l'école. Nous apprenons la géographie, la grammaire, la tenue de livres, l'arithmétique, l'arithmétique mentale, l'algèbre, l'histoire des États-Unis, la lecture, l'écriture, l'orthographe et la composition. Il y a des élèves qui sont fort avancés en calcul pour leur âge.
Il y a des élèves qui quelquefois font de très-drôles d'erreurs. L'autre jour un élève lisait un passage où il était question d'un homme qui allait dans la terre de Chanaan, et au lieu de dire Chanaan, il dit : Canada. Cela nous fit tous rire.
Notre école est grande pendant l'hiver, mais elle est petite pour le reste de l'année. La moyenne des élèves de cette année sera environ vingt-huit. Notre maître semble désireux de nous voir apprendre et nous l'aimons beaucoup. Nous avons une jolie bibliothèque d'école, elle contient des livres très-intéressants. Presque tous les élèves étudient bien. Nous avons pour la plupart à travailler le matin avant d'aller à l'école. Nous ne pouvons pas nous lever à huit heures, comme si nous n'avions qu'à déjeuner et aller à l'école : il faut que nous nous levions pour traire les vaches et faire l'ouvrage avant d'aller en classe.
L'éducation est une chose que personne ne peut nous enlever. Notre maison d'école n'est pas la meilleure du monde, mais si nos pupitres sont à la vieille mode, nous pouvons étudier et apprendre beaucoup de choses. Nous aimons qu'on vienne visiter notre école et nous tâchons toujours de traiter de notre
(1) Insecte destructeur de la pomme de terre, sorte de coccinelle très-redoutée aux États-Unis.
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mieux les visiteurs. Nous leur montrons ce que nous étudions et nous aimons qu'ils nous fassent des questions, si ces ({uestions ne sont pas trop difliciles.
Mary G.
Age : treize ans.
Comté de Monmouth (New Jersey). —District n" 27.