H. — LA BEAUTÉ
1. Geux qui ont essayé de définir la beauté n'ont pas maqué de mots pour dire où on peut la trouver, mais ils n'en ont trouvé aucun pour dire ce que c'est. Dans la nature, les fleurs et les fruits, les rochers et les bois, les ruisseaux et les océans semblent être remplis de beauté ; et, dans l'art, la statuaire, la peinture et l'architecture en sont pleines. Cependant on demande toujours : c Pourquoi est-ce beau? En quoi consiste la beauté de ces objets ? » Depuis des siècles la philosophie travaille à résoudre ces questions. En quoi consistent le bon, le vrai et le beau ? Platon préfère dans la beauté l'idée à la manifestation. Aristote pensa d'abord que la beauté et l'utilité
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étaient identiques, mais plus tard il attribua la biauté à la vérité.
Ainsi, tandis que la théorie de Platon admet comme beau ce qui satisfait la nature morale, la théorie d'Aristote n'admet de beauté qne dans ce qui satisfait l'intelligence. Les uns trouvent la beauté dans le mélange harmonieux de l'idée et de la forme, et veulent que les objets ne deviennent beaux qu'autant qu'ils deviennent pour nous, par l'association des idées, des sources d'émotions agréables.
2. a. La beauté dépend autant de l'esprit de l'observateur que de la condition de l'objet observé. Puisque les définitions philosophiques semblent faire une abstraction de cette idée de beauté, étudions- la dans quelques-unes de ses formes et de ses manifestations, pour en connaître les effets, sinon les causes.
Nos yeux s'arrêtent sur la campagne, le matin, lorsque les premiers rayons du soleil donnent de nouveaux charmes au paysage, aux fleurs, au gazon, aux nuages qu'ils colorent d'une teinte délicate ; et nousf disons que tout cela est beau. Nous regardons les chutes du Niagara, l'arc-en-ciel formé par la vapeur qui s'échappe de ses eaux écumantes, et nous disons que c'est beau. Mais si on nous demande pourquoi, nous nous taisons. Nous contemplons encore la beauté du corps hmnain, la limpidité du regard, le front classique, la chevelure ondulée, la teinte rosée qui indique la santé et nous nous écrions : c C'est beau! > Mais si on nous demande pourquoi, la seule raison que nous puissions donner est : € Parce que c'est beau. > C'est peut-être là une raison de femme, mais les hommes de bien et les sages n'en ont pas trouvé de meilleure. Comme nous l'avons dit plus haut, la beauté de ces choses ne dépend pas seulement de la condition des objets, elle dépend aussi de l'esprit de l'observateur. Lorsque nous sommes entourés de choses qui nous plaisent, tout nous parait agréable et beau. Mais si nous sommes frappés par le chagrin ou par la peine, si nous sommes accablés par l'inquiétude ou par les soucis, le même rayon de soleil, les mêmes fleurs semblent avoir perdu toute leur beauté. C'est en vain que brillent les gouttes de rosée, en vain que l'eau scintille.
b. Platon était tellement persuadé de l'influence que notre esprit exerce sur la manière dont nous apprécions le beau, qu'il disait un jour : € L'esprit seul est beau et, en aimant le beau, il ne fait qu'aimer l'ombre de lui-même, i Sans accepter une
Tue aussi radicale da sajet, nous pensons tous cependant qu'il n'y a rien de ii grand, de si noble que la beauté intellectuelle. Cette beauté ne ressemble pas à la beauté physique, elle ne se fane pas avec l'âge, mais elle dure aussi longtemps que la mémoire. L'ancienne maxime : c La beauté sans ornements n'en est que plus ornée, > peut être vraie pour la beauté physique, mais elle ne l'est pas pour la beauté intellectuelle, car c'est par ses ornements qu'elle est beauté. La beauté physique toute seule ne peut rendre personne beau. Celle-ci ne peut jamais remplacer celle-là. Le plus beau visage perd la moitié de ses charmes, sinon tous ses charmes, lorsqu'on sait qu'il n'est qu'un masque cachant sous son extérieur rougissant un caractère terni par le crime ou un cœur dépourvu de sympathie. Au contraire, une personne dépourvue de beauté physique peut devenir radieuse sous l'éclat de la beauté intellectuelle qui émane de son âme.
3. Les personnes d'un esprit pratique sont sujettes à penser qu'il est inutile de perdre son temps et sa mémoire à embellir les objets ; mais la beauté rehausse l'utilité. Une salle d'école ornée de tableaux et de statues est réellement plus utile que si elle n'avait pas ces ornements artistiques ; au lieu de la fuir, l'élève y court, parce que la présence des tableaux, des fleurs, des statues et de la musique change ses devoirs en plaisirs. Ces objets ouvrent des horizons à son imagination. Le foyer domestique, qui est toujoui^s agréable, acquiert des charmes encore plus puissants lorsque les fenêtres ensoleillées, les oiseaux au doux ramage, la musique et la peinture y répandent leur beauté pour retenir dans ses murs sacrés ceux qui, sans cela, pourraient aller chercher des distractions ailleurs. La cathédrale de Saint-Paul est-elle un sanctuaire moins estimable parce que les bancs sont garnis de coussins et que les fenêtres sont très-étroites ? La lumière du soleil artistement tamisée et les doux sons de l'orgue ne sont pas sans utilité. Ils calment les passions et répandent la paix dans l'âme agitée, en la remplissant de pensées nobles et saintes. La pêche est-elle moins agréable parce qu'elle est recouverte d'un duvet velouté ? Le raisin est-il moins exquis parce qu'il est recouvert d'un royal manteau de pourpre ? La rose est-elle moins parfumée parce que ses feuilles ont je belles teintes rouges?
Kettie g.
Age : soize an Aurora (Illînois)^