‹ Devoirs d'écoliers Américains, recueillis a l'exposition de Philadelphie, 1876Chapitre 69 sur 355 · HISTOIRE D'UN PETIT MARCHAND DE JOURNAUX · texte numérisé non relu

HISTOIRE D'UN PETIT MARCHAND DE JOURNAUX

Lundi matin je pris mes journaux comme d'habitude et j'allai dans la rue pour les vendre. J'avais le Daily News, la Tribune, le Morning Paper et beaucoup d'autres. J'en avais vendu environ six quand un grand cri me fît tressaillir; je' me retournai pour voir ce que cela signifiait. Quelle fut ma surprise et mon horreur en voyant une vieille femme baltre un petit garçon qui pleurait aipèreraent ! Je courus à elle et lui donnai un coup sur la tête, elle tomba par terre. Ensuite je pris le petit garçon par la main et nous nous en allâmes. Lorsque nous fûmes loin de la vieille femme, je lui demandai â elle était sa mère. Il me dit qu'elle n'était pas sa mère, que c'était un vieillard qui l'avait vendu à cette femme. Je lui dis qu'il n'avait plus besoin d'aller la retrouver et qu'il devait rester avec moi. J'avais dix sous dans ma poche, je les lui donnai pour acheter des journaux. Je demandai à l'enfant quel était son nom, il me dit qu'il s'appelait Henriot.

Comme il était midi, j'entrai chez un boulanger où j'achetai des gâteaux, puis nous nous en allâmes en mangeant ; nous eûmes bientôt fini. Nous prîmes nos journaux et nous nous mîmes à les vendre. Comme nous marchions sur la jetée, j'aperçus un enfant qui jetait des bâtons dans l'eau. Tout à coup le pied lui manque, il tombe dans l'eau. Aussitôt j'ôte ma veste et je plonge après l'enfant dont la tête avait dis-

(1) Ce sujet était donné aux élèves sans aucune indication ; la maniée de le traiter était entièrement laissée à leur imagination {N0le eu directeur de VEcok,)

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paru sous les vagues. Bientôt il revient à la surface et je nage vigoureusement vers lui. On avait approché un bateau dans lequel il y avait trois hommes, dont l'un était le père du petil garçon. Ils s'approchent de moi en ramant, le père prend son fils qu'il met dans le bateau, où il m'aide à entrer, c Noble garçon, me dit-il, vous avez sauvé mon fils unique, à partir d'aujourd'hui vous ne manquerez de rien. > Oh ! comme j'étais content d'avoir sauvé le petit garçon I Nous arrivâmes bientôt à la jetée. Nous sortîmes tous du bateau et nous suivîmes l'homme chez lui. C'était une très-grande maison de pierre ; il me conduisit dans une chambre et me donna mille dollars. Vous pouvez penser que je me regardais comme très-riche, et, en effet, c'était vrai, car mille dollars étaient pour moi une très-grosse somme d'argent. De plus Thomme, qui s'appelait M. Rockwell, me dit qu'il me prendrait dans son magasin et qu'il me donnerait dix dollars par semaine. .

Le lendemain malin je me rendis donc au magasin de M. Rockwell qui était situé dans Pearl Street. C'était un trèsgrand magasin d'épicerie qui avait quatre étages. M. Rockwell me présenta à ses employés, il me dit ensuite de me conformer aux instructions du premier commis. C'était un homme à l'air très-agréable avec de longs favoris ; il avait environ six pieds de haut. M. Rockwell s'en alla, et l'homme sous les ordres duquel j'étais me dit de porter des lettres à la poste.

Quand je revins, il me dit d'aller trouver M. Rockwell et de lui dire qu'il y avait au magasin un homme qui voulait le voir. J'allai donc à la maison de M. Rockwell, et un domestique me fit traverser la grande salle et monter un grand escalier. Au premier palier il s'arrêta, ouvrit une porte et je me trouvai en présence de M. et M™* Rockwell qui étaient assis sur un sofa. Dès qu'il me vit, il se leva et vint au-devant de moi en me tendant la main, puis il me conduisit à une chaise. Je lui fis ma commission et nous partîmes ensemble pour aller au magasin. £n nous y rendant, nous rencontrâmes Henriot qui avait beaucoup de journaux sous le bras. Je lui donnai trois dollars et nous continuâmes notre chemin.

Je pris pension chez M"» Rockwell et un jour elle m'appela dans le salon et me donna une magnifique montre d'or. Je la remerciai et je partis pour le magasin. Ce. soir-là je fus invité à une soirée chez une demoiselle et je m'amusai beaucoup. Le lendemain.matin après déjeuner, M. Rockwell me fit venir dans le salon pour voir le petit garçon que j'avais sauvé. J'allai donc

an salon où était assis uii charmant petit garçon qui s'amusait. Lorsqu'il me yïi, il sauta sur ses jambes et me dit qu'il voulait embrasser le garçoa qui l'avait sauvé ; je Tenlevai dans mes bras et je Tembrassai.

Il arriva un triste accident à M. Rockwell, pendant qu'il descendait l'escalier : il s'embarrassa le pied et tomba. Je courus à lui et je m*aperçus qu'il s'était cassé le cou. M. Rockwell avait fait un testament par lequel il me laissait le magasin. Gomme j'étais un très-bon garçon, je pris Henriot dans le magasin et j'en Gs un de mes commis.

Une nuit des souris prirent des allumettes dans une boite et, en marchant, elles en enflammèrent une qui mit le feu à des papiers. Quand j'arrivai au magasin le matin, il était brûlé à ras du sol. Henriot était près des ruines, il pleurait et j'avais bien envie de pleurer aussi.

Quelques jours après, j'épousai IdaMaynard, et un jour qu'elle revenait du magasin, elle ût un faux pas et tomba dans le canal. J'essayai de la saisir poUr la sauver, mais je ne pus pas et elle se noya. Je pleurai beaucoup d'abord, mais je ne tardai pas à me consoler et je fus aussi heureux qu'auparavant.

George E.

Age : onze ans.

Conité de Monmouth (New Jersey). District n* 7.

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