AMUSEMENTS INNOCENTS
(3« année.)
c Les amusements sont les rayons do soleil qui contiennent en eux les principes nécessaires à notre existence, > disait un jour un homme sage, à qui Ton demandait son opinion sar la manière d'élever et d'instruire les enfants, t Donnez-lear, dans leur bas âge, ajoutait-il, tous les amusements imaginah.ies, afin qu'ils arrivent à l'âge mûr sans connaître ni les habit ades vicieuses, ni les mauvais désirs. > Celui qui parlait ainsi était un homme instruit, qui avait fait une étude toute particulière du caractère des enfants et de la manière de les élever 11 savait bien d'où venaient les bonnes et les mauvaise? qualités que l'on trouve chez les jeunes gens et chez les jeuues filles ; il savait bien à quoi il fallait attribuer leur bonne ou leur mauvaise constitution.
Pour ajouter quelque chose au sujet des amusements, j'ai essayé de tracer une faible esquisse, qui pourra intéresser ou ne pas intéresser le lectem*, mais dans laquelle je me propose formellement pour but de plaider la cause des amusements simples et innocents.
Lorsqu'un bébé bien fort grandit, tout le monde peut voir quel vif désir il manifeste pour le jeu. 11 détourne ses regards et son attention des actions sérieuses et il n'a d'yeux que pour ce qui peut le faire rire et l'amuser. Avec quel plaisir et avec quelle complaisance nous regardons un enfant se livrer à ses jeux ! Le temps vole, sans que nous y fassions attention, lorsque nous voyons folâtrer ce petit être humain. Son charmant visage se contracte et ne devient que plus charmant sous les convulsions du rire. Les éclats de sa joie nous font oublier toute pensée sérieuse, et nous nous employons à augmenter son plaisir.
Ne serions-nous pas injustes, bien plus, ne serions-nous pas criminels d'aller réprimer les manifestations de la joie de ce petit enfant?
Les personnes dépourvues de sympathie et qui n'ont pas de cœur sont les seules qui ne se sentent pas heureuses pendant les heurc3 de récréation d'un enfant.
Laissons maintenant ce petit enfant et «ccupons-nous d'un
d&l tQGH SCHOOLS.
petit garçon ou d'une petite fi]le d'environ sept ans. 11 y a des personnes qui sont d'avis qu'il ne convient pas de laisser jouer un enfant d'un âge aussi avancé ; elles pensent que c'est une faiblesse qui gâte l'enfant.
Ces personnes auraient raison à un point de vue, mais elles seraient grandement coupables à un autre point de vue si elles empêchaient ce petit garçon ou cette petite fille de se livrer à des amusements simples et innocents.
Voyons à quel point de vue elles auraient raison.
Elles ont parfaitement raison de dire qu'on gâte im enfant en le laissant jouer continuellement. €'est un fait bien connu qu'un enfant qui jouerait constamment finirait par devenir niais. Le jeu ainsi entendu émousserait là pointe de la science et en ferait radicalement un idiot.
D'après les paroles mêmes de ces^ personnes, il nous estfsicile de voir qu'elles veulent, par lenr maxime, aiguiser les facultés de l'enfant et les conduire vers îa sagesse et la science. Noûsenïement nous supposons que teUe est l'intention de ces personnes, mais nous leur ferions même un reproche de ne pas défendre à cet enfant, d'une maùîère absolue, de se livrer à tout jeu immoral bu inconvenant.
Le père et la mère ne doivent jamais onbMcr que c'est on devoir sacré pour eux de surveiller d'un œil attentif la vie quotidienne de leurs enfants. Ils doivent les avertir des mauvais effets de ces jeux, qui pourraient souiller les pages immaculées de la vie d'un enfant. Ils doivent les faire tour à tour travailler, jouer et étudier, en leur montrant les bons effets de chacun de ces exercices. Enfin c'est à eux de vdller sur leurs enfants pour que les êtres, qui tiennent d'eux leur sang, leur chair, leur constitution et leur caractère moral, ne fréquentent pas les mauvaises sociétés.
Mais, d'un autre côté, pourquoi ces eiifants maladifs, débiles, décharnés, au visage pAle? Neut fois sur dix ce n'est pas parce qu'ils sont d'un naturel maladîf, mais parce qu'ils sont restés dans la maison assis toute la journée auprès du feu, sans jamais respirer l'air pur du dehors, le plus grand don que la nature nous ait fait. Au contraire, ils ont reSpiré les gaz délétères et les vapeurs du fourneau de la cuisine, qui se répandent toujours dans les appartements d'une maison mal aérée.
Quel service ces êtres rachitiques peuvent-ils rendre au monde? € Aucun; il vaudrait miettx qu'ils fussent morts; >
Dissertations. 303
telle est la réponse unanime. Ces enfants grandissent, en supposant que de tels êtres grandissent , et deviennent des hommes phthisiques, dont la vue est un ûéau et un danger pour ceux qui sont en bonne santé.
Et ces pauvres êtres iront-ils contracter les obligations et les responsabilités du mariage? Que Dieu nous en préserve! D'après les lois qui régissent la transmission du sang, leurs descendants auraient en général la même constitution.
L'ancienne coutume des Spartiates de tuer, aussitôt après leur naissance, tous les enfants faibles ou difformes était humaine et bienfaisante, quoique au premier abord elle puisse paraître cruelle. Tous ces Grecs illustres étaient forts, bien portants, beaux, et ils parvenaient tous à un âge très-avancé.
Pourquoi? Parce qu'ils avaient bien soin de ne pas élever d'enfants estropiés, parce qu'ils ne troublaient pas la tête de leurs enfants lorsqu'ils étaient jeunes, parce qu'ils ne les élevaient pas mollement, et enfin, c'est là la principale raison, parce que, non-seulement ils les laissaient jouer aussi longtemps qu'ils le désiraient, mais ils instituaient des jeux auxquels les jeunes gens étaient forcés de s'exercer.
Le jeu produit, en général, la gaieté et le rire ; or nous savons tous que rien n'est plus salutaire que le rire ; nous devons donc encourager les jeunes gens à se livrer aux anfusements simples et innocents.
Bruno F.
Age : seize ans.
Milwaukee (Wisccyisin).