L'ÉCOLE BDISSONNIÈRB
(3* année.)
Quel garçon que notre petit Robert! 0 mon Dieu! je crois qu'il ne sera jamais sage! Quelles espiègleries il nous fait! Tenez, laissez-moi tous dire ce qui lui est arrivé la semaine dernière : nous ne nous en sommes aperçus qu'après.
Mardi matin il partit pour l'école comme d'habitude, seulement il ne savait pas sa géographie. Il s'en allait en pensant à ces abominables leçons, lorsque au détour de lame il entendit une petite fille dire à une autre : t Eh bien, alors, au revoir, Nell, je suis fâchée que tu sois obligée d'aller à l'école, moi je suis en vacances. » — c Holà ! dit notre petit Robert, cela me donne une idée : si je me mettais en vacances aussi, moi ! Je puis me mettre n'importe où et des vacances sont aussi bonnes que n'importe quoi. Cela vaut toujours mieux que d'aller à l'école sans savoir ses leçons. Et d'ailleurs nous devons avoir des vacances à Noël, qui n'aura lieu que dans trois semaines. > Il faut vous dire que si Robert était méchant, ou, comme on dit, malicieux, il n'avait encore jamais fait l'école buissonnière.
Il regarda donc d'abord, de tous côtés pour bien s'assurer qu'on ne le voyait pas ; puis, prenant ses jambes à son cou, il descendit la rue en courant. Au bout de quelques instants il s'arrêta tout court. cEh bien, que vais- je faire maintenant? pensa Robert ; c'est la première fois que je viens par ici, cela c'est certain; qu'est-ce que ces garçons peuvent bien faire là-bas?» En songeant ainsi il s'approcha d'un groupe de petits garçons qui se tenaient debout de l'autre côté de la rue. t Dites donc, qu'est-ce que c'est que cela? » s'écria Robert en voyant un garçon se baisser et appliquer son œil au trou d'une boite tenue par un de ses camarades. — t C'est une optique, répondit l'un des garçons, cela coûte trois épingles pour...,» un autre garçon l'interrompit pour lui parler à l'oreille. Il reprit aussitôt : c Je me trompe, nous prenons trois épingles à nos amis et deux sous aux éti*angers ; mais comme ton air nous plaît, nous ne te prendrons qu'un sou ou bien quelque chose qui vaille un sou. >— € Bon, je vous donnerai mon crayon d'ardoise i, dit Robert en lui présentant son crayon tout neuf. — cTon crayon ! dit l'un d'eux ; mais, pour un sou, j'en aurais six pareils. >
— € Ah ! j'ai bien un sou, mais voilà une semaine que je le garde, et Je TOUX acheter quelque chose avec. » — « Dame! choisis: donne-nous ton sou, ou bien tu ne regarderas pas. > — t Tenez, le voilà dit Robert, après l'avoir couvé des yeux pendant un instant; maintenant Jaissez-moi voir ». lit, se baissant, il appliqua son œil à la boîte. ILregarda pendant environ dix secondes, puis, faisant un saut en arrière, il s'écria : t Par ma foi il n'y a là dedans que de vilaines images, j*en ai de plus jolies à la maison. > Puis se tournant vers le caissier : c Dis donc, si tu me rendais mon sou, hein? > — t Tu plaisantes! i répondit le caissier. Après avoir longtemps parlementé, on décida que Robert et le caissier feraient un assaut de boxe (4), et que le vainqueur gagnerait le sou, mais qu'il régalerait la société. En un clin d'oeil les vestes furent ôtées, et le résultat fut que Robert gagna le sou et, par-dessus le marché, il eut mi œil poché. Le sou passa en caramel et chacun en mordit un ptilit morceau.
Les garçons proposèrent ensuite d'aller chercher des noix : ils connaissaient un t bon endroit », et Robert les accompagna sans hésiter (ses livres avaient disparu depuis longtemps sans que personne sût où ils étaient). Après avoir marché pendant environ trois heures dans la boue et dans l'eau, ils arrivèrent enfin à l'endroit. Chacun d'eux eut à choisir un compagnon, puis tous se dispersèrent dans différentes directions.
Robert et son compagnon prirent la route du milieu et, après avoir marché pendant quelque temps, ils arrivèrent à un noyer. Le compagnon de Robert monta sur l'arbre, en secoua les branches pour faire tomber les noix, que Robert ramassait et mettait dans un sac qu'on s'était procuré. Lorsqu'il fui'ent fatigués, ils changèrent de place. Us avaient déjà fait plusieurs fois ce manège lorsqu'ils s'aperçurent qu'ils avaient faim (quoiqu'ils n'eussent pas cessé de se bourrer de noix). — t Tiens, je crois qu'il se fait tard, dit Robert, je voudrais bien être àla maison. > — « Ne vas-tu pas pleurer, pauvre petit ! Attends, je vais descendre et nous nous en irons chez nous. > Alors on se disputa pour savoir de quel côté il fallait aller. Robert prétendait qu'il fallait prendre à droite, mais son camarade était sûr qu'il fallait prendre à gauche. Enfin ils se mirent en route, et, après avoir marché pendant quelque temps, ils se retrouvèrent pré-
(1) Should hâve a round, correspond ici à notre expression populaire : se donneraient une peigrée. {Note dv Tradurtr.vr.)
cisément à l'endroit d'où ils étaient partis. Us prirent alors Tautre route, mais ils avaient à peine fait quelques pas que la nuit les surprit. Robert pleura à chaudes larmes. Enfin ils aperçurent line lumière dans le lointain et ils s'en approehèreat en rampant; ils s'assirent tous les deux par terre au pied de la fenêtre, et se mirent à pleurer. Heureusement que la fermière était compatissante : elle les fit entrer.
Le lendemain matin on les conduisit à la ville et de là au bureau de police où on était déjà venu déclarer la disparition de Robert. Bien que les deux petits coquins fussent terriblement effrayés, car ils s'imaginaient qu'on les conduisait à la police parce qu'ils avaient fait c l'école buissonnière >, comme disait Robert, cela leur servit de leçon. Je ne crois pas qu'il arrive jamais à Robert de prendre volontairement des vacances sans permission.
Martha F.
Age : quinze ans.
Baltimore (Maryland). Ëastern female School.